VII. Vm. EPYLONTIC
OPYS. ABOLSYTYM. EX. TBSTAIŒNTO
DISBYS. GGGXXX. A&BITRATY
PONTI. P. F. GLA. MEIdE. HEBSDIS
A. POTHI L,
Ces paroles nous apprennent que Caius Cestius était fils de Lucius Cestius, qu'il était de la tribu Popîlîa, la vingt-septième du peuple romain * ; que le surnom de sa famille était epulo, sans doute parce que cette dignité lui était souvent échue; qu'il était ou qu'il avait été préteur, tribun du peuple, et enfin membre du collège des Septemvirs Épulons. Ce collège était composé de sept prêtres chargés de préparer les festins publics donnés en l'honneur des dieux et de Jupiter en particulier, à l'occasion d'une victoire signalée ou d'une calamité publique. Ces festins epula, s'appelaient encore lectis^ ternia, parce qu'ils se donnaient dans les temples où étaient les espèces de lits sur lesquels on déposait les statues des dieux.
Nous voyons ensuite que la Pyramide fut élevée en trois cent trente jours, d'après une clause du testament, et que l'exécution en fut confiée à Pontius Claudius
* Panyin., de Repub, Bina., lib. ii, p. 248.
PTEAMOE ra cKmus. 461
Hfla, héritier, et à Potbus, affraiMdii du dëlont. Cette dernière indici^ioD fait oomprendie ipieles perseonages iKHoan^ dans la première inscription n'étaient bàritiera qu'à titre particulier, tandis que daudius le fut à titre universel; de plus, que Tusage des Ranaains était de inrescrire dans leur testament Tépoque à laquelle leur tombeau devait être érigé '; enfin, que dans cette cir<* constance la promptitude du travail fut véritaUemeut merveilleuse»
VoOà pour l'extérieur du monument. L'intérieur est également digne d'attention. Une petite porte donne entrée à la chambre sépulcrale, où Ton arrive après avoir franchi un masâf de vingt-huit pieds. Le caveau luimême a dix- huit pieds de longueur sur treize de hauteur et douze de lai^ur. La voûte et les parois sont ornées de peintures encorebien conservées. On y voit des corn* partiments dont les lignes régulièrement tracées sont émaillées de distance en distance de quelques fleurs* Cette forme décorative se retrouve souvent dans les catacombes. Aucentredes carrés inférieurs, brillent quatre figures de femmes , et dans les carrés ou plut6t les eunei supérieurs quatre Victoires ailées, tenant d'une main hi couronne et de Tautre le serium, espèce de bandelette servant à retenir la couronne ou le diadème. Tout cet ensemUe fait allusion à la dignité et aux festins sacrés de Gestius ; car il est difficile de ne pas y reconnaître un lectiêtemiufn ou repas en l'honneur des dieux.
Des quatre figures de femmes, deux sont ddKHit; la première porte de la main droite une aiguière de forme étrusque, servant à contenir l'eau lustrale. Sur sa main gauche repose un platdans lequel on voit quelques her-
* Gûd.,lexxLiv,tf<A«rMl. ImM.
l6t LË0 TAOIS Édlffi.
bes et un de ces gftiëaux appelés placmium, rmto cwdi* Aftires dans les festiils sacrés. Entre les maîils delà aooonde on voit deux flûtes longues, dont les auteurs nous a(^ pfènnentqu'onraisaitusàgedanslesscrfennitésreligteuses. Les deux dernières figures sont assises : Tune tient ud Mvre, sans doute pour rappeler les livres sibyUtns^ qu'on ne manquait pas de consulter dans les occasions impois tantes^ afin de connaître le dieu auquel il Aillait adresser des supplications ou des actions de grâces; Fâutre est placée devant une table ronde et représente Tattitude que les femmes tenaient dans les repas sacrés ou doni«B^ tiqoés : elles mangeaient assises, et les hommes couehés. €n y voit de plus l'usage des Romains d'adorer assis, crlls voulaient par là, dit Plutarque, montrer le soeeès de leurs prières et la durée des faveurs qtrils avaient obtenues '. » Dans les mêmes compartiments sont peints des vases dont la grandeur plus qu'ordinair« acouae la destination non aux repas des partioullers, mais aux festins des dieux; puis un candélabre^ dont la i^sence indique les solennités nocturnes appelées pervigiHa, si souvent célébrées en l'honneur des dieux.
Quant aux Victoires , elles sont là pour dire dans quelle circonstance avaient lieu les banquets servis par les septemvirs épulons. Plausibles en elles^nèmes^ ces explications me semblent confirmées par l'usage uni'* versel de melk*e dans les tombeaux tout ne qui pouvait rappeler la vie et les fonctions du défunt.
Riche d'intérêt pour l'af chécdogue , la pyramide de destins ne l'est pas mofais pour le philosophe. Si tout C9 qui est a sa raison d'être dans les oonseib de la Pro» videnoe» et si toutes les pensées «te Dieu tendant an
* InNuma.
PYRAAfD^ Dfi GSStltS. 163
bien de Phamanité, on se demande : Pourquoi ce tombeau magnifique éteTé à un homme qui n*a laissé aucune trace dans lliistoire? Pourquoi^ à la différence de tant d'autres, rédnHs en poudre^ ce mausolée reste debout, dans un état étonnant de consenration? L'observateur chrétien ne s^ trompe pas : le tombeau de Gestius est un tnomiment chargé de redire aux générations Texistence d'une loi sociale qu'il importe de ne jamais ou^ Hier. Il rappelle que tous les événements heureux ou malheureux sont dans la main de Dieu; et que Rome , la maîtresse du monde, était tellement convaincue dé cette vérité qu'elle avait établi un sacerdoce permanent, destiné à fléchir ou à remercier la Divinité par des sa** crîflces publics, auxquels prenait part la cité tout entière. Quand on songe à Taveuglement des nations de notre siècle, on a deviné une des causes, que dis-jet la seule cause peut-être pour laquelle la Providence à conservé la pyramide de Cestius.
Voilà dans sa partie brillante Fhistoire du monument. Mais telles que furent et telles que soient encore sa magnificence et sa solidité, ce tombeau a dû subir l'action du temps. L'urne qui contenait les cendres de l'opulent Romain a disparu , ainsi que la statue qui couronnait l'édifice* La pyramide elle-même demandait, il y a déjàdenx lièeles, un protecteur intelligent qui réparât ses ruines et lui conservât safbrme primitive. La main d'un pape lui rendit ce noble service : elle l'a rendu à tant d'antres ! Au-dessous de la seconde inscription vous liset :
mSTATIUTTM. AN* BOMINI. M. DO. fiXIlI.
. Et le voyageur murmure en bénissant le nom d'Alexandre VII.
164 ^^ T&oia nous*
Cette excursion dans les terres de rarchéologie 11009 parut fort intéressante; mais elle suppose plusieurs connaissances indispensables, entre autres la manière de lire les inscriptions. Tout le monde sait que dans l'écri'* ture monumentale on trouve une foule d'abréviations, quelquefois une simple lettre pour indiquer un mot* A moins de posséder la clef de cette espèce d'hiéroglyphes^ il arrive à chaque instant d'être arrêté par des inscriptions indéchiffrables. On parcourt ainsi les colombaires^ les obélisques, les arcs de triomphe ^ les musées sans intelligence^ par conséquent sans utilité réelle et presque sans plaisir. La forme extérieure vous fra{^^ vous Tadmirez peut-être; mais le monument lui-même est un témoin muet, un Uvre fermé qui ne vous dit rien et que vous avez le regret de quitter sans l'avoir compris : je le dis pour Tavoir éprouvé plus d'une fois. Or, c'est là tout ensemble un malheur réel dont le voyageur se* rieux a peine à se consoler, et un malheur assez ordinaire^ attendu que la connaissance des sigles n'est pas, telle est du moins ma- crainte, très-familière au grand nom* bre. J'ai donc cru faire une chose aussi utile qu'agréable en plaçant à la fin de mon Journal un dictionnaire explicatif des abréviations les plus ordinaires et des prindpaux sigles, avec des notions sur les usages, les dignités , les faits dont l'intelligence est nécessaire pour avoir une idée nette de l'inscription et du monument qu'elle traduit.
Non loin de la pyramide de Cestius est le cimetière des Protestants. Ce voisinage a quelque chose de péniblement significatif* Pas plus sur les tombes de nos frères séparés que sur le mausolée du prêtre païen ne s'élève le signe chrétien de l'espérance! Or, quand la^ croix ne se montre pas debout sur lesruines de l'homme,
FORTE TRiaSHINA. 405
comme le grand mftt au-dessus du vaisseau naufragé , ne faut-il pas craindre que tout n'ait péri ? Du resle^ je rappellerai en passant que c'est en creusant le fossé d'enceinte autour du cimetière protestant que furent trouvés les précieux fragments du plan en marbre de ^ancienne Rome.
Nous allions franchir la porte d'Ostie et nous acheminer vers Saint-Paul hors des murs lorsqu'en regardant nos montres il fut démontré que la pyramide de Gestius avait trouvé bon d'escompter à son profit notre journée tout entière. Il fallut battre en retraite; déjà la nuit descendait à grands pas des montagnes de la Sabine ; elle nous enveloppa de ses premiers voiles lorsque nous rentrâmes en ville.
lO llMni.
Porte Trigemina. — Chapelle de rAdiea. — Saint- Paul hors de mun, — Saints Vincent et A^nastase. — Saint-PaaI.TVots Fontaines.
Reprenant la course de la veille^ nous arrivâmes de bonne heure à la porie Saint-Paul. Appelée tour à tour Trigemina, Minuda y NavaliSy OstiensiSyk cause des trois Horace qui la traversèrent en allant au combat^ à cause de sa forme^ de ses restaurations et des lieux où elle conduisait; elle a changé tous ces noms pour celui du grand Apôtre, qu'elle vit passer dans la circonstance la plus mémorable de sa glorieuse existence. Lorsqu'il traverse sa double arcade^ le chrétien a la certitude de marcher sur les pas de saint Pierre et de saint Paul. Enfermés dans la prison Mamertine au mois d'octobre , l'an 65, les deux Apôtres en furent tirés le 29 juin de l'an 66, pour aller ensemble au martyre. Ils venaient de passer la porte Trigemina^ lorsque les licteurs exé-
cutèiwt l'ordie qu'il» avaient têvx da \n «épiinir. Pi#fff« fut ramené aa Vatican^ oii il tvouva la croÎK i et Paul continua sa route vers les eaux Salviennes^ qu'il devtti immortaliser par sa mort \
L'inspection des lieux rend d'abord difficile à ooaiprendre et cet ordre et Titinéraire des deux prisonniers. Le Vatican et les eaux Salviennes sont aux deux points Ofiposé% de Rome^ et en suivant la mâme ligne la priaon Mamertine se trouve vers le centre* Pourquoi donc ne pas séparer les prisonniers, sur le seuil même du cachot^ ou du moins au milieu du Forum après la flagellation d'usage? Pourquoi cette marche et cette contremarche? — D'abord ; sera-t-il sans fondement de supposer que Néron ait voulu effrayer les chrétiens el ceux qui auraient voulu le devenir en promenant par toute la grande Rome les deux chefs de la nouvelle religion, qu'il faisait conduire au supplice? De plus^ serait-ce calomnier Néron de dire qu'en faisant crucifier au Vatican^ où était le palais impérial, le vieillard que les fidèles regardaient justement comme leur patriarche et qui les gouvernait depuis vingt-cinq ans ^ ce prince voulut; comme il l'avait déjà fait pour les chrétiens, se repaître des tourments de celui qui était à ses yeux l'ennemi capital de l'empire et qui [naguère avait allumé sa colère en occasionnant la mort de son demidieu favori; Simon le magicien * ?
* Fogginio, De romano divi Pétri itinere et epUeopatu, p. 386.
* Baronius pense que saint Paul fût conduit au delà de la porte Trigemina , parce que c'était le quartier des pauvres , par conséquent delà idupart des chrétiens; et saint Pierre sur le Vatican, au delà du Tibre , parce que c'était la quartier des Juife. ^mi. , t. I, p. 477, n. 9.
Quoi qull ea sûiti lit nombreux oMlkoa qui «livateati^ ApôtMâ fijureot iéiuoins de leur aépiraliw, ei UQ vénérable monument indique k lieu mteie où elle s'acoompUt. C'esi une petite chapelle , située sur le gauche de la voie d'Ostie, à dix minutes environ de k porte Saint-Paul. Sur le frontispice <m lit l'inscription suivante, écrite en vieux italien :
ni OYfiSTO LYOOO SI SIPAXARONO S. PUBTEO
ET S. PAYOLO AHOANOO AL MABTIAIO XT BISSS
PAYOLO A PIETBO.
LA PAGE SIA GON TEGO FYNDAIIENTO
B£ LA CaiESA ET PASTOAX Bt TYTTl
LI AGNELLI BI GfiBISTO
ET PIETAO A PAYOLO
VA IN PAGE PREBIGATORE fifi BYOIÎI
ET OYIBA BE LA SALYTE BE GIVSTI ^
Ces lignes précieuses rendent témoignage à deux faits parfaitement distincts : la séparation des deux Apôtres en cet endroit lorsqu'ils allaient au martyre; puis les adieux qu'ils se firent en se quittant^ pour ne plus se retrouver que dans le ciel. Le premier est attesté par la tradition des siècles , que perpétue la petite chapelle. Le second repose sur l'autorité de saint Denis, qui a pris soin de nous conserver les adieux apostoliques, sinon quant aux mots, du moins quant au sens ^ Bien qu'il ne soit pas écrit dans l'inscription, il est un troisième fait rappelé par la Chapelle de l' Adieu , auquel la tradition et l'his-
' Dionyaus, in Epist. ad rimoikeum.
* Yoir, sur Tauthenticité de cette lettre de saint Denis , Fow- Qio, De rom. dm Petrh fie., p. 26 et 20.
ies tiES mois Ron.
toire rendent également témoignage. Lorsque les deux vénérables vieillards ' se furent embrassés pour la dernière fois^ suivant l'usage des chrétiens ^ et que chacun eut pris le chemin de son martyre^ Paul aperçut dans la foule une très-noble matrone/ nommée Plautilla *, baptisée par saint Pierre. L^ Apôtre lui demanda son voile afin de s'envelopper^^ tête pendant l'exécution * , en promettant quil lui serait bientôt rendu : elle le lui donna avec bonheur. Or la chapelle indique encore le lieu où s'accomplit cet acte de courageuse charité ^.
A la vue de cette vénérable chapelle on tombe à genoux^ on prie^ on aime^ on bénit ^ et Ton ne se relève que pour aller se prosterner de nouveau dans la Basilique peu éloignée de Saint-Paul hors des murs. Yoici^ en eifet^ un des plus augustes sanctuaires de la "^Ue étemelle. Saint-Paul hors des murs^ une des cinq églises patriarcales^ fut fondée par G onstantin, à la prière de saint Sylvestre^ sur la partie d'une catacombe appartenant à sainte Lucine , où le grand Apôtre avait été enseveli après son martyre. Un rescrit des empereurs Valentinien II, Théodose et Arcade ^ daté de Tan 386 et conservé dans les archives du Vatican , ordonne à Salluste^ préfet de Rome^ de rebâtir cette église sur un plan plus vaste et avec plus de magnificence. Tous les souverains Pontifes se sont fait un devoir de conserver et d'embellir ce vénérable monument du christianisme. La basilique était parvenue peut-être à son plus haut
* Saint Paul avait soixante-huit ans. S. Chrys., Orat, in Prin^ cip, Apostol.; et saint Pierre était encore plus âgé.
* G*est la mère de sainte Flavie Domitille.
3 Tel était Tusage chez les Romains. Josèphe et les Actes de saint Cyprien, etc., etc., en font foi.
4 Baron., ^inti., 1. 1, p. 478, n. 10,