TOUS LES JOUAS , INSTROOTIONS ET PRATIQUES
Teaprit du catholicisrae à Romô : Un mensfo bt^owo per l'amer éé GesùêOeraMentOj di Maria santisiima ei dêUe ammê del purgatorio. Que riniention de la mère et de la midtresse de toutes les Eglises sdt d'élever à sa plus haute puisBance ce triple sentiment ^ les faits vont l'établir. Et] d'abord , l'instruction qui nourrit la foi et qui éclaire la piété coule chaque jour de la semaine, abon* dante et variée^ sur les différents poAts de la Ville sainte. Dans raprèsrmidi^ deux instructions sur les devoirs de la vie commune ont lieu à Téglise délia VaUU cella; le soir, elles se répètent plus variées et plus nombreuses à la mission in Monte Citorio et dans tous les oratoires nocturnes.
Tous les joiurs de l'année, à Sainte-Marie-Madeleine, au Quirinal, exposition et bénédiction du saint Sacrement.
Tous les jours de Tannée, à Sainte-Marie de la Paix, une messe votive de la Sainte-Trinité) en actions de grâces des privilèges accordés à Marie par chacune des trois augustes Personnes.
Tous les jours de l'année, à Sainte-Marie de la Mi* nerve, à Saint-Nicolas dét Perfeiti^ à Saint-Cyr, à Sainte» Marie del Pianto, du Suffrage , de Lorette; à Sainte* Marie dei Monti, à Y Ara Ccsli, à Saint-Gelse, aux Saints-Anges-Gardiens ) à Saint-Nicolas m Carcere, à Saint-Barthélemi en Tlle, à la Trinité des Pèlerins, à là Mort , à Saint-Laurent in Datnaso, à Sainte**Marie des Grâces, à Porta Angeliea, à Sainte-Marie di Motste Santo, à Sainte-Marie des Anges, aux Pères de la Péni* tence, récitation publique du Rosaire avec bénédiction du saint Sacrement.
Tous les jours, à Saint^Marcel et à Sainte-Marie in Via, rédtation solennelle de la couronne des Sept-Dou* leurs de la sainte Vierge.
9S LBS TROIS ROME.
Tons les joors^ à Sainte-Marie in Cosmêdin y et à Sainte-Marie dMa Pietà, sur la place Colonne^ à Saint- François de Paule ai Manti , récitation des Litanies de la sainte Vierge et du Rosaire.
Tous les jours, vers le commencement de la nuit, récitation de la Couronne des Trépassés au cimetière du Janicule, et dans toute la ville VAve] Maria des Morts.
En assistant à Tune de ces pieuses réunions, nous fûmes témoins, dans l'église de Sainte-Marie des Grâces, de renterrementd'une jeune personne. Depuis vingt-quatre heures le corps était déposé à l'église, dans une bière fermée. Des messes se célébraient aux divers autels, et les nombreuses compagnes de la jeune défunte, vêtues de blanc et couvertes d'un grand voile, se tenaient agenouillées, un ciei^e à la main, autour du catafalque, ou se rendaient successivement à la sainte Table, pour y communier en faveur de leur amie. Celle-ci était habillée de blanc ; sa tête virginale était ornée d'une couronne de roses; un voile broché d'or couvrait son noble visage , dont la sérénité annonçait l'innocence de Tâme et le calme d'un doux sommeil. Non loin du catafalque s'ouvrait le caveau funèbre. Au milieu des hymnes de l'espérance on y descendit lentement la jeune victime de la mort; car pour elle la tombe est une mère, dans le sein de laquelle une nouvelle vie lui sera donnée. En attendant, elle ne sera point oubliée; une simple pierre la séparera de ses amis et de ses proches. Nul ne vien* dra dans la pieuse église sans donner une larme à sa mémoire, une prière à ses besoins. Comme ce touchant spectacle traduit bien la pensée catholique ! Entre cette lenteur dans la dernière séparation, cette publicité de la mort, cette sépulture dans le temple, et la rapide clan-
SAINTE AANÇOISBy ROMAINE. 98
dertinité de nos ^temments jonite à Tisolement impie de nos ciaietières : quelle différence I
O Mami.
Sainte Françoise, Romaine. — Oratoires nocturnes. — Le Caravila. — Écoles du soir.
Dès le matiU; le peuple se portait en foule à l'église de Tor dei Specchi : on y célébrait avec grande pompe la fête de sainte Françoise^ Romaine. J'eus moi-même le bonheur d'offrir les augustes mystères dans ces lieux remplis de pieux souvenirs et au milieu de la communauté, digne héritière de la sainte. Née à Rome, en 1384, d'une illustre famille, Françoise épousa, jeune encore, Lorenzo Ponzani, également distingué par sa noblesse , sa fortune et ses vertus. Cette union rappela celle de saint Éléazar et de sainte Delphine. Devenue veuve, Françoise résolut de se consacrer entièrement à Dieu et aux pauvres. Dans le monde on Tavait vue^ unissant la mortification à Taumône, faire avec les mendiants un commerce d'un égoïsme sublime. En échange du bon pain qu'elle leur donnait , elle voulait qu'ils lui cédassent les croûtes desséchées dans leurs poches; et tandis que le pauvre mangeait la nourriture délicate de l'opulence , la noble matrone se contentait du grossier aliment de la misère. Son entière abnégation d'elle-même se traduisait par un mot qui reste dans la communauté , où il conserve le même sens. Partout ailleurs la religieuse appelle ^ro/?«£»on l'acte solennel de sa consécrasion au service de Dieu; ici <m le désigne par le mot à'oblatiim. Ne trouvez-vous pas là une nuance d'idées^
M LES no» Bflm.
que reqNnt admife et une exqoae délioateBiedd Mirtiments qui pénètre le cœurt La religieuse vous appenÉI^ non plus seulement conune une personne qui prononce des engagements plus ou moins étendus; mais conune une humble victime qui s'apporte elle-même à Fautel y affero, et qui s'immde sans retour et sans partage.
La chapelle et toutes les salles du couvent étaient remplies de dames de la plus haute condition; caries oblates de Sainte-Françoise se recrutent en général dans les classes élevées de la société. Au sortir d'un magnifique salut du saint Sacrement^ nous continuftmes notre étude de la charité.romaine.
S'il vous est arrivé de parcourir^ à la chute du jour^ les boulevards de Londres ou de Paris ^ vous aurez vu , de distance en distance, des édifices splendidemoit éclairés» et une foule d'artisans et d'ouvriers, d'hommes^ de femmes et d'enfants, entrer péle-méle dans ces vast^ bâtiments. C'est l'heure du spectacle : le peuple s'y rend, il y passe une partie de la nuit 5 et, en échange de son argent^ il apprend à se moquer de la religion^ de la vertu et des bonnes mœurs; ses passions s'irritent , ses désirs s'enflamment^ sa vie morale s'affaiblit^ et souvent le devoir lui devient un fardeau ^trop lourd. En tout cas , il n'en sort jamais ni- plus probe j ni plus résigné , ni plus laborieux; et pourtant il a dépensé une partie de son salaire et de la subsistance de sa famille. A Rome aussi vous trouvez des théâtres^ mais les pièces sont rigoureusement censurées, et puis, à côté de ces lieux de divertissement profane, l'intelligente charité tient ouverts des asiles où l'honune du peuple et même le citoyen opulent peuvent trouver des jouissances qui accroissent leur vie morale, raniment leur courage, eoQsolent leurs chagrins^ soatiemie&t leur faiblesse ,
oRATOUfi nocrruMis. 06
flttiB entamer ni leur fortune ni leurs épargnes t je veux parler des oratoires nocturnes.
On donne ce nom à des églises ou chapelles^ plus ou moins vastes^ qui s'ouvrent tous les soirs au public. Des diants religieux, de la musique, une instruction^ des prières^ d'autres exercices de piété, se succèdent jusqu'à une heure fort avancée de la nuit. On trouve des oratoires noctunies dans tous les quartiers de Rome^ et partout l'assistance est nombreuse. Vous en avez un à Sidnte-Marie del Pianto, près de la place Giulia, qui est dirigé par les membres de Varchiconfrérie de la doctrine chrétienne. Le cardinal Antonelli^ dont la mémoire sera toujours en bénédiction parmi les catholiques, en établit quatre dans les quartiers les plus éloignés de Rome. C'est en 1795 qu'ils s'ouvrirent sôus la direction d'un prêtre illustre , don Joseph Marconi. Le premier est ai M(mtiy le second à la place Barberini, le troisième au Trastevere, et le quatrième près de la place NavonC; à l'église délia Pace.
Toutefois l'étendue de la ville et l'empressement du peuple les rendaient insuffisants. D'ailleurs toute la cité Léonine, ainsi que les environs du Vatican, étaient privés de cette utile institution. L'abbé, comte Fioravanti, mort dans la suite évéque de Rieti , combla cette lacune. Sur le modèle des précédents, il établit un oratoire nocturne à l'église de Saint-Ange ai Corridori. Restaient les quartiers populeux du Punie Quattro Capi. Grâce au zèle du chanoine Carboni, curé de Saint-Ange in Pesekeria, ils furent bientôt favorisés du même bienfait Leur oratoire est à Sainte-Marie in Vincis. Placé sous la protection de saint François Xavier et agrégé au Caravita, il réunit constamment une foule nomWeuse de fidèles et d'ap6fres sélés. 11 existe encore plusieurs
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autres oratoires nocturnes , dont je ne parie pas aia d'éviter les longueurs. Je me contente de faire caornattre celui du Caravita, le plus ancien et le plus célèbre de tous. Son histoire y d'aiUeurs^ est Thistoire de tous les autres : partout le même but , le même ordre et les mêmes moyens.
En 1606, vivait à Rome un jeune novice de la C!om« pegnie de Jésus^ nommé Nicolas Prommtorio. Suivant l'usage, il s'en allait chaque dimanche^ de concert avec ses collègues ; prêcher sur les places publiques. Son éloquence et sa piété attiraient autour de son paleo un grand nombre d'auditeurs qu'il conduisait ensuite au tribunal de la réconciliation. Le dernier dimanche du mois on les voyait tous ensemble s'approcher de la sainte Table, dans l'église la plus voisine de la place où s'était faite l'instruction. Bientôt on les réunit les jours de fête dans une chapelle du collège Romain. C'est de là que les plus fervents partaient pour aller faire la mission urbaine, ayant à leur tête le pieux novice fondateur de cette bonne œuvre.
Le père Caravita succéda au père Promontorio dans le double emploi de directeur de la mission et de président de l'oratoire. Entièrement dévoué au succès de ces institutions naissantes^ il obtint des aumênes assez considérables pour faire bâtir la superbe chapelle qui porte encore son nom. Elle est située au centre de Rome^ non loin de l'église de Saint-Ignace. Trois patrons lui furent donnés : la sainte Trinité ^ sainte Marie délia Pietày et le grand apOtre des temps modernes, saint François Xavier : jamais yocable n'exprima mieux et le but et les moyens d'une œuvre de ce genre.
VorjàûÂre s'ouvre tous les jours à vingt-quatre heures d'Italie^ (^'çst^lt-dire à la tombée^ de la nuit. Voici les
LE CÀSuLyriÂ. 97
exercices qui s'y font pour les hommes seulemait. On commence par quelques prières suivies d'une instruction prononcée par le directeur : vient ensuite le chant sublime du Salve Begina. Il est à peine fini qu'on expose le saint Sacrement^ et^ en présence de toute la foule prosternée^ se fait le fervorino pour exciter à la contrition. Sur tous les assistants ainsi préparés tombe la bénédiction de celui qui regarde avec amour les cœurs contrits et humiliés. Le mardis le jeudi et le samedi, des exercices de pénitence corporelle remplacent le sermon. Pendant toute la séance vous voyez de nombreux confesseurs assis sur leurs tribunaux^ et dont Tutile ministère se prolonge quelquefois trè&-avant dans la nuit. A la fin des exercices, quelques membres de l'oratoire commencent la récitation du chapelet. Ils la continuent à plusieurs chœurs dans les rues; la foule mêle sa voix à leur voix , et les pieux cortèges vont achever les louanges de la Mère de miséricorde et de grâces au pied de la Madone de VArchetto ou de la place Madame.
Le Caravita ne s'ouvre pas seulement le soir de chaque jour. Le matin de toutes les fêtes de précepte, il reçoit les hommes seulement qui trouvent à s'y confesser. On y fait à haute voix la méditation pendant une demi-heure : on y chante l'Office de la sainte Vierge, on y entend une instruction suivie du saint Sacrifice de la Messe. Le premier dimanche de chaque mois a lieu la préparation à la mort, la récitation de TOffice des Trépassés et la communion générale.
Depuis le soir de Noël jusqu'au 1*^'^ janvier, les hommes y font leur retraite. A certaines époques, l'entrée du Caravita est exclusivement réservée à deux vastes associations de femmes. La première^ fondée en 1707, approuvée et enrichie d'indulgences par le pape
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Clément XI, se compose de Mite de la société pomaine : elle s'appelle la Congrégation des Dames. Les membres de cette noble assemblée viennent à l'oratoire une fois par mois pour la retraite de la Bonne Mort; y font, pendant la semaine de la Passion^ les exercices spirituels de huit jours , et un triduum en préparation à la fête de l'Assomption. Elles s'y rendent encore pour assister au service solennel qu'on y célèbre à la mort de chacune des associées ; remettent à la prieure l'offrande destinée à la célébration des messes en faveur de la défunte, et vont tour à tour porter des aumônes à l'hôpital de la Consolation , ou des encouragements et des instructions pieuses aux femmes condamnées. Quoique à des jours différents y la seconde congrégation ^ appelée des Demi-Dames y Semi-Dame , lomi des mêmes grâces et des mêmes exercices que la première. Seulement les membres de cette association réservent leurs charitables soins pour l'hospice de &Bmi-3eLcq\\es des Incurables. On voit que les réunions du Caravita, et en général de tous les oratoires nocturnes , n'ont pas seulement pour objet la perfection de ceux qui les fréquentent ; mais qu'elles tendent à entretenir et à porter la vie morale dans ceux qui en sont éloignés. Ainsi les quatre congrégations d'hommes, dont l'illustre chapelle est pour ainsi dire le centre, s'emploient avec une ardeur merveilleuse au bien des classes laborieuses ordinairement si négligées dans les grandes villes. Composées de prêtres et de laïques , elles vont faire dans tous les quartiers de Rome, et même à la campagne, des instructions populaires aux moissonneurs, aux faucheurs^ aux voiturins^ pénétrant pour cela dans les carrefours , dans les hangars, dans les remises, partout enfin où se trouvent réunis leurs auditeurs. Elles les invitent à venir au Ga-
ra?ita^ où dea confesseur» charitables les aitendeat) e4
Dieu seul connaît les mystères de réhabilitation qui s'accomplissent dans ces âmes trop souvent et trop longtemps négligées. Plusieurs fois témoins de ce spectacle, bien autrement intéressant que la vue du Goliaée ou de l'arc de Janus^ nous ne savions que bénir et admirer. Dévouement du zèle ^ puissance de la foi , Rome se montrant aussi bien dans les détails que dans l'ensemble de ses œuvres la mère de ses enfants et le modèle de toutes les églises : voilà ce qui ressort en traits lumineux de ces institutions^ à peu (ûrès ignorées de l'Europe et invisibles au voyageur mondain.
Ce n'est pas tout; le désir d'instructicm, qui tourmente notre siècle , se fait sentir en Italie comme en France. Avec cette intelligence supérieure qui ne lui manqua jamais^ Rome le seconde^ et le fait servir au progrès moral de ses habitants. Nous savons déjà ce qu'elle fait pour l'instruction de l'enfance; l'âge mur est aussi l'objet de sa sollicitude. Au commencement de 1842^ Rome comptait déjà huit écoles du soir^ fréquentées par un millier d'adultes. Une école coûte 160 écus par an. On voit par là l'économie tant prisée de nos jours de l'institution romaine. Elle est due à la charité des excellents maîtres qui, sans autre récompense que le mérite acquis devant Dieu, prêtent gratuitement leur concours à l'éducation du pauvre, sacrifiant à ce besoin religieux les plus belles heures de la soirée, avec un zèle égal à celui de nos bons frères de la Doctrine chrétienne. Un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques se dévouent à cette aumône intellectuelle, dont le principal but est moins de faire des savants que des chrétiens fidè* les et des citoyens probes, laborieux et moraux. Les curés de la ville témoignent le plus grand zèle pour ces insti-
ttttions. Une centaine de personnes et le président des subsides fournissent les fonds nécessaires à la location 4es bâtiments, à l'achat des plumes, papier, etc., et aux dépenses de la réunion du dimanche. Parmi les principaux donateurs, ou nous citait le cardinal Patrizi, vicaire de Sa Sainteté^ le duc Sforza Cesarini, et surtout les nobles familles Buoncompagni et Borghèse qu'on est certain de toujours rencontrer sur le chemin des bonnes œuvres.
Essentiellement chrétienne, Rome imprime son cachet à ces écoles d'adultes comme à tout ce qu'elle touche. Ainsi, les confessions remplacent, pendant la soirée du samedi, les leçons et les études. La matinée du dimanche est employée à des exercices de piété en commun ; après le déjeuner les jeunes gens sont conduits dans de ! beaux jardins pour s'y livrer à la récréation. De cette i manière, les écoles du soir réunissent toutes les conditions pour former le cœur à la vertu, ce qui est le premier but de l'institution romaine. i
lO Mars.
Exposition et adoration perpétuelle da Saint sacrement. — Culte perpé- '
tael de Marie. l
Tandis que les peuples de l'Europe actuelle, emportés par le tourbillon des affaires et des plaisirs, s'agitent, et se corrompent en se communiquant, au lieu de la vie morale, la fièvre brûlante des préoccupations matérielles, Rome présente aux yeux de l'observateur un spectacle bien différent. Au milieu du silence de sa solitude^ elle se tient nuit et jour prosternée devant celui qui donne aux nations la vie surnaturelle dont il est la source. Épouse et mère, elle ne cesse pas d'offrir à Dieu des
EXPOSITION PERPÉTUELLE DU SÂIITT dÀGEEMENT. 101
prières et des larmes^ afin qu'il lui plaise de répandre ses lumières sur les aveugles , ses miséricordes sur les coupables, ses bénédictions sur tous les hommes, enfants de leur commune tendresse. C'est Monique à Milan; c'est Antoine au désert; c'est Moïse sur la montagne, sollicitant des conversions et des victoires^ et les obtenant : ou, pour mieux dire, c'est le christianisme avec son dc^me tout à la fois si lumineux et à consolant de la réversibilité des mérites ; c'est Rome enfin revêtue de l'apostolat de la vérité et honorée du sacerdoce de l'expiation.
A cette mission nouvelle, trop peu connue des nations^ la mère des églises ne fait point défaut. Depuis le premier jour de l'année jusqu'au dernier^ le saint Sacrement reste nuit et jour exposé sur les autels, et nuit et jour il est entouré d'adorateurs. Cette dévotion remonte à l'époque précise oii le protestantisme triomphant insultait^ dans l'Europe entière^ auSaintdessaints^ niait sa présence dans les tabernacles de la terre, et livrait ses temples aux flammes, ses martyrs aux vents et ses prêtres à la mort. Elle fut pour la première fois établie, en 1560, par l'archiconfrérie deja Mort, dans l'église de Saint-Laurent in Damaso. Depuis ce moment elle est devenue générale, et n'a jamais cessé. Le premier jour de l'année ecclésiastique, c'est-à-dire le premier dimanche de l'Avent» après la messe pontificale, célébrée àla chapelle Sixtine, le Saint-Père expose le saint Sacrement dans la chapelle PauUne : il y reste jusqu'au mardi matin, environné d'adorateurs. De là il passe à la basilique de Saint- Jean de Latran, puis dans les autres églises patriarcales, et enfin dans toutes celles qui sont désignées à cet honneur par le cardinal-vicaire.
Après avoir parcouru toute l'étendue de la ville et
épuisé le cercle de l'année^ la grande Viciimd de pto*pitiaiion revient à sqp point de départ^ d'où elle retioni'mence son misériccHxlieux pèlerinage. Le saint Sacre^ mertt reàte exposé dans chaque église pendant quarante heures. Le matin^ on célèbre une mesée solennelle suivie d'un grand nombre d'autres à voix basse; vers midi on fait une procession intérieure, en chantant les Litanies des Saints, comme pour conjurer tous les citoyens du ciel de venir compléter, par leurs adorations, les sup* plications de la terre. Le troisième jour, on renouvelle les mêmes prières et les mêmes hommages , on donne la Mnédiction : et, au moment précis où le Sauveur du -nK^de entre dans le tabernacle, les cloches annoncent -àu loin- qu'il reparaît sur les autels d'une autre église. ■' "lies-adorateurs ne manquent jamais au Dieu qui vient ainsi recueillir les vœux et les hommages de ses enfhnts. Grâce au Diario Aomano tout le monde connaît d'avance réglise qui a les quarante heures. A défaut de cette indication, la mémoire des fidèles, le son des cloches, les riches tentures qui décorent le portail du temple avertissent la foule et l'attirent au pied des autels. Pendant toute la journée un peuple plus ou moins nombreux tient compagnie au divin Médiateur. Merci , mon Dieu ! de nous avoir tant de fois rendus témoins de cet édifiant spectacle.
Mais quand le soir sera venu , le besoin d'un repos nécessaire ne fera-t-il pas déserter l'église? Qu'on se rassure ; la grande association du saint Sacrement saura veiller au nom de la ville entière. Composée de tout ce qu'il y a de plus éminent en piété dans le clergé, dans la prélature, dans le sacré collège^ dans la noblesse et dans le peuple, elle compte des membres dans tous les qûftiv tiers. Un certain nombre est désigné pour venir, à tour
EXPOSITION PERPÉnriLLB DU iAINT SACREMENT. 103
de rôle^ passer une partie de la nuit devant le saint Sacrement. Vers les neuf heures du soir^ un carrosse destiné à cet usage vient chercher à leur domicile les adorateurs nocturnes. Ils sont pour le moins au nombre de quatre^ non compris un prêtre et un clerc. Leur ado* ration dure quatre heures^ après lesquelles ils sont re* levés par de nouveaux confrères. Un petit livre contient les méditations^ les prières^ les hymnes qui doivent les occuper.
Pendant que le prêtre veille à ce que tout se passe suivant les règles prescrites par les constitutions aposto* liqueS) le clerc sonne d'heure en heure la cloche de Téglise^ afin d'avertir les fidèles, en quelque lieu qu'ils soient, d'offrir leurs adorations à Fauguste Victime. Ce tintement de la cloche^ à toutes les heures du jour et de la nuit, produit sur Tftme religieuse une impression dont je ne saurais exprimer la puissance. Le cœur même le plus dissipé ne réussit pas toujours à s'en défendre : une foule de confidences intimes ne laissent aucun doute à cet égard. J'ajouterai que les adorateurs ont coutume de faire entre eux un pieux échange de prières en faveur des âmes auxquelles ils s'intéressent. Je pourrais en citer un qui a souvent empnmté les adorations et les communions de ses confrères , pour obtenir la conversion d'un illustre coupable : le succès a dépassé son cs^ pérance.
L'exposition perpétuelle du saint Sacrement est une des gloires exclusives de Rome^ mais elle n'est pas la seule; dans la Métropole de la foi, il existe d'autres œuvres non moins propres à entretenir la vie morale au sein des nations, à faire couler sur le monde un fleuve de grâces et à désarmer la justice de Dieu irritée par les crimes de la terre. De ce nombre sont .es grandes asso-
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ciatioDS destinées à hmorer la sainte Trinité^ le Yerbe fait chair, le précieux Sang^ la Reine de la Miséricorde^ etc. Prières continuelles^ aumônes abondantes^ mortifications variées : tels sont les moyens par lesquels les pieux confrères accomplissent leur utile misâon. Parmi ces différentes instituti<ms^ il en est une que je me plais à mentionner. En France, nous avons des sodétés d'assurances contre Tincendie, contre la grêle y contre les inondations ^ contre les naufrages, que saisje? Tout cela peut être avantageux; mais une société qui s'en va fermer la source des fléaux en changeant la justice de Dieu en miséricorde et sa colère en clémence, n'est-elle-pas plus utile et plus sûre? Eh bieni il existe à Rome une association perpétuellement en prière pour conjurer les fléaux de Dieu. Les données manquent pour apprécier mathématiquement tous ses résultats matériels ^ mais^ à moins de folie, nul ne peut en nier ni la réalité, ni l'étendue.
A ces grands moyens que Rome emploie tous les jours afin d'entretenir la vie morale dans le cœur de ses enfants, il faut en ajouter un autre non moins puissant et aussi continuel : je veux parler du culte de Marie.
La dévotion envers l'auguste Vierge^ fille^ mère, épouse de Dieu et sœur du genre humain^ est la grande dévotion du monde catholique. Modèle de l'univers^ Rome se distingue ici entre toutes les villes^ toutes les tribus et toutes les nations. Des volumes ne suffiraient pas à redire les manifestations variées de son amour et de sa tendre confiance envers Marie. C'est assez de savoir qu'il n*est pas un carrefour^ une rue^ une place, je dirais presque une seule maison de la Ville étemelle, où l'œil du pèlerin ne rencontre une image de la Vierge bénite; tandis que les sculptures^ les bas-reUefs, les dorures ,
GULTJE PE&PÉTUXL SE MARIE. 105
les élégants flambeaux^ les inscriptioDs gracieoaes ou triomphales qui raccompagnent, les signes de respect donnés par la foule qui passe^ témoignent hautement de la piété romaine.
Ajoutez qu'il est aux coins des rues de nombreuses chapelles dédiées à Marie, où les habitants font constamment brûler à leurs frais des cierges et des lampes, et devant lesquelles il est rare de ne pas trouver à toute heure du jour et de la soirée quelques personnes en prières. Ajoutez, enfin, que Rome ne compte pas moins de soixante-six églises consacrées à Marie sous les titres divers dbnt le monde catholique honore la gracieuse Souveraine des anges et des hommes. Chaque jour, dans un grand nombre; plusieurs fois la semaine ou le mois, dans les autres, s'accomplissent je ne sais combien d'exercices de piété en son honneur : litanies solennelles, neuvaines, triduumy offices magnifiques, etc., etc. Toutes ces fêtes, sujet de publique allégresse, sont célébrées avec enthousiasme. Il n'en est pas une à laquelle des milliers de personnes de tout rang, de tout sexe et de tout état ne se préparent, les unes par des neuvaines, les autres par des retraites, par des triduum et par le grand jeûne. Faui-il s'étonner si des grâces nœnbreuses mi le fruit de cette piété filiale?
Mais aussi Rome se montre envers Marie d'une re« connaissance que le temps ne peut affaiblir. Vienne, assiégée par les Turcs, est délivrée par Sobieski. D'une voix unanime, le monde catholique proclame avec le guerrier polonais que l'honneur de la miraculeuse victoire revient à Marie. Pour la remercier de ce bienfait, une confrérie est érigée en 1684 par le pape Innocent XL Depuis cette époque , la pieuse association n'a pas cessé de payer au nom de FEurope entière la dette de la re-
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connaissance. Chaque année^ au jour anniversaire de la fondation^ vous voyez la nombreuse assemblée partir de l'église du Saint-Nom-de-Marie au Forum de Trajan^ et se rendre processionnellement jusqu'à Sainte-Marie de la Victoire, pour y chanter l'hymne catholique du triomphe et de l'action de grâces. Le Saint-Père ne manque jamais de s'associer à cette noble démarche ^ témoignage d'un sentiment plus noble encore : au moment où l'archiconfrérie passe au Quirinal^ il la bénit solennellement.
Si la reconnaissance est un titre à de nouveaux bienfaits^ il me semble qu'on ne doit pas trop s'étonner des grâces nombreuses^ ni même des miracles éclatants dont Marie favorise sa ville bien-aimée. En 1843, un pauvre mendiant perclus des deux jambes, et comme l'Ënéas de Jérusalem connu de la ville entière, s'en allait régu* lièrement demander sa guérison devant la Madone du palais Cenei. Las de ne rien obtenir, il dit un jour à sa divine Mère, dans un langage familier à la piété italienne : a Voilà longtemps que je viens, et je ne suis pas guéri ; eh bien! c'est aujourd'hui la dernière fois; tenez, voilà mes béquilles; je ne veux plus m'en servir et je reste ioi, à moins que vous ne me rendiez mes jambes. » La prière de la foi a pénétré le Ciel. Le malade est guéri, il tressaille, il ne se possède pas de joie. La foule l'environne, on crie, on pleure, on chante ; c'est une ivresse générale. La Madone est magnifiquement illuminée, et pendant trois jours et trois nuits des orchestres se succèdent pour célébrer les louanges de celle qu'on n'invoqua jamais en vain. Et je me disais : Si c'était en France, personne ne ferait attention. Je me trompe, un doute glacé sortirait de presque toutes les bouches ; il y aurait dans la plupart des esprits une fin de non-recevoir, les jour-
CULTE fllVÉTUBL DB MARIE. 407
verseraient à flotole blasphème, la dérision et PineréduHté; et l'on voudrait qu'une pareille nation obtint des miracles t
Neavaine à Saint-Jowph. — Préparation aax fètot. — Ce qne Roiim (ail chaque Jour de la semaine poar entretenir la vie morale. — Prédication aax Jolb.
Hier à la chute du jour, comme nous rentrions en ville^ après avoir visité Saint-Paul hors dei mun, où était la station^ nous entendîmes le son de nombreuses cloches qui appelaient les fidèles aux églises, a Eeco la Novena diS. Giu8eppe,f> s'écria le guide avec transport. L'heure avancée ne nous permit pas d'étudier sur-le-champ cette nouvelle manifestation de la piété romaine; la partie fut remise au lendemain : or^ maintenant le lendemain s'appelle aujourd'hui.
Chaque jour de la semaine Rome a quelque nouveau moyen de réveiller la piété. C'est ici le lieu d'exposer ce merveilleux système dont le résultat est de remuer suc> cessivement toutes les fibres du cœur, de prévenir la monotonie et de présenter un aliment convenable aux goûts les plus variés et les plus difficiles. Mais puisque Toccasion s'en présente, je vais commencer par dire un mot de la neuvaine de Saint-Joseph. De bonne heure nous étions au pied du Capitole. Gravissant par Tancien emplacement des Gémonies le flanc ardu de la redoutable colline, nous arrivâmes à la chapelle de Saint-Joseph de' Falegnami. Cesanctuaire^ qui appartient à la confrérie des Charpentiers, est bâti sur la prison Mamertine. Urne fut donné de faire descendre l'auguste Victime dans ce lieu où saint Pierre et saint Paul^ prisonniers de Néron ^
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confessèrent si glorieuseuient leur divin llaltre. L'assi»tance> composée en grande partie d^artisans, était nombreuse et recueillie : qu'il était beau d'entendre tous ces hommes du peuple proclamer, en chantant ses litanies , la gloire et la bonté du glorieux patriarche !
Saint Joseph est la réhabilitation du pauvre et du travailleur. Il est aussi le patron de la bonne mort^ si désirable à tous, mais particulièrement à ceux qui portât durant la vie le poids accablant de la chaleur et du jour : à ce double titre la dévotion populaire lui est acquise. Et voilà que le spectacle dont nous venions de jouir se reproduisait en même temps sur les différents points de la Ville étemelle. Nous le trouvâmes aux Orphelins^ à FAra-CkBli^ aux Agonisants^ à la Mort, à Saint-Nicolas in Arcùmey à la Rotonde^ à la Lungara au delà du Tibre, au Nom de Marie^ à Sainte-Marie in Monticelli, à Saint- Étienne del Cacco, à SaintrFrançois de Paule dai Monti, aux AngeS'Gardiens^ et à Sainte-Marie del Pascolo. Partout des prières, des confessions et des conununions nombreuses.
Ces neuvaines^ ces triduum^ ces retraites, toutes ces maternelles industries si puissantes pour retremper les âmes , Rome les emploie surtout à Tapproc&e des fêtes de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des Saints. Dans le cours de Tannée on compte, outre les exercices ordinaires de piété, quatre-vingt-cinq neuvaines publiques et soixante-quinze triduum solennels, ce La foi des nations, me disait-on à ce sujets trouve sa vie dans les actes intérieurs, tels que les pèlerinages, les fêtes, les confréries, les pratiques populaires ; qu'est devenue la religion en France depuis que vous avez supprimé toutes ces choses ? Le culte intérieur même a péri ! » Rome semble se surpasser pendant Toctave des Morts. Des larmes