LE PAPE SAINT SYLVESTRE
Elle nous parut, peser environ quarante livres, y compris l'anneau de l'er qui la pénètre.
Boutiques de Noël. — Le Valioan. — Diblioihèquc— Livre de Henri VIIL — Musée chrétien. — Iiiscriplions. — Musées païens. — Le Laocoon. — Histoire de cette statue. — Carions de Raphaël. — Loges et Chambres de Raphaël. — Galorics. — La TransfigiiralioD. — Histoire de ce chef-d'œuvre. Les arts et la papauté.
De bienveillants amis avaient formé le complot de nous conduire, à notre insu, au palais du Vatican, afin de nous faire visiter la fameuse bibliothèque. Sous prétexte de je ne sais quelle promenade, nous nous laissâmes prendre au piège, et à dix heures nous quittions la place de la Minerve au nombre de huit personnes. On nous fit traverser en zigzag les dilTérents quartiers qui nous séparaient du Tibi^e : c'était une nouvelle conspiration ; mais comment nous en plaindre? nous avions le plaisir de voyager entre deux haies de charmantes boutiques préparées pour les bonnes fêtes. Ces magasins improvisés, où se trouvait l'ensemble le plus varié de ce qui peut flatter le gotît et la vue, étaient assiégés par un peuple d'acheteurs de sei>t à dix ans. Les petites crèches semblaient surtout fixer l'attention et provoquer d'ardents désirs; c'est qu'à Rome \opresepio occupe toutes les pensées, se trouve dans toutes les maisons. Pendant l'Avent et les fêtes de ^'oël, deux ou trois générations se réunissent chaque soir pour prier et deviser autour du berceau arlistement paré et richement illuminé de l'Enfant de Bethléem. Pour le Romain plus peutêtre que pour aucun autre peuple, ^'oël est une fête capitale, une fête de famille. Ainsi, dans la cité chrétienne, ce n'est pas la bonne année qu'on vous souhaite, c'est la bonne fête. Le capo d'anno n'est rien, Noël est tout. N'est-il pas, en effet, très-logique de choisir, pour s'offrir des vœux mutuels, l'anniversaire de l'événement le plus social, par conséquent le plus heureux qui ait marqué les annales du monde?
Ces pensées m'occupaient encore lorsque nous arrivâmes au Vatican. Salut, demeure auguste du vicaire de Jésus-Christ! Salut, palais immense d'où sortent les oracles qui règlent la foi de l'humanité! Salut, magnifique édifice qui, par un glorieux privilège, doit l'existence au génie des plus fameux architectes des temps modernes! Bramante, Raphaël, Pyrrhus, Ligorio, Fontana, Maderno, Bernini, vos noms immortels brillent aux voûtes, aux galeries, aux portiques, aux murs de ce monument digne de vous, digne du souverain qui l'habite. Bâti à différentes époques, le Vatican est plutôt une réunion de palais qu'un palais unique. Il a cent quatre-vingt toises de long sur cent vingt de large. Ne pouvant visiter en un seul jour ce monde de merveilles, nous l)ornâmes notre étude aux parties avancées qui entourent les chapelles Sixtine et Pauline, ainsi que
les appartements intimes du Père commua des chrétiens, qu'on peut appeler aussi le père des sciences et des arts. Notre première station fut à la Bibliothèque. La grande salle qui en forme le corps principal a deux cent seize pieds de long sur quarante-huit de large et vingt-huit de haut. Elle est divisée en deux nefs par sept pilastres. Tout ce qui peut satisfaire l'esprit et les sens s'y trouve réuni avec un goût parfait. Le marbre, les peintures, les dorures brillent sur votre tôle et sous vos pieds. Autour des pilastres et des murs sont disposées des armoires qui renferment les manuscrits. Sur ces armoires on a placé une partie de la grande collection des vases italo-grecs du Vatican. Dans l'espace qui les surmonte jusqu'à la voûte est peinte h fresque, d'un côté, l'histoire universelle de l'esprit humain, c'est-à-dire l'histoire des bibliothèques et des livres, depuis Adam jusqu'aux temps modernes ; de l'autre, l'histoire complète de l'esprit chrétien, c'est-à-dire l'histoire do tous les conciles généraux avec les principaux événements ecclésiastiques, depuis Jésus-Christ jusqu'à Léon XIL
La bibliothèque vaticane surpasse toutes les autres bibliothèques de l'Italie, et peut-être du monde, par le nombre des manuscrits grecs, latins, italiens et orientaux : elle en compte vingt-quatre ou vingt-cinq mille. On nous montra une Bible hébraïque, sur vélin, avec enluminures, la plus magnifique, sans contredit, qui ait jamais existé. Nous vîmes aussi un Virgile du v^ siècle et un Cicéron de la même époque. Mais ce qui intéresse vivement, est le fameux livre de Henri VIII, roi d'Angleterre, contre Luther (i). A la fin de l'ouvrage, on lit ces paroles : Aiujlorum Rcs, Henricus, Leoni decimo miltit hoc opus ad fidei testem et amicUiœ, Hcnrkus : « Henri, roi d'Angleterre, offre à Léon X cet ouvrage en témoignage de sa foi et de son amitié, Henri. » La phrase tout entière est de la main de Henri VIII, dont le caractère et le cœur semblent se révéler dans son écriture longue, brusquée, irrégulière et entortillée. Quoi qu'il en soit, VAsscrtio valut au royal apologiste le litre de Défenseur de la foi, que lui conféra Léon X, Croirait-on que les successeurs protestants du prince schismatiquc conservent encore sur leurs monnaies cette glorieuse dénomination? Si jamais il vous tombe entre les mains une guinée britanniciue, vous y verrez, après les noms et les titres du souverain, ces deux Ici 1res F. D., défenseur de la foi.
A côté de cet ouvrage nous en vîmes un autre bien ditTérent, du même auteur. Dans le môme carton se conservent les lettres autographes que le prince libertin écrivait à Anne de Boleyn. Tant il est vrai que l'incrédulité est une plante qui prend racine dans la fange , ou, comme le disait le spi-
(i) En voici le litre : Asserllo seplem sacramenlorum adversus Martinum Luiherum, edila ab inviclissimo Aiiglia; et Frauciœ rogc et domino Ilyberiiire, Ilenrico ejus iiomine oclavo; apud inciyiani urbem Londinum in icdibus l'ynsonianis 15:21, 4 idus Juiii, cum privileyiu à rcgc iiidulto.
CORRIDOR DES INSCRIPTIONS. 2ol
rituel évèqiie d'Amiens, que c'est toujours le cœur qui fait mal à la tcW.
De la bibliothèque on monte dans deux galeries parallèles qui forment ensemble une longueur de quatre cents pas : elles renferment aussi des manuscrits et des livres. Dans le quatrième salon de la galerie, t\ gauche, est le musée sacré. Celte collection d'antiquités chrétiennes inspire un grand intérêt et produit une vive impression. Ou y conserve, entre autres objets, des peignes et des ongles de fer dont les bourreaux se servaient pour déchirer les martyrs. En présence de ces affreux instruments, on trouve qu'il esi facile de croire à une religion dont les témoins ont bravé de pareils supplices. De la frayeur on passe h rattendrissemcnl lorsqu'on voit près de là les pauvres ustensiles des premiers fidèles : leurs calices en nacre, en verre; les cuillers et les chalumeaux avec lesquels nos pères buvaient le sang qui fait les martyrs. Des crucifix trouvés dans les catacombes, des peintures de tous les âges à peu près, appellent tour à tour l'attention de l'artiste et du chrétien. Parmi ces dernières nous contemplâmes avec bonheur une Vierge en demi-figure de Lippo Domenicano, le pieux et immortel auteur de la Madonna de] Vellulo. Suit un autre salon, appelé des Papyrus, parce qu'on y conserve plusieurs chartes écrites pendant le vi« siècle sur l'écorce de papyrus. Ce superbe salon, incrusté de marbres rares et orné de fresques de Mengs, ouvre sur la vaste salle des livres imprimés; celle-ci communique au cabinet des médailles.
Non loin de là est le corridor des Inscriplions. C'est un livre à partie double qui contient l'histoire profane et l'histoire sacrée, écrites sur le marbre. L'idée de cette collection d'inscriptions anciennes est due au pape Pie VII. Par les ordres du pontife, un des plus illustres savants des temps modernes, Cajelano Marini, fixa avec un ordre et un art merveilleux, dans les murs de l'immense galerie, d'un côté les inscriptions païennes, de l'autre les inscriptions chrétiennes des catacombes. Parmi ces dernières, il en est deux surtout qui me parurent exquises de simplicité, de foi et de pieuse mélancolie. La première est celle d'une illustre matrone, devenue, pour l'amour de Dieu, une de ces veuves si célèbres dans l'histoire de la charité primitive ;
OCTAVLE JIATRON^E
VIDViE DEK
A OGTAVIE MATRONE