ÉGLISE DE SA1NT-B0NA\'ENTURE
toire, et sur le côté opposé du Palatin, vers remplacement du Septizonium, s'élève, svclte, gracieuse, l'église de Sainl-Ronavcnturc.
Lh nous attendait un fait semblable à celui qui nous avait si vivement frappés dans l'église des Capucins. Sous le maître autel dort du sommeil des justes le B. Léonard de Port-Maurice. L'infatigable missionnaire du Bolonnais et des montagnes de l'Italie mourut ici, en 1751, h l'âge de 95 ans. 11 nous fut donné de voir de près le saint de Dieu miraculeusement préservé de la corruption du tombeau : on dirait un vieillard prêt h se réveiller. Dans le tombeau du héros chrétien repose, comme l'épcc victorieuse à côté du guerrier, l'cflrayante discipline encore teinte de son sang. Elle explique en quelque sorte l'incorruptibilité du saint corps, et semble dire éloqucmment : Voyez! celui qui sacrifie sa vie en ce monde pour Jésus-Christ, la retrouvera glorieuse en l'autre. Deux armoires, suspendues de chaque coté de la nef, contiennent le grand crucifix et l'image de la sainte Vierge que le saint portait toujours avec lui dans ses missions. Le couvent, dont l'église forme le centre, est habité par les frères du bienheureux apôtre, les Franciscains de la réforme de saint Pierre d'Alcantara. Ces religieux sont l'édification de Rome ; sous leur bure grossièrevivent lapauvreté,la mortification, l'humilité, l'obéissance et lapureté des premiers fidèles. Évidemment la Providence a voulu que, dans les derniers âges du monde, le Christianisme régnât sur le Palatin couvert de ruines, aussi pur, aussi victorieux de la chair et du monde, qu'aux siècles primitifs, alors que le palais de Néron cachait cette redoutable colline sous l'éclat éblouissant de sa magnificence. Avis h ceux qui proclament la mort du catholicisme.
Rappelons, en finissant, que la veille de Noël est à Rome un grand jour de jeûne. Le peuple, imitant les premiers chrétiens, s'abstient de toute nourriture JMS(/M'flH^ étoiles, c'est-à-dire jusqu'à la nuit : alors commencent de joyeux repas de famille. On s'invite et on se réconcilie; oui, on se réconcilie, c'est un fait. Le souper, servi en maigre et accommodé à l'huile, se prolonge jusqu'à minuit; quand sonne l'heure solennelle, la table se couvre d'aliments gras, et l'on continue de se réjouir. Cet usage est tellement enraciné, qu'il n'y a point de messe de minuit à Rome, sinon dans quelques communautés. La première se dit à Sainle-Marie-Majeure, vers les deux heures du matin.
Messe papale. — Hallebardiers. — Esprit de conservation de l'Eglise romaine. — Entrée du Saint-Père. — Pourquoi le souverain Ponlile ne porte pas de crosse. — Épée. — Chapeau ducal. — Épîtres et Évangiles cbantcs en grec. — Consécration. — Le Saint- Père communie assis, le Diacre debout, pourquoi ? — Sainte-Marie-5!ajeurc. — La Crèche. — Détails. — Description.
Le beau jour de Noël, jour que j'avais tant désiré de voir h Rome, se montra tel que je l'aime pour être en harmonie avec la fûte. En France et dans les pays du Nord, je veux qu'il soit bien froid, bien glacial ; que les étoiles ctincellcnt sur l'azur du firmament; que la neige crie sous les pas, afin d'exciter dans les cœurs une plus tendre, une plus vive compassion pour l'Enfant divin qui grelotte et qui pleure sur la paille, dans sa crèche ouverte aux quatre vents. A Rome et dans les pays chauds, h défaut de glace et de neige, je veux un brouillard plus ou moins épais, plus ou moins pénétrant, et de la pluie plus ou moins froide, plus ou moins abondante. Nous fûmes servis à souhait.
A huit heures nous étions au Vatican. Qu'il me soit permis de le dire à l'éloge de notre curiosité, nous y fûmes des premiers. Or, ce jour-lh, il est convenu qu'on ne va pas à Saint-Pierre pour prier, mais pour regarder; à moins que regarder ne soit aussi prier, ce que je croirais volontiers, du moins jjour le catholique respectueux qui assiste aux cérémonies papales. Quoi qu'il en soit, nous nous mîmes à regarder. Le premier objet qui fixa notre attention, ce furent les hallebardiers du pape, dont une compagnie entra peu après nous et vint prendre position en avant de la Confession de Saint-Pierre, afin de garder l'enceinte réservée. Rien de plus pittoresque et de plus gi^acieux que leur uniforme : haut-dc-chausscs noir, rouge et jaune, cuirasse ronde du moyen âge, avec brassards articulés; fraise autour du cou, casque rond en acier, surmonté d'un panache rouge; large baudrier jaune, et longue hallebarde à l'antique : on dirait la résurrection des temps chevaleresques.
Ce spectacle, si nouveau, servit de thème aux réflexions suivantes : Voyez comme Rome est essentiellement conservatrice! Qu'on parcoure tous les Étals de l'Europe, nulle part on ne trouvera, si ce n'est peut-être dans la poussière des musées, ce costume d'un temps qui n'est plus. Seule, la ville éternelle le gaixle et l'expose au grand jour comme une page d'histoire que chacun peut lire. Plus d'une fois, sans doute, les touristes musqués du dernier siècle durent souiMre à la vue de cet immuable et gothique uniforme; mais l'intelligent artiste de notre époque l'admire et l'étudié, tandis que le chrétien bénit la pensée qui préside à sa conservation. Cette pensée romaine se manifeste partout, aussi bien dans les petites choses que dans les grandes. Ces ordres religieux, dont