‹ Les trois RomeChapitre 19 sur 75 · VILLA BORGHÈSE · texte numérisé non relu

VILLA BORGHÈSE

traits y servant de modèles aux paysans routiniers.

Après avoir visité de nouveau Yagger de Servius Tullios et le Champ-Scélérat, vivant tombeau des Vestales, nous entrâmes^ grâce à une permission écrite, dans la villa Ludovisi. Elle occupe une partie des Jardins de Salluste, confine aux murs de la ville et mérite Tattention du voyageur par sa fameuse Aurore du Guerchin. La déesse^ assise sur son char, monte à l'horizon, chassant devant elle les ténèbres de la nuit et semant des fleurs à pleines mains. Cette fresque^ dans laquelle on trouve que le Guerchin lui-même s'est surpassé, orne la voûte du Casino, située vers le milieu de la villa.

Descendus par le versant du Pincio^ nous abordâmes la magnifique villa Borghèse. Tout ce que la fortune et le goût passionné des beaux-arts^ héréditaires dans une famille princière, peuvent offrir de ressources a été employé depuis trois siècles à Tembellissement de ce lieu de délices. En arrivant par l'entrée occidentale, tournée vers la porte Flaminienne, le voyageur se trouve en face d'un superbe portique^ reproduisant avec exactitude les plus célèbres propylées de la Grèce et de l'Asie Mineure^ tels que ceux d'Athènes et d'Eleusis; en sorte qu'il a sous les yeux un monument complet de style grec. A gauche de la magnifique allée qui conduit à une grande fontaine, voici un lac d'eau limpide, alimenté par un ruisseau tombant de cascade en cascade ; puis les imposantes substructions du Pincius^ dont les voûtes vingt fois séculaires offrent un aspect sérieux et tout à fait classique. En avant de la fontaine, l'allée bifurque. Le bras gauche conduit à un arc de triomphe imité de l'antique et surmonté de la statue de Septime-Sévère au milieu de deux esclaves; il passe ensuite au temple Tétrastyle d'Esculape orné d'une statué antique du dieu de

•la médecine; puis au portique d'un temple égyptien précédé de deux obélisques. De là vous apparaît surplombant^ suspendu dans le vide, Tangle des substructions du Pincius. Cet ouvrage réticulé reporte la pensée à la fin de la république et rappelle l'opulent Domitius ^nobarbus, qui le fit construire pour appuyer ses ma«> gnifiques jardins.

Le bras droit de la grande allée arrive directement au Casino appelé de Raphaël , parce quil fut la demeure de l'immortel artiste. Plus loin se trouvent échelonnés, au milieu des fontaines, des lacs et des bosquets, le temple monoptère de Diane, THippodromeet le fameux Casino, jadis dépositaire des monuments de Tantique Gabies, transportés à Paris pendant l'occupation française. A la chute de TEmpire , le prince Camille Borghèse réclama vivement ces riches trésors , mais ses demandes furent écartées. Il prit alors la résolution de former un nouveau musée, qui sous plusieurs rapports rivalise avec le premier.

Au milieu de ce paysage si riche et si varié s'élève le palais, dont la description artistique serait infinie. Dans les différents salons , tous plus brillants les uns que les autres, on admire la tête colossale de Diane, d'un travail exquis : la déesse a les oreilles percées, indice des boucles qu'elle portait; la statue parfaitement drapée d'une prétresse, placée sur un autel sépulcral , avec î'épitaphe en vers grecs d'une célèbre cantatrice nommée Musa; la tête de Yespasien en porphyre; la statue de Cérès en marbre pentélique, de grandeur naturelle , regardée comme la plus parfaite de toutes celles qui représentent la déesse des moissons ; la statue d'Hercule , placée sur un grand sarcophage orné d'excellents basreliefs reproduisant les cinq premiers travaux du demi-

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éi»û : le Heu de Métnée , Vhjéte de Lernes^ le sanglier d'Ërimantlie, la Biche aux pieds d'airain et les Stymphalides percées de flèches; enfin, le fameux bas-relief de rédttcalion de Télèphe, clief-d'œuvredu temps d'Adrîen, si délicatetnent travaillé qu'on le prendrait pour un camée. Les colonnes antiques des marbres les plus rares ^ les vases de bronze et d'albâtre^ les mosaïques^ les inscriptiong, les peintures^ les sculptures, mille autres objets aussi rares que précieux abondent dans ce palais des Muses et laissent le regret de ne pouvoir tout décrire. Rentrés en ville par la porte du Peuple et longeant le quai de Ripetta^ nous transportâmes notre admiration au delà du Tibre^ à la villa Pampbili. Mêmes richesses et même variété que dans les précédentes. Toutefois deux choses la distinguent et méritent l'attention particulière du voyageur : les Colombaires et THémicycle. A droite de la première allée^ on voit plusieurs colombaires, trou* vés il y a vingt-cinq ans. Cette découverte est précieuse, d'abord parce qu'elle indique à ne pas s'y méprendre la direction de la voie Aurélienne, ensuite parce que la construction remarquable de ces monuments et leurs nombreuses inscriptions fournissent les plus intéressants détails sur les usages funéraires des anciens. Au centre de la villa est l'Hémicycle^ environné de jolies niches en marbre, d'oii jaillissent en murmurant de petites fontaines dont les eaux limpides tombent dans des vasques élégamment travaillées. Des bas-relifs antiques et des statues lient les fontaines entre elles et forment autour de l'hémicycle un cordon continu de chefs-d'œuvre. Au milien s'élève une magnifique rotonde , dans le fond de laquelle est une statue de Faune qui joue de la flûte. La villa tout entière y composée d'allées superbes, de bosquets 9 de jardins ornés d'un peuple de statues , de déli^-

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cieuses fontaines y de plusieurs chutes d'eau et d'une somptueuse habitation , n'a pas moins de cinq milles de circonférence.

On ne serait pas embarrassé de trouver dans les environs dix autres villas presque aussi intéressantes. Tel esty avec les œuvres de charité, le noble usage que icfai de leur fortune les grandes familles de Rome. Paisse Tesprit mesquin de Tindustrialisme ne jamais donner un autre cours à leurs richesses et à leurs goûts !

19 Mars.

Pyramide de Cestius. Explication archéologique de oe

Dictionnaire des Sigles. Combien il est utile an voyageur en Italie.

Avant de franchir Tenceinte de Rome par la porte d'Ostie, on trouve, près des murailles, un des monuments les plus importants et les mieux conservés de Fantiquité païenne ; j'ai nommé le tombeau de Caius Cestius. U forme une pyramide quadrangulaire de cent treize pieds de hauteur sur deux cent soixante-seize de laideur au-dessus du soubassement. A l'extérieur, cette masse gigantesque est toute revêtue de plaques de marbre blanc d'un pied d'épaisseur : la statue de Cestius couronnait le mausolée. Aux deux angles de la façade occidentale s'élèvent deux petites colonnes cannelées , surmontées d'élégants chapiteaux. Elles furent trouvées et redressées par ordre d'Alexandre VU , lorsqu'il fit restaurer la pyramide. On trouva également deux socles de statues avec une précieuse inscription conservée au Musée du Gapitole.

Pour comprendre le monument il faut étudier et rinscription dont je viens de parler^ et celles qui sont

PTimm B£ Gxsnus. IH7

gravées sur ia pyramide eDeHOiiéme, et les pdntures qui déo(ffeDt la chaôibre sépulcrale. Voici l'inscriptioD c»fiiclùae :

U. YALERIYS. VES^LA. GORYINYS.

?• BYTILIYS. LYPVS. L. JVNIVS. SILÀNYS.

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