‹ Les trois RomeChapitre 31 sur 75 · ILLUMINATION DU VATICAN · texte numérisé non relu

ILLUMINATION DU VATICAN

quand le dernier coup de Theure sonne ce je ne sais quoi ne remue plus^ ne se voit plus; mais sept cent quatre-vingt-onze nouveaux feux ont été allumés^ et des rosaces, des guirlandes^ des candélabres, des foyers d'une flamme brillante se trouvent mêlés aux lignes un peu ternes de la première illumination. Rien ne peut rendre la promptitude de ce changement de feu, comme rieo ne peut foire comprendre à ceux qui ne Tout pas vu le grandiose de cet, incendie de la coupole ^ Trois cent soixante-cinq pietrini suspendus avec des cordes ont tout à coup opéré cet effet magique sans qu'on ait pu les apercevoir et allumé dans le temps que je mets à l'écrire cinq mille neuf cent quatre-vingt-onze lampions. C'est leur secret et une des gloires du génie italien ^ sans rival dans les beaux- arts et dans l'ordonnance d'une fête.

Ce qui rehausse le caractère de ce brillant spectacle et augmente l'impression , c'est la pensée qui l'inspire. Dans les autres pays on illumine pour des fêtes civiles , à Rome seulement pour des fêtes religieuses; là pour les joies souffrantes de l'exil, ici pour les espérances délicieuses de la patrie; et tout y prend le caractère de rinfîni; et le spectateur élevé au-dessus de lui-même se retire en bénissant la Providence de l'avoir rendu témoin de ces grandes solennités, les plus ravissantes après celles du ciel.

* Manu€l ie la eh»p$Ue Sixtine^ p. 1 14.

28 Mars.

Adieux à Rome païenne. — Feiï d'artifice du cbàteaa Saint-Ânge. — Réflexions mt^ les solennités romaines de la Semaine Sainte et de Pâqaes.

A part le feu d'artifice du château SaintrÂnge, qui nous était réservé pour le soir^ nous avions vu tout ce que Rome et le monde peuvent offrir de plus magnifique. Le but du voyage était rempli , il fallait songer au départ. Nous étions venus pour étudier les trois cités renfermées dans une seule. Afin de conserver plus vifs et plus certains les souvenirs de la triple Rome, nous voulûmes là voir une dernière fois dans les grands monuments qui la résument : à cette visite d'adieu furent employés nos derniers instants. Rome païenne se personnifie dans les ruines colossales de ses édifices; et le Capitole^ le Forum ^ la Prison Mamertine, le €k)lisée^ TAqueduc de Claude, les Thermes de Dioctétien^ TObélisque d'Auguste nous virent de nouveau^ recueillant rh^récusable témoignage qu'ils rendent au génie y à la religion^ aux lois » aux mœurs de la puissante reine de la force.

De ce témoignage muet^ mais éloquent^ vdci la trar 4uction : a II fut un monde dont Rome était la capitale et dont César était le maître; un monde qui divinisa l'homme et ses passions grossières et ses instincts cruels; qui vit tous les peuples enchaînés tour à tour au char de la victoire apporter à l'homme déifié l'hommage de leur or et de leur sang le plus pur; qui rugit comme la hyène et le tigre lorsque douze pêcheurs, armés d'une croix de bois^ vinrent lui disputer l'empire des intelligences; qui déchira pendant trois siècles les corps palpi-

ADIEUX À ROME PAÏENNE. â6l

tants de dix millions de martyrs et qui ^ bourreau toutpuissant; fut vaincu par ses faibles victimes ^ ne laissant après lui que des monuments de son orgueil , 4e sa force^ de sa volupté et de sa fabuleuse barbarie ^ monuments gigantesquesdontlederniervestige aurait disparu si la Croix victorieuse n'avait pris soin de le couvrir de son ombre tutélaire. Grâces à toi , monde de Jupiter et de Néroù! toujours vivant dans tes ruines, tu enseignes éternellement les siècles; et, plus éloquent que tous les orateurs ; tu élèves à sa plus haute puissance le miracle de la divinité de ma foi et le sentiment de ma reconnaissance pour le Dieu libérateur du genre humain. Adieu , ta mission est accomplie : repose dans ton vaste tombeau ; et; s'il se peut, que la terre te soit légère. »

Notre visite à Rome païenne^ jointe à quelques préparatifs de départ; avait occupé une partie de la journée* Le soir, à sept heures, nous traversions au pas de chaire le Ponte Sisto, et; dans presque toute son étendue; nous suivions la Longara. Où allions-nous si vite? Chez la bonne veuve Buffalo. Que voulions-nous à cette excellente femme, qui nous était parfaitement inconnue? Nous voulions prendre les places retenues pour nous sur son balcon, situé au bord du Tibre en face du château SainIrAnge, afin de jouir là tout à notre aise de la magnifique Girandola. On donne ce nom au feu d'artifice tiré du môle d'Adrien en réjouissance de la Résurrection du Sauveur. Tout Rome est à ce spectacle, le plus beau qu'on puisse voir avec ceux de la veille.

A huit heures trois quarts plusieurs coups de canon donnèrent le signal de la fête. En un clin d'oeil la plateforme du château Saint-Ange lança dans les airs des colonnes de flammes qui représentaient au naturel une éruption du Vésuve. Afin de compléter l'illusion, les

KM y» THois aoicB.

flamtiieB s'Mevaieat par bouffées > comme si elles M»êent été violemment chassées par l'air comprimé au sein du volcan^ tandis que le bruit du cation imitait les déchirements souterrains de la montagne. A ce terrible spectacle succéda une douce et gracieuse représentation* Le château fut tout à coup illuminé par des milliers de lampions d'une lumière si vive qu'on aurait dit une rivière de diamants sur la tête d'une femme. Pour troi* sième scène ^ nous eûmes les dascatelles de Tivoli* De toutes les embrasures de la citadelle descendirent des ruisseaux de feu ^ semblables au fer en fusion. Rien ne fut oublié, pas même la grande cascade^ dont la lumière éblouissante^ réfléchie par les eaux du Tibre ^ doublait pour nous le plaisir du magique spectacle.

Vinrent ^suite, à la gloire du divin Triomphateur, une vaste couronne de gerbes étincelantes^ dont chft~ cune ressemblait à un plant d'aloès; puis des chandelles romaines, des comètes^ des fusées. En éclatant dans les airs, tous ces brillants météores laissaient échapper des armées de petits poissons ailés qui semblaient se combattre, puis mourir Tinstant après celui qui les avait vus naître. Ce n'était là que le prélude de la grande bataille livrée au monde par le divin Crucifié. Le combat lui-même nous fut offert dans un siège, remarquable surtout par le nombre des fusées et des coups de canon qui se succédaient avec une rapidité extrême. Enfin ^ le bouquet se composa d'une masse de chandelles romaines qui , s'élevant à une grande hauteur, éclatèrent toutes ensemble et formèrent en retombant une immense gerbe de flammes, dont les vives nuances scintillaient comme des rubis, des diamants et des topazes aux rayons du soleil. Grâce à la place que nous occupions sur le bocd du Tibre, il nous fut donné de jouir double*

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