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Ainsi à la dépense annuelle^ qui est d'environ cent mille francs^ tant pmir les convalescents que pour les pèlerins^ s'ajoute tous les vingi-cinq ans une dépense extraordinaire de plus de cinq cent mille francs. Or^ c'est la charité romaine qui s'impose tous ces frais.

Pour compléter nos impressions, ou^ si l'on veut^ pour les rendre plus vives par un grand contraste^ nous nous rendîmes au Cotisée. Neuf heures du soir sonnaient au O^sù, il faisait un clair de lune magnifique; Rome entière était dans le silence. Sur les dalles de la voie Sacrée on n'mitendait que les pas de notre caravane, composée d'environ quinze personnes. Bien des fois j'avais vu le Cotisée pendant le jour ; il m'avait paru grandiose : au dair de la lune il me parut effrayant. Quand les rayons obHquês de l'astre des nuits, traversant les larges brèches de ces hautes murailles, pénètrent dans les vo-

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mitoires à demi ruinés éclairent toutes les anfractuosites du colossal édifice et vous laissent entrevoir dans toutes ses parties cette montagne de ruines noirâtres, silencieuses, menaçantes, un frisson de terreur vous passe dans les veines, vous serrez le bras de votre voisin, vous ne savez si vous devez rester ou si vous devez fuir.

A rextrémité de l'arène, un guide nous attendait muni d'une longue torche résineuse. Sur ses pas nous gravîmes lentement les degrés qui conduisent au premier étage, dont nous fîmes le tour, autant que le permettent les larges crevasses de la plate-forme. Nous tenions à passer sur tous ces sièges occupés jadis par les Césars^ le sénat et les vestales. De là nous montâmes à Tétage supérieur, le seul qui reste accessible. Arrivée sur la galerie, toute la troupe voyageuse se mit à chanter. Ce volume de son, quoique faible, mais dont les échos des vastes murailles augmentent singulièrement la puissance, donne une idée de TefTet produit, alors que le Goltsée existait tout entier, par les hurlements des bétes féroces, les fanfares des orchestres, les cris des gladiateurs, les vociférations et les trépignements de cent mille spectateurs ivres de sang et de volupte. Quel spectacle l quel contraste I Nous sortions de la Trinité des Pèlerins, où nous avions vu les princes et les princesses à genoux devantle pauvre; etnous étions au Cotisée, où le riche et le puissant faisaient dévorer, pour leur plaisir, le petit et le faible; là d'immenses richesses dépensées en œuvres de la plus touchante charité ; ici For du monde prodigué pour des scènes de carnage : tel est pourtant Tintervalle que l'Évangile a mis entre nous et le paganisme. La Trinité des Pèlerins et le Cotisée rapprochés l'un de Fautre et vus le même jour de la sainte Semaine pré*

Mutent, à l'esprit de l'observateur impartial la divinité da christianisme dans sa plus haute puissance; ils font plus^ ils la font sentir à son cœur.

S9IIank

PAqncs.— Tue de Rome et de Saint-Pierre. — Entrée da Pape. — Meue. — Vue de la place Saiat-Pierre. — BéDédicttOD aolennelle. — Fêles dans les familles. — Illamioation da Vaticao.

L'artillerie du château Saint-Ange annonça dès Tau* rore le retour de la grande solennité. Toute la popula* tion romaine^ accrue de soixante mille étrangers, se pressait dans les églises, encombrait les places et se portait en flots pressés vers le pont Élien et la basilique de Saint-Pierre. Un air de jubilation respirait sur toutes les figures : le ciel était magnifique. A peine çà et là quelques légers nuagestempéraient les ardeurs du soleil sans rien 6ter à ses rayons du vif éclat qui devait éclairer le plus beau jour delà Ville étemelle et du monde. Mais comment décrire ces augustes cérémonies I La plume peut bien les faire connaître dans tous leurs détails ; quant à rendre l'impression qu'elles produisent, le spectateur de ces grandes scènes reculera toujours devant cette tâche impossible.

La pompe des offices surpasse celle de Noël ; les plus riches ornements^ les vases sacrés les plus précieux étalent leur magnificence sur Tautel^ autour du trône pontifical, dans les bancs du Sacré Collège et dans toutes les parties de la basilique. Les avenues du portique et la grande nef jusqu'à la confession de Saint-Pierre sont occupées par les régiments pontificaux. Les gardes suisses, les gardes nobles, les généraux des troupes ro-^ T. m. 1^

t5i LES TROTS BOME.

maines, en grand costume^ font leur service auprès du Souverain Pontife. Sa Sainteté est reçue sous le portique par le chapitre du Vatican, ayant à sa tète le cardinal archiprétre. Au défilé du cortège devant la statue de Constantin, les tambours battent aux champs^ les cloches de la basilique sonnent à la volée et les trompettes de la garde noble éclatent en joyeuses fanfares. Le Pape frao* chit le seuil de la grande porte du temple, et les chantres de la chapelle entonnent l'antienne Tu es Petrus : ce moment a quelque chose d'imposant et de solennel qu'on ne saurait décrire. Porté sur la Sedia, le Saint- Père s'avance majestueusement vers la confession; là il met pied à terre , et^ après une courte adoration , monte sur le trône de Tierce^ reçoit Tobédience du Sacré Ck>llége et la messe commence. Elle est suivie de l'ostension des reliques majeures de la Croix, de la sainte Face et de la Lance , puis de la Bénédiction solennelle du haut de la grande loge.

Avant onze heures, la place de Saint-Pierre présen* tait un coup d'œil unique sur la terre. Aux extrémités inférieures stationnaient quinze cents à deux mille équipages d'une magnificence royale;* c'étaient les voitures des cardinaux^ des ambassadeurs^ des prélats *des princes et de toute la noblesse romaine et étrangère. Le centre de la place, en avant de Tobélisque^ était occupé par les troupes d'infanterie et de cavalerie formant un vaste carré. Sur le grand front qui regardait Saint-Pierre était rangée la musique des divers régiments. Enfin dans toute l'étendue de la place jusqu'au seuil de la basilique^ sur la double galerie environnante» se pressait une foule tellement compacte que tout mouvement semblait impossible : il y avait sans exagérer cent mille spectateurs au moins*

BÉNÉDICTION SOIEIIHELLE. SttS

Do lien élevé où nous étioni purvenus^ nos regurds te promenaient sur cette immense multitude , palpitante d'émotions , lorsque vers midi toutes les cloches de la basilique sonnent à la volée ; le canon du chAteau Saint- Ange fait une décharge générale^ à laquelle vient se mêler le roulement des tambours et le son éclatant des trompettes : c'est l'annonce de la prochaine arrivée du Saint-Père. Tous les regards se portent vers la grande Loge, ombragée par un superbe pavillon d'écarlate. Bientôt un mot part de toutes les bouches et cent mille fois répété forme comme un vaste murmure : Eeco! eceo /Le voilà ! le voilà ! Et toutes les têtes se découvrent et tous les genoux fléchiraient s'il y avait place ; et Ton vit arriver sur le grand balcon tout le cortège pontifical : cent prélats avec leur magnifique costume , trente-un cardinaux en mitre blanche , vingt-quatre évêques de l'Orient et de l'Occident. Enfin le Vicaire de Jésus-Christ, l'auguste vieillard, porté sur la Sedia gestatoria, la tiare en tête y parut avec une majesté infinie aux regards du peuple immense. Un silence universel s'était établi : on respirait à peine; toute cette multitude immobile ne semblait vivre que par les yeux.

Assis sur la Sedia, approchée de la partie extérieure du grand balcon^ le Saint-Père récita d'une voix ferme les prières d'usage *. De chaque côté étaient deux évê-

^ Sancti apostoli Petrus et Paulus , de quorum potestate confldimus, ipsi intercédant pro nobis ad Dominum.

Precibus etmeritis Beat» Manie semper VirginÎB, Beati Micbadi8 archangeli, Beati Joannis Baptistœ, et sanctorum apostolorum Pétri et Pauli , et, omnium sanctorum , misereatur vestri omnipotens Deus, et, dimissis omnibus peccatis vestris, perducat vos J68U8 Christus ad vitam œtemam. Amen.

Iadalgentiam,abiolationem et remitâonem onmium peceato-

256 LES TBOIS ROME.

ques à genoux, Tun tenant le cierge allumé, l'autre présentant le livre des oraisons. La formule achevée , le Saint-Père, revêtu de la chape brodée d'or et le front orné de la triple couronne , se leva majestueusement , ouvrit les bras, les étendit en haut comme pour aller puiser dans le ciel même la bénédiction qu'il allait répandre; puis, formant le signe de la croix, il les rejoignit sur sa poitrine^ comme un père qui embrasse son enfant et le presse sur son cœur ; et cet enfant, c'est Rome et le monde. Ce mouvement est d'un effet indicible. Jamais et nulle part l'œil humain n'a rien vu de si solennel^ de si saisissant. Dans ce moment unique^ à la vue du Souverain Pontife, dont la moitié du corps seule se dessine aux regards, on ne sait si c'est un homme^ un ange ou Dieu lui-même qui apparaît dans les airs. Quant à l'impression, je le répète^ je ne veux pas même essayer d'en parler. Elle est telle qu'un de nos philosophes du dernier siècle s'écriait après l'avoir éprouvée : En ce moment fêtais caihoiiqm. Elle est telle qu'une princesse protestante venue naguère à Rome pour y faire de la propagande tomba évanouie et se releva catholique 1 Elle est telle que tous les voyageurs , n'importent leur religion et leur caractère^ répètent d'une voix unanime : Il n'y a rien de comparable sous le ciel !

En prononçant les dernières paroles de la bénédiction, le Saint-Père s'était rassis ; Y Amen avait été répété solennellement quatre fois par l'immense voix de la

ram vestrorum , spatium verœ et fructuosœ pœnitentiœ , cor semper pœnitens et emundati(Hienv vitœ, gratiam et consolationem Sancti Spiritus et finalem perseverantiam in bonis operibas tribuat vobis omnipotens et misericors Dominas. Amen.

Benedictio Dei omnipotentis Patris , et Filii , et Spiritus Sancti descendit super vos et maneat semper. Amen,

fAtes dans les familles. 257

foule^ lorsque tout à coup une voix plus forte le redit à sa manière. Les cloches delà basilique^ le canon du château Saint-Ange^ les tambours et les trompettes des r^ments^ éclatant à la fois, portèrent Facclamation de réternité jusqu'aux montagnes lointaines de la Sabine et du Latium. Les deux cardinaux assistants lurent , Tun en latin, l'autre en italien , les formules de l'indulgence plénière accordée aux fidèles qui avaient reçu la bénédiction dans les dispositions convenables. Ces for* mules imprimées furent jetées au peuple : le Saint-Père avait disparu; tout était fini.

La foule émue s'écoula lentement^ et bientôt^ divisée en mille fractions , elle fut assise à d'innocents festins par lesquels chaque famille célèbre , en mangeant l'agneau pascal, la fête de la grande famille chrétienne. Afin que tous aient part à la joie commune , des secours sont donnés à tous les pauvres qui se présentent au Vatican 9 d'abondantes aumônes distribuées aux prisonniers ou portées aux familles nécessiteuses; et des captifs sont mis en liberté* Rome imite ainsi le divin Sauveur^ dont l'apparition dans les limbes fut pour les justes l'heureux signal de la délivrance. Enfin , comme les académies et les réunions littéraires avaient chanté naguère les douleurs de la grande Victime, elles célèbrent aujourd'hui son triomphe. La prose et la poésie redisent tour à tour la victoire de THomme-Dieu , les conquêtes merveilleuses de la foi^ ses bienfaits plus merveilleux encore et ses luttes gigantesques ; de brillantes couronnes sont décernées aux vainqueurs. Tout cela montre que les fêtes religieuses, à Rome, sont des fêtes véritablement populaires.

La joie publique se mapifeste le soir par la célèbre illumination de la Coupole. Comme la bénédiction du

2S8 LWB TAOIi AOME.

matin , elle 6st telle qu'aucune autre capitale ne saitratt offrir aux regards étonnés du voyageur un spectacle semblable* Qu'on se représente le plus magnifique temple du monde avec ses proportions colossales , avec sa cou* pôle de quatre cent vingt-quatre pieds de hauteur^ avec son inmiense place environnée d'une double colomiade ornée de milliers de statues de marbre, et tout cet édifice devenu une montagne de feu 1 Quatone cents lampicxis à feu voilé sont placés sur la façade extérieure du temple et des portiques ; à partir du sol jusqu'à rextrémîté de la croix du dôme. Ces lampions dessinent toutes les arêtes de l'édifice, dont ils marquent les lignes architectoniques , se courbant où elles se courbent, s'arrétfmt où elles s'arrêtent, se brisant où elles ^se brisent.

Deux points sont indiqués pour bien jouir de l'illumination : le mont Pincio et l'entrée de la place Saint- Pierre. Du premier on l'aperçoit dans le lointain comme un immense météore , dont le scintillement répand sur l'atmosphère la lumière d'un incendie. Du second on la voit de près et Ton admire la symétrie de toutes ses lignes de feu, qui éclairent les savants dessins de la façade et de la coupole, tracés par la main de Michel-Ange. Descendus du Pincio à huit heures vingt minutes, nous arrivâmes, à travers les flots du peuple, sur la jdace Saint-Pierre avant neuf heures moins un quart. Il était temps, la première illumination, commencée à huit heures était sur le point de finir : à neuf heures il y a change* ment de feu.

Au premier coup de l'heure, quelque chose d'enflanuné , semblable à des étoiles filantes , court sur le dôme, sur la croix , sur les petites coupoles , sur la façade, sur le péristyle, sur la colonnade, sur la place, se faisant voir partout et ne s'arrêtant nulle pûi; et

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