‹ Les trois RomeChapitre 27 sur 75 · VENDREDI SAINT · texte numérisé non relu

VENDREDI SAINT

soir, à l'autre extrémité de la ville , dans la basilique vatioane^ pareil spectacle sçra donné; il aura pour témoins le Vicaire de Jésus-Christ lui-même , tous les chefs de la catholicité et une foule de pèlerins venus de toutes les parties du monde. Dans l'intervalle, Rome fait entendre continuellement sa voix plaintive, tous ses sanctuaires retentissent des accents de la douleur ; nulle part ils ne sont plus touchants qu'à la chapelle Sixtine.

L'office a commencé au milieu d'un lugubre appa^ reîl; Moïse et les prophètes ont pleuré la mort du juste ; le juste a prié pour ses bourreaux; les oraisons sacerdotales sont finies; tout se prépare pour l'adoration de la croix : encore un [peu , et vous voyez le Pontife à cheveux blancs et tout le Sacré Collège prosternés contre terre. Le cardinal célébrant est seul debout , découvrant Fun après l'autre les bras de la croix, comme pour manifester le grand mystère du Calvaire. Lorsqu'il l'a déposée sur un riche coussin , voici quatre prélats et un aide de chambre qui s'approchent respectueusement du Souverain Pontife , remonté sur son trône. Ils se mettent à genoux devant le Saint-Père et lui ôtent ses mules. Le Vicaire de Jésus-Christ, revêtu seulement de l'aube, du cordon, de l'étole violette et de la mitre blanche, s'avance, pieds nus et les mains jointes, vers l'extrémité inférieure des bancs du Sacré Collège : là on lui ôte encore la mitre et la calotte. Dépouillé de tous les insignes de sa suprême dignité, il fiiit une première génuflexion suivie de deux autres, à mesure qu'il avance vers la croix, qu'il adore et qu'il baise. Trois fois le front de l'auguste vieillard touche le pavé du sanctuaire; et lorsque, prosterné au milieu de la chapelle, il repose ses lèvres sur les plaies sacrées du Dieu

crucifié^ la foi du chrétien s'exalte en voyant cette croix y jadis objet d'ignominie^ recevoir dans ce jour^ après avoir subjugué le monde , les hommages de tout ce qu'il y a de plus grand sur la terre ^

Mais le cœur^ qui dira ce qu'il éprouve pendant cette sublime et touchante cérémonie? Au moment où le Saint-Père fait la première génuflexion^ le chœur com* mence^ d'une voix basse et plaintive, le chant si tendre de YImproperium : Papule meus, quid feci tibi? « Moà peuple, quet'ai-je fait? » Impossible de rendre l'effet de ces reproches divins lorsqu'on les entend répétés à la chapelle Sixtine sur les notes immortelles de Palestrina. Les paroles du Sauveur sont coupées par le trisagion angélique : Sanctus Deus, Sanetus fortis, Sanctus immortalis, mUerere nobis, a Dieu saint^ Dieu fort, Dieu étemel, ayez pitié de nous; » c'est tout ce que, dans son étonnement et sa douleur, la milice des cieux peut dire à la grande Victime. Le trisagion se chante en grec et en latin; c'est l'Église d'Orient et d'Occident, ou plutôt c'est la seule et unique épouse de l'Homme-Dieu qui emprunte toutes les langues pour exhaler les sentiments qui l'oppressent.

Après le Saint-Père , tous les cardinaux, patriarches^ primats , archevêques , évéques, généraux d'ordre vont pieds nus et les mains jointes à l'adoration. Lorsque le Souverain Pontife a rendu ses hommages au Dieu cru» cifié, il met dans le bassin de vermeil qui est à la droite de la croix une bourse de damas violet, contenant cent écus d'or : tous les cardinaux y déposent chacun un écu d'or. Roi dans son berceau et roi sur l'instrument du supplice, Jésus a droit au tribut du monde. A Beth«

* ChapeUes papaUtt p- 488.

Page 1