‹ Les trois RomeChapitre 33 sur 75 · ADIEU FINAL · texte numérisé non relu

ADIEU FINAL

doDc^ temple auguste^ qui as vu tant de fois prosternés sur tes parvis les empereurs , les rois^ les princes , les pontifes^ toutes les gloires de l'Orient et de l'Occident! Adieu^ colline Yaticane^ antique séjour d'un oracle menteur, aujourd'hui demeure vénérable de Toraele vivant de la vérité même ! Adieu, obélisque de Néron, immortel monument de la victoire remportée par l'Évangile sur la toute-puissante cruauté des Césars ! Adieu , plaee immense/brillant rendez-vous des arts, terre sainte détrempée jusque dans tes entrailles du sang précieux des martyrs ' ! Adieu, Rome, cité sans égale, théâtre de tous les grands événements, mystérieuse soudure des deux mondes^, reine de la force et reine de l'amour, reine des arts et reine de la foi, mère et maltresse de toutes les Églises^ qui, du haut de vos royales collines, illuminez les quatre coins du globe et entretenez l'ordre et la vie dans le monde des intelligences, comme le soleil, du haut du ciel , éclaire toute la nature et maintient l'harmonie parmi les astres du firmament I

' De là vient la vénération profonde que Rome a toujours eue pour cette place. Un jour le pape saint Pie V s'y promenait, lorsque Tambassadeur de Pologne lui demanda quelques reliques pour envoyer à sa patrie. Pour toute réponse, le pape s'inclina , prit une poignée de cette terre , la mit dans un mouchoir, et, la donaant à l'ambassadeur, il lui dit : » Portez cette teri^e en Pologne, c'est une précieuse relique ; il n'y a pas une partie de cette place qui n'ait été trempée du sang des martyrs : « Nuliam « esse ibi vel minimam soli partem , quœ sacro martyrum san- « guine non esset imbuta et consecrata. » De retour chez lui, l'ambassadeur ouvre le mouchoir, et trouve à sa grande admiration toute cette terre changée en une masse de sang. Vita di S, Pio da Gahuzio, etc.; Constanzi , t. ii, p. 80.

* Terrarum Dea gentiumque Roma , cui par est nihil et nibil secundum. Jtfart. Epigram,

Wi LSS TROIS ROUfi.

Que d'autres louent votre antique origine ^ la puM* sance de vos armées, la gloire de vos triomphes, la magnificence de vos édifices, la multitude de vos richesses, la beauté de vos chefs-d'œuvre , la majesté de vos ruines ; pour moi , je vous loue parce que vous êtes la colonne de la vérité, le boulevard de la foi, la bienfaitrice des peuples, la source de leur civilisation, la sauvegarde de leur liberté , la boussole de l'humanité , le dépôt de tous ses titres de noblesse, l'asile de toutes les infortunes , la gardienne respectueuse de toutes les ruines vi* vantes ou mortes, la patrie de tout ce qui croit, de tout ce qui aime, la tombe mystérieuse de trois millions de martyrs , le reliquaire étincelant où resposent les deux plus grandes gloires du monde, Pierre et Paul. Heureuse de les posséder, plus heureuse de les rendre un jour au ciel, sous les yeux des anges et des hommes, quel speo* tacle vous présenterez dans ce grand jour, le dernier du temps et le premier de Téternité !

Du sein de vos catacombes , immense tombeau que protège votre amour maternel , du sein de cette châsse glorieuse qu'abritent les voûtes dorées du premier temple de Tunivers, on verra sortir, resplendissants du lumière , Pierre et Paul suivis d'un^ peuple de héros , et tous ensemble, les mains ornées des palmes de la victoire, s'en aller à la rencontre du souverain Juge. Quelle rose, quelle couronne vous enverrez au Christ vainqueur. Plus belle alors mille fois qu'aux jours de vos triomphes, la terre et les cieux uniront leur voix pour vous proclamer encore la reine des cités : voilà pourquoi je vous loue K Et parce que vous êtes ma mère, la mère de

' Ëgo Romam propterea diligo ... ob id iliam beatam prœdico, quod erga illos Paulus dum viveret adeo fuit benevoius , adao

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mes à!eux^ de mes frères et de mes fioeurs dans la foi > si reetlié qae soit le siècle, si éloigné que soit le clitnat où ils aient vécu^ je vous aime, je vous bénis , je vous regrette : comme gage éternel de ma i^econnaissance^ de mon reiq)ect et de ma piété filiale, recevez ce dernier adieu.

Départ de Eoim. -» Civttà Castellana. — Soavenir de Miodonald. -* Otricoli. — Naroi. — Cathédrale. — Tombeaa de saiot Cassias. — Souvenir de l'empereur Nerva. — TeroL — Souvenir de Tacite. •*- Combat du général LenK^ne» — Martyr». — Casoéât éêlte Marmots, — La Sonuna. •*- Spolette* -« Soavenirs patena et chrétiens. -*- V> llgno. ~ Casa Pia. — Cathédrale. — Le aaiat martyr FéiideD.

Accompagnés de quelques amis, nous descendîmes sur la place de Monte-Gitorio,où la voiture nous atten-* dait. Tout le monde était triste et silencieux ; car, en tout pays, rien ne ressemble plus à un enterrement qu'un départ. A Rome c'est presque la même chose; et je ne sais si j'aurais pris place dans le fatal véhicule sans la

iUos amavit, coram disseruit, et postremo yitam apud eos ânivit. Uode et dyitas ista hinc facta est insignis piusquam a reliquis omnibus , et quemadmodum corpus magnum ac validum duos habet oculos illustres, sanctorum videlicet illorum corpora. Non ita cœlum splendescit' quando radios suos sol ex sese dimittit quemadmodum Romanorum urbs duas illas lampades ubique (errarum effundens. Hinc rapietur Paulus , hinc Petrus : con^derate et horrete, quale spectaculum visura sit Roma , Paulum videlicet repente ex theca illa cum Petro resurgentem in oœursum Domiiii siu*sum ferri. Qualem rosam Christo mittet Roma ! qualibus coronis duabus ornatur urbs ista ! qualibus catenis aureis cincta est ! quales habet fontes ! Propterea celebro banc urbem , non propter copiam auri , non propter columnas , neque propter aliam pbantasiam, sed propter columnas illas Ecclesiœ. — D. Chrys., In epUt. ad Rom,, Homil. 32;

fiche d'espérance que je me donnai en disant : Tu reviendras! Sortis par la porte du Peuple y nous traversâmes rapidement le désert, et bientôt nous touchâmes à Cività Castellana. Sous ce nom moderne, reconnaissez Fantique Falisea^ tant de fois mentionnée dans l'histoire primitive de Rome. Entourée de ravins profonds couverts d'arbustes ^ cette petite ville offre un coup d'œil trèsrecherché des artistes. Le pont^ de cinquante mètres d'élévation , jeté sur le Rio Maggiore anime le passage que complètent les hautes murailles de la citadelle. Gomme Falisque^ Cività Castellana est une des clefs de Rome. De là le triste privilège d'avoir vu souvent, depuis son origine, ses fossés jonchés de cadavres et ses remparts inondés de sang. Le dernier spectacle de ce genre remonte au 4 décembre 1799 , alors que Macdonald, à la tête de huit mille Français , taillait en pièces quarante mille Napolitains, commandés par le général Mack.

Otricoli, l'ancien OtriculuMy situé sur une gracieuse colline . vint ensuite animer la solitude de la vallée et couper la monotonie de la route. Le point Félix, jeté sur le Tibre à une petite distance, rappelle l'éclatante victoire remportée , en 1799 , par les Français sur les troupes napolitaine^.

Nami, la Narnia des Romains, est encore une forte position. Nous pûmes visiter le pont de la Néra, construit suivant la tradition par l'empereur Auguste, et la cathédrale, dont la crypte offre un grand intérêt. Prêché dans rOmbrie par les Apôtres en personne ou par leurs envoyés, le christianisme y fut conservé par une longue succession de martyrs et de pontifes** Au

' Voyez Ughelli , Italia sacra, t. i , p. 1007 ; Papebroôk, t. i, act. 35, mensis maii , p. 386; Jacobelli , SS, deW Vmhria^ edit. an. 1647.

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