SOUVENIRS
Pape a été poursuivi, et il Test encore, par cette foule d'écrivains anticatholiques, courtisans de toutes les tyrannies et calomniateurs jurés de la papauté et de ses actes.
Reprenant la route de Rome, nous entrâmes bientôt dans les Maremmes. On donne ce nom à des landes couvertes de bouleaux, de fougères et de quelques arbres rachitiques : celles que nous avions à traverser ont plusieurs lieues d'étendue. Nous les franchîmes sans faire aucune mauvaise rencontre, et avant midi nous étions à Valmontone. Ce beau village , qui doit son nom à la hauteur sur laquelle il est assis, domine un large et fertile vallon. C'est à quelque distance, du côté de Rome, qu'on rencontre le champ de bataille où le consul M. Fabius Ambustus défit complètement les Herniques l'an de Rome 393". Le théâtre du combat est une plaine de médiocre étendue, resserrée entre des montagnes, de manière à gêner considérablement les manœuvres de la cavalerie. Aussi, lorsque l'action fut engagée, la cavalerie romaine mit pied à terre et vint combattre à la tête de l'infanterie. Les Herniques, qui avaient appelé sous les armes toute la fleur de leur jeunesse, la firent avancer pour soutenir le choc. Le carnage fut horrible; on se battit jusqu'au soir; enfin les Herniques furent vaincus, mais la nuit empêcha de les poursuivre. Le consul ren-^ tra dans Rome et se contenta de l'ovation.
En ce temps-là Rome préludait par la conquête de ritalie à la conquête du monde; la victoire lui était partout favorable. A midi nous aperçûmes le lac di Santa Prassedn, autrefois le lac Regille. Trois ans après la victoire dont nous venions de traverser le lugubre
^ Sigonios, Comment, infastoset iriumph. Rom., p. 66.
66 LES THOIS «OME.
théâtre, le dictateur Posturoius uvait vù^ ^h $9Dg 4^ Latins les eaux de oe lac deveiH) fasoeux. Knfîu le ^nH des annes avait cessée le eileuoe du désert régnait autour de nous; nous étions dans la campagne romaine. C'est au retour de Naples^ après avoir vu eette villa si brillante et si animée , cpi'on se trouve dans les eooditions favorables pour apprécier la majestueuse tranquillité delà Ville éternelle. On sent eu y rentrant qu'on met le pied dans un autre monde ; que des intérêts (^ dm peasées différentes préoccupent les deux cité^, A Napies et aux autres villes les choses du temps ; h Roim les choses de Téternité. A Naples et aux autres viUea la physionomie changeante, le bruit tumultueux des af*faires et des folles joies; à Rome l'immobilité da la fui et le solennel silenee des ruines. Ces différencea^ qui fcffît de Rome une ville à part au milieu du monda, la ifiettent dans une mystérieuse barnionîe avec les be^ soins intimes de Tâme. De là, sans du] doute, le charçpi) puissant qui vous y attire,la douce paix qui vous y acçooi'' pagne, le regret ai vif qui vous suit en la quittant : sen-^ sations indéfinissables que tous les voyageurs éprouvât à divers degrés, bien que le grand nombre n'y soit nullement préparé et que tous, k peu près, en ignoreai U véritable cause.
6 Mars.
CérémoQie de la Rose d'or. — Cbarité somaiae dam Tordre moral. — Catéchisme. — Archiçonfrérie de Saiate-Marie del Pianto. — Féic impériale. — Retraites de première Communion. — Sainte-La cie in Trasievere, — Saint-Vit sur l'Esquilio.
Rome continuait de se préoccuper vivement de la conversion de M. Ratisbonne. Afin de m'unir à la reconnaissance générale, je célébrai la messe aur Tautet de la
GËREMONfK »£ LA. Re» D OR. 67
diapdle «tiraciiiaiise : ie méRie paotif y attinût on grani mmlbn de fidèles^ ear ea Italie un mirade «si touî&arg un événements
C'éinit le quatrième dimanehe de Gaféme, jour où ae fmi la bénédicticB de la iHMe d'or. Afin d^éCre témoins de la cérémome^ nous nous faadimes à la ohapelle Sixtine ; mais quel est le sens, quelle est Torigine de eet antique usage ? il faut connaître la réponse à ces questions^ sous peine d'avoir des yeux pour ne pas voir. Anciennement, les Souverains Pontifes se rendaient à cheval du palais de Latran, qu'ils haèititievit, à la basfKque de iaint^ Croix en Jérusalem. Là était la station du jour, dont la messe commence dans tout le monde eatboUqise par ne ïQOi : LteUare! Réjouiê-ioéf Parvenu à la moitié de U sainte, mais pénible quarantaine, l'Église veut enemhrager ses enfants et leur inspirer une sainte joie en lewr montrant de plus près le terme de leur pénitence éL la couronne immortelle qui doit récompenser leurs priva«tions et leurs combats. Or, afin de rendre plus vif et pins populmre ce sentiment d'allégresse, Rome ie symh^ke dans une rose, la reine des fleurs. Tel est le sens de la poéUque prière qui en accompagne encore la bénédiction.
Après l'office, le Pape, tenant à la main la rose bénite, la montrait au peuple, comme l'emblème de leurs eommunes espérances pour l'avenir et de leurs dispotn^ tiens actuelles. Portant toujours la rose à la main, le Pontife était reconduit jusqu'au parvis de la basilique par le préfet de Rome, en habit de pourpre et en efaausT sure de couleur d'or, qui soutenait Tétrier pour aider le Saint-Père à descendre de cheval. Afin de reconnaître ce témoignage de respect, le Pape donnait la rose à ce dignitaire» qui la recevait à genoux et lui baisait le pied. Plus tard, les souverains Pontifes ont été dans l'usage
d'envoyer cette rose à quelque souverun, à une église^ à une personne éminenie^ quelquefois aux anciens empereurs d'Allemagne à l'époque de leur couronnement. Aujourd'hui elle est donnée aux princes ou aux princesses dont le Saint-Père veut honorer la piété et la charité. La bénédiction de la rose d'or eut lieu^ pour la première fois^ sousle pontificat de Léon IX, en i050; toutefois le document qui fixe cette date semble annoncer qu'elle remonte beaucoup plus haut '.
La cérémonie se fait aujourd'hui dans la salle des parements. Après les prières marquées dans le rituel^ le Saint-Père oint là rose avec du baume , et place au centre, où se trouve un tout petit godet, fermé avec une grille d'or^ un peu de ce baume avec du musc; il l'asperge d'eau bénite , l'encense , et la remet au dernier clerc de la chambre. Nous le vîmes arriver, précédant le pape et portant à la main la précieuse fleur, qui fut placée au milieu de l'autel sur un riche voile de soie brodé d'or. Après la messe , elle fut emportée avec la même cérémonie, et déposée au Vatican jusqu'au jour où le Père commun daigne en gratifier quelqu'une de ses nobles et pieuses filles '?
Dans la journée nous reprîmes notre étude de la charité romaine , suspendue par le voyage de Naples. Les établissements et les œuvres particulières destinés au soulagement des maux physiques et des misères iatellectuelles avaient passé sous nos yeux; restaient les misères morales avec les moyens que Rome emploie pour les guérir. Ces mojens se divisent en deux classes :
' Constanzi, 1. i, p. 15.
^ Cartarîus,De Rosa aurea; Martinelli, Rama ex Ethnica sacra , etc.
GATÉGHIflIfE. 69
les uns ont pour but de prévenir le mal , les autres sont établis pour le guérir. Élever Thomme' à sa plus haute puissance en faisant couler abondanunent la vie de la foi et de la piété dans toutes les âmes, tel est l'objet des premiers. Dans ce nombre il faut placer les catéchismes, les prédications^ les retraites^ les Quarante heures, les stations^ la grande association du saint Sacrement» l'association particulière de Saint-Louis de Gonzague , les écoles du soir^ les oratoires nocturnes , Tinstitution des Pericolanti, etc. Parmi les seconds, destinés à réha* biliter le coupable, se rangent les maisons de repentir, les institutions en faveur des prisonniers et plusieurs autres œuvres qui participent au double caractère de remèdes préservatifs et curatifs. Sans doute la plupart de ces moyens sont connus , et on les trouve en usage dans le reste de la catholicité. Ainsi leur histoire peut, au premier coup d'œil , paraître fastidieuse ou inutile. Pourtantil n'en est rien ; outre l'avantage de la priorité, ces moyens ont à Rome un caractère d'ensemble dont l'étude est indispensable si l'on veut connaître à fond l'intelligente charité de la mère de toutes les Églises.
En parcourant les rues de la ville , nous recontrâmes des troupes de petits garçons qui se dirigeaient gaiement vers les différentes ^lises. Une de ces bandes joyeuses entra à Sainte-Marie del Pianto; nous l'y suivîmes. Après une courte prière, le catéchisme commença; il fut expliqué par un des membres de YAreMconfrérie de la Doctrine chrétienne , dont voici l'origine. En 1567, un gentilhomme milanais, nommé Marco Lusani , étant venu à Rome, se dévoua généreusement à l'instruction chrétienne des petits enfants; plusieurs ecclésiastiques zélés voulurent partager sa bonne œuvre, et il en résulta une pieuse confrérie que saint Pie V et Benoît XIV ont
70 LES nois laiiE.
Aivcrisée lie tout ieur pouvoir. Esktn tous im moyens établis povir exciter l'émulatkm des e&fiufits^ le fins poissant ^ parée qu'il convient le miem. ft« ewpactèie romain , est le concours sotemel du premier dioianchs après Qu^tnodo. La dispute est soutenue par deoK enf»)ts de chaque paroisse^ eu présence des supérieurs, des dépotés et d'un immense eoRCOurs de peuple. Les enfeats s^interrogeut et se répondent tour à tour; eeiuï qui finit par ne plus trouver de eompétiteur pour lui répondre sur toutes les questions du petit catéchisme de Bellarniin est déclaré empereur. Les quatre qui VmA approché de plus près forment sa conr^ ocHDpasée de de deux princes, d'un capitaine et d'un écuyer.
Alors commence une scène d'une naïveté ebaraMttte.
A peine le jeune empereur de sept à huit ans efit-41 proclamé qu'on le place sur un trône; on fe eowtomie de lauriers, on lui met un sceptre à la main, on k> décore d'une croix brillante qui pend sur sa poitrine; les princes et les officiers de sa maison l'aocompagneoi gravement dans un superbe carrosse qui le eonduit (AtêZ ses parents. Dans la demeure de son heureuse famlla , on prépare richement une pièce, cm s^éàève un trône pour le jeune monarque, qui re^t les Hébeitations et |eis hommages de nombreux courtisans à» totrt Age #t ée toute condition.
Les jours suivants, il sert dansea voiture i^oqompagné de quelqu'un des membres de VArdm&été^^, ^ l^pd visite aux plus illustres personQages de Rom6j qpi ie comblent de caresses et de cadeaux : son fègae 4^m un an. Ce terme écoulé, on nmiime un nouvel eiiipei*a«ir : tel est le principal encouragement donné aux enfeiH^* Les catéchistes eux-mêoies ne sont p8« ouUiés. Par l#s soins de la confrérie, des panoniies [^fiei» 4q Vm et 4e
ARGHIGONFRÉRIB Ml SAlUfE^âaiE BEL PIANTO. 7i
Fittlp» MSI» WBl êuv^fim dans les paroisses de Rome fem CBseifDerkk doelriae chrétienne : quelques-uns de 30» menriMres «sriatoat à ees eatécbismes^ et , d'accord avec tes curés, ils en noauaeni les maîtresses. Si elles aoBt exaeles à leurs fooctioBB et à la communion générale qui a lieu tous les deux mois à Santa-Mafia del PisnêOi €Ùe» sont inscrites sur les tableaux de la loterie elafylesà reeevoir les dots*
Grftee au sèle de cette vaste association^ à la sollicitnde des ptaleiirs et d'un grand nombre de religieux et de fûeux laïques^ k religion, placée auprès du berceau des gâmations naissantes^ dépose sur leurs jeunes lèvres le sel de la divine sagesse , émousse le premier aiguilloi de la concupiscence et développe en temps utile le sens ehrétien.
Bientôt ce petit peuple voudra s'asseoir à la taUe sacrée : la charité romakœ Fattend sur les marches du sanctuaire. I>tre sa tendresse , sa sollicitude^ ses industries tnaterneUes pour renAre tous ces enfants dignes d'elle t^ convive de leur Dieu dépasserait les bornes ()He je me sois fixées. 11 suffira de^avoir qu'il existe à Rome un grand nombre d'établissements pieux qui^ k Fépoque solennelle de la première commumon, reçoivent les eiifants de Tun et de l'autre sexe, fls y sont à demeure pendant huit jours^ nounris^ instruits, préparés avec uu zèle admirable au plus grand acte de la vie.
Noos vîsHàmes avee on vif intérêt celui de ces étahfissements qui est près de Saînte-Lueie in Trastevere. Un saint prêtre, D. Joaehim Mi^helini , curé de Saint- Sadveor, à Ponté Rotto, en fut le fondatwr. Désolé de voir un grand nombre d'enfants qni ne faisaient autre chose que courir les rues , jouer, voler et se livrer h toute sorte de vioes^ il emçul le projet de leur tendre
72 LES TROIS IU»fB.
une main secourable. Au moyen de petites récompenses^ il réussit à les réunir tous les dimanches dans un local séparé. De concert avec d'autres ecclésiastiques , il leur faisait une petite instruction sur le catéchisme, leur faisait entendre la messe et fréquenter les sacrements^ puis leur donnait les récompenses promises : Dieu bénit et le prêtre et son œuvre. Grâce aux secours fournis par des personnes pieuses, on put donner des retraites à ces enfants qui se préparaient à la première communion; on les reçut d'abord au nombre de vingt-quatre pendant huit jours. Bientôt il fut possible d'en admettre un plus grand nombre, de multiplier les retraites pendant le cours de l'année et même d'habiller de la tête aux pieds la plupart de ces pauvres enfants.
Ce que le vertueux Micchelini a réalisé au delà du Tibre, un de ses confrères l'a fait à l'autre extrémité de Rome, dans le quartier de Monti. Dom Santé Diotavelli^ ayant obtenu l'usage de l'ancien couvent contigu à Saint-Vit, sur TEsquilin, établit des retraites préparatoires à la première communion pour les eufants de cette région : comme ceux du Trastevere^ ils sont logés, nourris, instruits et habillés, s'il y a lieu. On trouve des maisons semblables à l'hospice de Sainte-Galle, sur les bords du Vélabre; à Saint-Laurent in Panepema, près de l'Esquilin; au couvent del Divin Amore, dans le voisinage de Sainte-Marie Majeure, etc. \
Voilà quelques-uns des moyens que Rome emploie pour donner la vie morale à ses enfants. Si plusieurs échappent à tant de sollicitude et grandissent dans l'ignorance de la religion et dans les vices qu'elle engendre, ils trouvent, plus tard, dans les maisons que je viens de
* Gonstanzi, InsMuziwidi Pietà, t. i, p. 117-219.
VISITE A OWERBECK. 73
nommer la facilité de s^instruire et de deveoif d'utiles citoyens en devaiant de bons catholiques. Pour eux aussi s^ouvrent, quel que soit leur état^ des catéchismes et des retraites. Les mômes soins leur sont prodigués pendant lemr séjour; la charité les accompagne dans le monde et les réunit, à différentes époques^ sous son aile. Le carême surtout est le moment où Rome présente ce nouveau spectacle. En est-il de plus intéressant? je l'ignore; et pourtant quel voyageur se donne la peine ou le plaisir de le contempler? L'heure avancée ne nous permit pas d'en jouir immédiatement; nous le verrons demain^ après avoir rendu visite à Owerbeck.
« Man. ^
Visite à Owerbeclc ; détails sar cet arUste. ^ Ce qae fait Rome poar préparer aax Pâques.— Prédications. — Stations. — Catéchismes. — Retraites. — Pompes religieuses. — Remarques d*un protestant.
Parmi les merveilles religieuses que Rome offre à Tamour du voyageur attentif^ il en est une qui tient un rang d'honneur : c'est le pieux , le saint, Tangélique Owerbeck. En le visitant aujourd'hui ^ nous ne crûmes pas nous écarter de notre itinéraire. Le peintre qui fait de Tart un sacerdoce y et de ses tableaux sublimes autant de prédications éloquentes^ destinées à répandre partout l'amour de la vertu et le goût de la piété, n'esta pas une source de vie morale? Si, de plus, ce peintre fait école et s'efforce d'apprendre à ses disciples les secrets de l'art chrétien, en leur inspirant sa foi vive, sa piété tendre et sa pureté de mœurs, n'a-t-il pas droit aux hommages publics des chrétiens- et de l'artiste vraiment digne de ce nom?
^excellent ami qui nous accompagnait voulut bien T. m, 5
li m TROIS Rom.
■dous dottner» dieimn faisant, qualquea détaili anr le tiouvd Angelico da Fieiok. m OweÀmek y bous diUl, 6$t né 6D Allonagne. Après avoir appris les pramiers élments de la pânture à rAcadémie de Vienne, il partit en 1809 pour Rome, où l'appelaient un irrésistible instinct et ramoar de l'antiqnité. Bientôt il yfut Fej<mit par deux amis, Pierre Goroâius et Wilhelm Sdiadow, tous deux aujourd'hui chefe d'écoles opposées en Allemagne. La colonie se grossit mcore de quelques jeunes gens qui aspiraient à un art nouveau, et forma dans les ruines d'un couvât une communauté pauvre et studieuse, vivant d'enthousiasme et d'espérances. Pendant quelques années les courageux artistes demeurèrent inaperçus, effacé§ par l'invasion et les préoccupations de la guerre ; mais, après les événements de 1815 , ils se révélèrent dans des fresques de haut style, avec la diversité de leur talent. Celui d'Owerbeck s'était transformé, et, dépouillant peu à peu les formes tudesques, il s'appropriait le génie italien.
a Entraîné par sa nature délicate et rêveuse vers la simplicité charmante de l'art chr^ien, le jeune artiste s'adonnait surtout à la contemplation de la madone. Tandis qu'il pénétrait son imagination des beautés de Raphaël, un autre travail s'opérait en lui : il se prenait à maudire la réformation, comme il avait renié la renaisaance. 11 comprenait que, pour rendre le sens des types du catholicisme, il fallait en croire les mystères et en posséder la foi complète. Il abjura donc le protestantisme , et fut incité par le plus grand nomlm de ses amis : on donna aux amvertis le surnom de Nasaréem. Quelque temps après, Péoole allemande se dispersa par l'effet des circonstances, et Owerbeck est resté seul à Aome, comme VamçêimUné à garder fo pwreUân^êmc^
DÉTAILS Sim VAWmE OWE&BEGK. 75
inaireoé tétait accomplie la riiMvaHM de Pari imh tional. »
Nous le troavimes dans la floBtude du pabns Cenei, ob il réalise Tidée la ptai haute de l'artiste chrétien* La pureté de sa vie et Fhabitude des méditatîoDS religieuses se révèlent dans le caractère noble et sévèra de son visage. A la simplicité de ses manières » à la bonhomie charmante et au feu de sa conversation , on re-* connaît un cœur allemand souvent nourri du pain eucharistique. La prière sanctifie les travaui^e Fatdier où règne, parmi les élèves^ un fûeux recueillement. L'admiration pour le talent d'Owerbeck et le respect pour sa vertu sonttels^ qu'un jeune artiste nous disait : « Devant un coup de crayon d'Owerbeck, chacun doit ôter son chapeau. » J'ajoute qu'en présence de ses ta* bleaux il faut croire et prier ; leur vue seule est un acte de foi , d'espérance et d'amour. Je me rappelle , entre autres^ VlnstituHon de la sainte Eucharistie et le Cou* ronnement de la sainte Vierge dans le ciel. On sait que ce dernier motif a été le sujet de prédilection de toutes les écoles catholiques avant la renaissance. «Depuis cette époque^ il n'a plus été ni compris ni traité; et T Assomption de Marie nous est toujours représentée sous l'emblème d'une femme à la pose forcée , aux formes plus ou moins matérielles , soutenue péniblement par des anges et enlevée sur les nuages. Combien est plus pure et plus suave l'idée d'Owerbeck empruntée aux anciennes écoles de peinture 1 Le Fils de Dieu, assis dans la gloire à côté de sa Mère, la tient embrassée avec un indicible taadresse, et Marie, appuyant sa tète sur l'épaule de Jésus, goAte, avec le calme du Paradis, le bcmfaenr de retrouver ce Fils depuis si longtemps perdu. Des anges forment , sur un ciel étoile , l'amande symbolique qui
en?eloppe les deux personnages. Rien ne peut rendre la douceur et la grâce exquise de ce tableau, o
Interrogé et complimenté sur ses chefs-d'œuvre , le pieux artiste nous répondit avec modestie : a Puissé-je être assez heureux pour que mes pauvres fat^es soient de quelque édiGcation aux âmes fidèles , en les aidant à méditer les saints mystères de notre religion : c'est le but auquel j'ai aspiré 1 » Puissent à leur tour nos jeunes peintres ne pas se borner à étudier la méthode de Frédéric Owei^tî^ck, mais se faire un devoir d'imiter sa vie^ en partageant sa foi vive et sa piété sincère ! comme celle du maître leur gloire est à ce prix.
Est-il besoin d'ajouter que nous quittâmes le palais Ceuçiy pénétrés d'admiration pour le talent du peintre catholique et de vénération pour sa vertu? Mais ce qu^il est bon de remarquer^ c'est la conduite de la Providence qui, dans la personne de l'immortel artiste, place Rome à la tète du mouvement régénérateur de l'art. Il est donc écrit que la Reine de la foi doit avoir la glorieuse initiative de tout ce qui est beau, comme de tout ce qui est bien.
Hier, nous avions laissé la charité romaine préparant la jeunesse au grand acte de la première communion; aujourd'hui, un nouveau devoir appelle sa sollicitude : l'heure solennelle approche où les chrétiens de tous les âges doivent aussi participer au banquet eucharistique. Grâce à la loi de la communion pascale , TÉglise possède le secret de renouveler perpétuellement sa jeunesse , et de ranimer, d'affermir ou d'accroître la vie morale de ses enfants. Cette loi sacrée, que le lord protestant Fitz William ' regarde avec raison comme l'in-
' UHres d'AHicus.
PlUBDIGATIONS. 77
di^iensable fondement dessodétés, Rome en comprend toute l'importance ^ Pour en procurer le digne accom«
* Voici la conclusion que le puissant logicien tire d'une longue suite de raisonnements parfaitement enchaînés :
« En résumé, la vertu, la justice, la morale doivent servir de base à tous les gouvernements,
« Or, il est impossUtle d'établir la vertu , la justice , la morale sur des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de la pénitence, parce que ce tribunal, le plus redoutable de tous les tribunaux » s'empare seul de la conscience et la dirige d'une manière plus efficace qu'aucun autre tribunal . »
« De plus , il est impossible d'établir le tribunal delà pénitence sans la croyance à la présence réelle , principale base de la foi caikoiique romaine; parce que sans cette croyance le sacrement de la communion perd sa valeur et sa considération. . . . Partout où cette croyance fut détruite, le tribunal delà pénitence tomba avec elle ; comme partout où cette croyance existe , la confession devient nécessaire. Or, ce tribunal qui se trouve nécessairement lié à la croyance de la présence réelle et à la loi de la communion, rend indispensable l'exercice de la vertu, de] la justice, de la mcnrale. Donc , comme je l'ai déjà dit ,
a II est impossible de former un système de gouvernement quelconque, qui puisse être permanent ou avantageux, à moins qu'il ne soit appuyé sur la religion catholique romaine et en particulier sur le dogme de la présence réelle et la loi de la communion,
« Si l'on ose dire que les enfants de l'Église catholique sont méchants et pervers , malgré cette loi sacrée et les devoirs qui en découlent, que devons-nous dire des hommes libres de ces salutaires entraves? Les habitants de la plus heureuse et de la plus florissante monarchie qui ait jamais brillé sur la terre s'en sont tout à coup affranchis ; qu'est-il arrivé? Ces malheureux insensés, n'ayant plus de frein pour les retenir, ont tout osé ; et leurs crimes , comme une mer qui déborde , rompant des digues que Dieu seul pourra rétablir, ont bouleversé l'Europe , inondé le monde , et imprimé au nom français une tache ineffaçable , et la {dus ignominieuse dont une nation puisse se couvrir. »
78 LES TMIS ROMB.
plissement, prédlcslions^rtationâ^ caléotaismes^fetnulM^ tout est mis en œuvre.
Pendant tput le Carême, on compte, soit dans les communautés, soit dans les paroisses, plus de soixante prédicateurs, qui annoncent du haut de la chaire ou du Palco les vérités étemelles. Il y a des sermons à toutes les heuresdu jour et presque de la nuit; partout l'assistance est nombreuse, et, je le dis pour Tavoirvu, parfaitement recueillie. La plupart des ordres religieux, prennent une part active à ce grand ministère. Parmi ces hommes de solitude et de méditation qui apparaissent tour à tour dans le costume imposant du jésuite, du capucin, du passionniste, du dominicain, du récoUet et du théatin^ il 6n est de fort éloquents» Le célèbre P. Ventura attirait la foule à Saint-Pierre et à Saint-André délia Valle.
Ce retentissement général, incessant , de la parole divine, ébranle les âmes, et la Ville sainte, habituellemeiït si grave, prend une physionomie plus grave encore. Les théâtres sont fermés; il n'y a d'ouvert que les églises, les oratoires nocturnes et des maisons de retraite.
Rome emploie un autre genre de prédication non moins éloquent et peut-être plus efScace que le premier. Les stations commencent dès le mercredi des cen*» dres, pour ne fmir qu'après Pâques ; chaque jour une des églises de Rome s'ouvre solennellement à la prière. Elle est richement décorée, les autels sont parés de fleurs, le pavé et le portique jonchés de feuilles odoriférantes, les piliers et les chapelles tendus de belles draperies et illuminés par de nombreux flambeaux : tous les reliquaires sont ouverts. Soulevant le voile qui les oache d'habitude, Rome montre ce jour-là les corps, les ossements de ses martyrs, les instruments de leurs 8up« plices, et conduisant quarimte jours de suite ses enfants
en préfience de ees glorieux tombeaux, sous les yeux de cette nuée de héros de tout âge, de tout sexe et de touto coodition, elle leur dit : « Regardez vos pères; voyez ce qu'ils OQt fait l Êtes-vous digues d'eux, dignes de votre mère? Athlètes de la foi, si vous avez failli, l'heure est venue de vous relever et de retourner au combat. Pour vous encourager, vos pères vous montrent leurs palmes immortelles; pour vous guider, leurs exemples; pour vous soutenir, leurs prières. & Une indulgence plénière est attachée à la visite de l'église stationnale; et les fidèles de fouies les classes 5'y portent avec un saint em^ pressement\
* La Station est une dévotion particulière à la villo de Roood* Tertallien et saint Jérôme en rapportent Forigine aux papes saint Victor ou saint Zéphinn ( 192 , 20a). Saint Grégoire le Grand régla les jours de cette dévotion , leur noinbre et les sanotuaires où elle devait avoir lieu : Stationes GrtgoHui per BasUieat, vel heaiorum maHyram cameUria, secundum «votf haetmiuspUbs romana quosi eo HMiit« ceriatim difourril, «oUtdteordifiovil. — Joan. Diocon. Vita, lib. ii, c. 6; Durandus, Jlalioiiai. divin, of/ic, lib. VII, c. 1. Le mot station ^prime une magnifique idée. I..es stations militaires sont les heures oik les sentinelles» debout, Tarme au bras , veillent sur le camp. Soldats toujours en campagne, les premiers chrétiens avaient aufisi leurs stations. Ces héros du christianisme se réunissaient donc aux tombeaux des martyrs , aoit pour côléteer leur kiomphe au jour anniversaire de leur jnort , soit pour s'exciter par le souvenir de leur courage à combattre vaillamment , soit pour obtenir leur puissante protection . Tel est le sens donné au mot station par les Pères de TË^ise et par saint Isidore de SéviUe; Étymolog, Rome a soigneusement conservé cet antique et noble usage. Du reste à la paix de TÉglise les stations se firent avec plus de pompe et de régularité. Le peuple se réunissait dans une église peu éloignée de Téglise stationnale. Le Pape et le clergé s'y rendaient également , puis la procession partait pour Tendroit désigné. Les femmes se rangeaient
80 LEB TROIS BÛME.
C'est le jour de la station qu'il faut visiter chaque ^lise de Rome. Outre le concours édifiant de la popidation^ la beauté des offices et la richesse des décorations, on y voit toutes les reliques insignes, dont quelquesunes ne sont exposées que dans cette seule circonstance de Tannée*.
du côté du nord, les homme au midi , en sorte qu'il n*y avait ni mélange ni confusion. Le Pape prononçait une homélie, célébrait les saints mystères, et les fidèles participaient à la sainte communion. L*usage solennel des stations cessa lorsque le Saint-Siège fut transféré à Avignon : à partir de cette époque on le remplaça par les chapelles papales. Voyez Moretti , de Preshyt^ 17S ; Fotraris, art. Statio»
* Dans rintérêt du voyageur catholique je vais indiquer les jour et les lieux de station pendant tout le Carême :
as Mercredi des Cendres, — Station à Sainte -Sabine.
Jeudi. — Saint-Georges au Vélabre.
Vendredi, ~ Saints Jean et Paul , sur TAventin.
Samedi, — Saint-Tryphon in Piozza Fianmetia. = Premier Dimanche de Carême, — Saint- Jean de Latran.
Lundi. — Saintr Pierre ôs Liens .
mardi. — Sainte- Anastasie.
Mercredi, ^ Sainte-Marie Majeure.
Jeudi, — Saint-Laurent in Paneperna.
Vendredi, — Les Douze-Apôtres.
Samedi, — Saint-Pierre, au Vatican.
=: Secùnd Dimancïie de Carême, ~ Sainte-Marie in Domnioa.
lundi. — Saint-Clément.
Mardi. — Sainte-Balbine.
Mercredi, ^Sainte-Gécîle.
Jeudi. — Sainte-Marie in Trasietere,
Vendredi. — Saint-Vital.
Samedi. — Saints Pierre et Marcellin.
:=: Troisième JHmanchede Carême.— Saint-Laurent hors des murs.
Lundi, — Saint-Marc.
Mardi. — Sainte -Pudentienne.