‹ Les trois RomeChapitre 29 sur 75 · GIIANT DE II* ALLELUIA · texte numérisé non relu

GIIANT DE II* ALLELUIA

.génuflexion devant l'autel, et se rendit au pied du trône pontifical, ou il dit à haute voix : Pater sancte, annuntio vohis gaudium magnum, quod est Alléluia, « Saint Père, je vous annonce une grande joie, c'est V Alléluia. » A ces mots il se prosterna, baisa les pieds du Pontife et rentra, pour ne plus repandtre, à la sacristie, a Église de la terre, tendre sœur en exil , console-toi; un jour tu diras avec ta sœur idnée le cantique de la Joie. Reçois le gage de ton futur bonheur dans ce mot qu'un messager céleste t'apporte aujourd'hui : bégaye ce mot de la langue du ciel en attendant que tu viennes le chanter avec moi sous les brillants parvis de l'éternelle Jérusalem. 9 Voilà tout ce que dit ce messager mystérieux et ce mot plus mystérieux encore que le lévite vient apporter au chrf de TEglise militante.

L'annonce finie, le célébrant chante Y Alléluia trois fois en élevant successivement la voix d^un ton, et diaque fois les chantres répcmdent en contre-point et ne font la cadence finale qu'à la troisième fois. Occupés un instant de ces belles cérémonies , nous revînmes à la messe de Palestrina, qui nous fit goûter jusqu'à la fin une volupté vive comme les sensations et calme comme les idées. Tel fut le plaisir qu'elle nous causa qu'en sortant de la chapelle nous allâmes, pénétrés de reconnaissance, prier sur la tombe de Timmortel compositeur. Inhumé par ordre du Pape dans la basilique de Saint- Pierre, Palestrina repose au pied de l'autel des apôtres saint Simon et saint Jude. Sur la pierre tumulaire on lit cette inscription : Joannes Petrus Alexis Palestrina, Musicœ princeps.

Depuis le chant du Gloria in Excelsis, Rome entière avait changé d'aspect. Un air de jubilation respirait sur toutes les figures ; les rues étaient pleines de monde.

S46 lES TIUHS ROME.

Parmi ces flots populaires, lés uns descendaient comme nous de daint-Pierrq; les autres venaient de Saint- Jean de Latran, où^ suivant Fantique usage ^ on avait administré le baptême solennel à es catéchumènes juif» et mahométans, montré les tètes de saint Pierre et de saint Paul et fait Tordination générale. Toutes les auti^es ^lises fournissaient aussi leur nombreux contingent; et Ton n'entendait dans la foule que ces mots mille fcm répétés : Bnona Pasqua. A cette salutation chue* tienne se joignaient^ dans toutes les rues, des décharges de mousqueterîe en signe de réjouissance; et tandis que d^élégantes voitures promenaient^ aux aoclamatioas des enfants, d'énormes saucisses suq[)endues à leurs baldaquins de feuilli^e, pour annoncer la fin du carême ^ on voyait les pères portant sur leurs bras le blanc ag^au que chaque famille se fait un devoir de manger le jour de PAques. Ce spectacle, qui révélait une ville religieuse avant tout, est pour le voyageur français une soproe d'amères jouissances. Comme les Romains, nos pères connurent ces joies saintes et naïves , qui coupent si utilement la monotonie du pèlerinage dans la vallée des douleurs. Nous les avons frappées d'un superbe dédain et complètement bannies de nos mœurs et même de oos idées : il reste à savoir si nous an sommas devenus mail* leurs ou plus heureux 1

Des plaisirs du même genre^ quoique d'une natvura Hi^ (érente, nous étaient réservés pour le soir. Vers les quatre heures, les Arméniens catholiques célèlnrent, dans ^l'église de Sainte^Marie Égyptienne, la promise messe du jour de Pâques. Un évéque de cette nation, environné d'un clergé nombreux, était à Tautel. Le costume eariental du Pontife, des prêtres et des fid^es , leur langue, leur chant, leur rit donnent un grand intérêt à cet t^Bce^

COURONNEMENT DE lA SAINTE VIERGE. 247

qui déroule aax yenxdu chrétien une page magnifique de notre vénérable antiquité. Nous ne quittâmes TofiBce arménien que pour nous rendre à Saint-Marcel, où nous appelait une autre fkmzione pleine de grâce et d'à-propos ; je veux parler du couronnement de la sainte Vierge. Hier Rome avait pleuré avec la Mère des douleurs; aujourd'hui elle s'associe à ses joies, et, dans l'effusion de sa tendresse filiale, elle vient la complimenter sur la résurrection du Sauveur. Autour de son autel , ïhagniflquement illuminé, de nombreux fidèles chantent les allégresses de la divine Mère. On la félicite, on la bénit, on l'implore, on lui dit tout ce que les enfants bien nés peuvent dire, dans l'enthousiasme de leur amour et de leur joie , à une mère uniquement chérie. Le Gloria in Bxeelêis du matin, le couronnement de la sainte Vierge le 90ir, ces deux grandes félicitations adressées à Jésus et à Marie, ont acquitté le tribut de la piété romaine, et tous les cœurs satisfaits attendent avec impatience la solennité du lendemain.

Tant d'amour de la part des deux augustes victimes du Calvaire ne sera pas une leçon perdue pour leur famille. « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fas* siez cbmme j'ai fait; » telle fut la prescription du Maître après avoir lavé les pieds de ses disciples. Seule, entre foules les villes du monde, Rome accomplit fidèlement, publiquement, constamment cette divine parole, n était huit heures du soir lorsque nous arrivâmes à l'hospice des Pèlerins, où mms attendait ce merveilleux spectacle de charité. Le superbe édifice doit sa fondation à saint Philippe de Néri. On y reçoit gratuitement pendant trois, quatre et même sept jours les pèlerins hommes et femmes que la piété amène à Rome. Pour être admis, ils doiveDt arriver dVio pays élctgué de plus de smxante

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milles et présenter un certificat de leur évéque ou de ses grands vicaires attestant qu'ils viennent à Rome pour visiter les saints lieux. Quelques confrères nommés receveurs examinent ces certificats^ afin d'éviter toute fraude. A Pâques le nombre des pèlerins est de trois à quatre cents. L'hospice forme deux corps de logis séparés^ l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes. Le nombre total des lits est de quatre cent quatre-vingthuit^ et dans tous les réfectoires réunis on peut servir à la fois neuf cent quarante-quatre personnes.

En arrivant^ les pèlerins trouvent des frères et des sœurs qu'ils n'ont jamais vus et qui les reçoivent comme de vieilles connaissances. Ces frères et ces sœurs sont les membres de la confrérie du Saint-Sacrement, fondée par saint Philippe de Néri. Leur costume^ symbole de la charité^ se compose d'une ample robe rouge^ retenue par une ceinture avec un long rabat Uanc , semblable à celui de nos magistrats. Celui de la plupart des pèlerins rappelle le moyen âge, et la Terre Sainte , et les Croisades^ et Saint-Jacques de Compostelle^ et les autres lieux dont l'histoire, racontée au foyer domestique par l'aïeul aux cheveux blancs , charma ndtre enfance. Le grand chapeau de feutre aux ailes étendue, le camail de toile cirée couvert de coquillages, la gourde au côté, le bourdon à la main, tel est leur pieux et poétique équipage.

Une charité attentive s'informe de leurs besoins et pourvoit à tout. Puis, quand le nombre des pèlerins est suffisant, les confrères leur donnent le bras; chaque confrère en soutient deux; et, trois à trois, ils se dirigent en procession vers Saint-Pierre, afin d'aller remercier le Père commun du succès du voyage,, et déposer ad liminaApgsMorum le premier hommage de leur piété.

LA TRINITÉ DBS PÈLSRINS. 249

De retour à la Trinité^ on entre dans le lavoir; il est au rez-de-ebaussée et se compose de deux salles destinées au lavement des pieds. Celle des hommes contient soixante personnes à la fois, celle des femmes cinquante. Assis sur des banquettes fixées aux murailles^ ces pauvres étrangers de tout âge et de tout pays reçoivent Thumble office de la main de tout ce que Rome compte de plus illustre. J'ai vu là des jeunes gens de familles distinguées, de riches négociants^ des princes, des évéques, des cardinaux, de grandes et nobles dames. Leurs brillants équipages couvraient la place de la Trinité, tandis qu^eux- mêmes, maîtres et maîtresses, devenus pour l'amour de Jésus-Christ serviteurs et servantes des pauvres^ étaient à genoux devant les bien-aimés du Dieu Rédempteur^ leur rendant avec amour tous les devoirs de l'hospitalité chrétienne.

Au lavement des pieds succède le souper. Les réfectoires sont de longues salles voûtées, autour desquelles régnait deux tables coupées de distance en distance pour la facilité du service. C'était le Samedi Saint; le repas était frugal, mais proprement servi : le cardinal Acton y présidait. Revêtu comme tous les confrères du grand sac rouge et reconnaissable seulement à sa calotte, le prince de TÉglise yint dire le Benedicite. Tous les pèlerins se levèrent^ firent la prière avec lui, puis se ras* sirent, et la lecture commença. Elle racontait Tacte de chaxiié que les saintes femmes avaient voulu exercer envers Notre-Seigneur au tombeau en apportant de^ parfums pour embaumer son corps. Rentré à la cuisine, le cardinal, aidé d'un évêque français et d'autres personnages éminents, faisait les portions de minestra, qu'il puisait dans une grande chaudière. La soupe ainsi que les autres plats arrivaient aux pèlerins sur les bras de

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confrères d'un rang également distingué. Nous remarquâmes entre autres les jeunes princes d'Espagne et le cardinal Schwartzemberg. Ils circulaient autour des tables, et servaient avec une grâce parfaite les hôtes de la charité, confus de tant d'honneur et attendris jusqu'aux larmes.

Quel qu'il soit, le spectateur ne peut s'empêcher de partager leur émotion et de bénir tout à la fois le Dieu qui a su faire de tous les hommes un seul peuple de frères; et TÉglise romaine, qui perpétue d'une manière si touchante les enseignements du divin Maître; et ces nobles confrères qui, dans notre siècle d'égoîsme, pratiquent à la lettre les leçons de dévouement qui sauvent les sociétés; et ces pauvres pèlerins, jeunes enfants, Tîeillards aux cheveux blancs, tendres mères, sœurs dévouées , tous venus à pied et de si loin pour obtenir le salut de quelque personne chérie^ accomplir quelque vœu et continuer cette longue procession qui , depuis dix-huit siècles, se rend de tous les points du monde aux glorieux tombeaux des Apôtres.

Le réfectoire des femmes présentait le même spectacle. Après l'action de grâces, tous les pèlerins se rendirent à la chapelle pour y faire en commun la prière du soir. Les dortoirs s'ouvrirent, et chaque voyageur y trouva un lit préparé par les mains matemeUes de la charité.

La réception des pèlerins n'est point, de la part des fidèles de Rome, une de ces faciles démonstrations que la vanité produit et que la mode soutient pendant qud» que temps; c'est une œuvre sérieuse, qui a traversé les siècles et qui impose d'énormes sacrifices. Les solennités de Saint-Pierre, de la Fête-Dieu, de la Porlioncwle et bien d'autres encore amènent à Rome un trè»^aiid

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nombre de pèlevtm* Pendant la Semaine Samiè il varie de quatre à cinq cents. Dans les années du Jubilé il est beaucoup plus considérable* Les archives de la Trinité donnent le tableau suivant des pèlerins hébergés dans l'établissement à ces époques solennelles.

ubilés.

Total des bouches.

Balanœ par jour

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