‹ Les trois RomeChapitre 35 sur 75 · SPOLETTE · texte numérisé non relu

SPOLETTE

serez plus ils les montreront aux voyageurs comme un double monument de votre impuissante cruauté et du courage victorieux de leurs nobles ancêtres \

Au milieu de supplices non moins atroces, moururent^ pour cimenter le christianisme à Spolette^ le prêtre GoDcordius, les évéques Félix et Sabinus, les simples fidèles Exupérance, Marcel, Venustius, sa femme et ses enfants. Du fond des autels étincelants d'or et de marbre, où les honore une piété quinze fois séculaire , les martyrs continuent de veiller sur la cité qu'ils ont conquise. Les touristes passent admirateurs de la porte d'Ânnibal^ mais ignorants ou dédaigneux de ces monuments augustes, qui rappellent un fait bien autrement célèbre que la défaite du général carthaginois I Ainsi on voyage quand on n'a qu'un œil.

Au delà de Spolette, voici les Vene, qui nous offrent le temple consacré jadis au fleuve Clitumne et aujourd'hui changé en oratoire sans perdre son nom primitif. Enfin nous arrivons à Foligno. Le Fulgium des Romains est aujourd'hui une petite ville coquette, gracieusement assise dans la riante vallée de l'Ombrie et arrosée par le Clitumne, le Lapino et la Maroggia. Elle offre à la curiosité du voyageur sa Casa Pia, très-bel établissement destiné à recueillir les petites filles errantes, et sa majestueuse cathédrale épargnée par le tremblement déterre de 1832 ; ses églises des Franciscains et des Augustins, ainsi que le couvent des Comtesses, où se trouvait, avant d'être transportée à Rome, la fameuse madone d/ Foligno,

* Bar. An, 176, n. vu, in Annol, ad Martyr., 19 jan. — C'est à ramptiithéâtre que le peuple , ivre du sang des gladiateurs , demanda des chrétiens pour .victimes ; ses vœux furent des ordres : ce fut le commencement de la persécution à Spolette, Voyez Bosio, Rom. tibter., t. r, p. 125.

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Ici encore nous continuons à suivre TÉglise primitive à la trace de son sang. Le rayonnement de la vérité^ dont le foyer était à Rome^ se fit sentir àFoligno dès les temps apostoliques. L'an 192, le pape Victor y envoyait un évê- . que pour prendre soin de cette chrétienté naissante , c'est-à-dire un berger qui devait défendre au prix de sou sang les agneaux nouvellement nés dans la divine bergerie : cet évêque se nommait Félicien. Après onze années de labeur, le saint prélat devint un glorieux martyr. En l'immolant à son aveugle cruauté, Septime Sévère put se flatter d'avoir affermi la foi du jeune troupeau. Le sang du pontife sera un grain de semence ; et de ce grain réuni à tant d'autres sortira une moisson que les maîtres du monde tenteront vainement d'anéantir. Nous nous consolâmes de ne pouvoir honorer ses reliques en pensant que la France avait le bonheur de les posséder. Elles furent transportées à Metz en 969 par révêque Théodoric^ sous le règne de l'empereur Othon.

V Aurll.

Saint François d' Assise. — Spello. — Sainle-Marie des Apge». — Indalgencede la Porziuncula. — Fêle. — Assise. -- Église et couvent de Saint-François d'Assise. — Retour à Foligno.

Nous étions trop près d'Assise pour ne pas visiter ce paradis de l'Apennin, cet Éden du moyen âge, d'où sortit un des hommes les plus merveilleux que la Providence ait jamais employés à la régénération du monde; j'ai nommé saint François d'Assise. Six cents ans se sont écoulés depuis l'apparition du Séraphique; et, comme un doux parfum, son souvenir embaume encore toutes ces vallées^ ces montagnes, ces villes, ces villages, ces soli-

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tudes de l'Ombrie. Quand on est sur la route qu^l a tant de fois parcourue, nu-pieds, la corde à la ceinture et la bore grossière sur le corps, il semble entendre les échos d'alentour répéter les paroles qui furent adressées au nouveau chevalier de Jésus-Christ, à l'époux de la sainte pauvreté, au futur soutien de l'Église chancelante. C'était dans une des premières années du treizième siècle, si fécond en miracles de sainteté, de génie, d'héroïsme; François se promenait en méditant dans la campagne , et songeait à s'enrôler dans les troupes de Gautier de Brienne, qui marchait contre Naples. Tout à coup il entend une voix qui lui crie : « François, que fais-tu? Va, et répare ma maison, qui, comme tu vois, tombe en ruine *. » François tombe à genoux; mais son humilité l'empêchant de comprendre la sublime portée de ces divines paroles, il les prend dans un sens matériel. Il part aussitôt pour Foligno, y vend jusqu'à son cheval et en apporte le prix au prêtre Pierre, gardien de la vieille église de Saint -Damien, en le conjurant de l'employer à la restauration de son église. Nous étions aux lieux mêmes où tout cela se passait.

Déjà nous arrivions à Spello, distant de quatre kilomètres de Foligno. Cette petite ville, toute remplie d'antiquités romaines, put nous arrêter un instant, mais sans nous distraire de la pensée qui nous préoccupait.

Bientôt nous découvrîmes au milieu de la plaine une magnifique église et un vaste monastère, dont les proportions grandioses et pures rappellent le Bramante et Vignola. C'est Notre-Dame des Anges, non plus humble

* Corporeis audivit auribus ter diœntem f« Francisée, vade, et repara domum meam, quaB, ut cernis, tota destruitur. » S. Bonavent. , YUa S. Fr.y c. u. j

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et pauvre, mais revêtue d'un manteau de reine. Sous le grand dôme on retrouve la merveilleuse, la chère Porziuncula, encore toute parfumée de la présence de François. C'est là où il a prié, où il a pleuré» où il a reçu de Dieu la grâce de fonder un grand ordre dans TÉglise. En vérité, ce lieu est saint ! Toutes les générations y ont passé; et elles ont senti descendre sur elles la force* la résignation^ Tespérance» Notre-Seigneur Jésus l'avait promis à son serviteur François^ et sa parole est éternelle ^ Ckimme son nom l'indique, la Porziuncula n'était f dans Tori^ne qu'une petite ^lise ou plutôt une portion d'église. Sur les instances de l'évêque d'Assise, elle fut donnée en aumône à saint François et à sa Congrégation naissante par l'abbé des Bénédictins de Monte-Subazio. Elle est aujourd'hui un des plus magnifiques temples et un des plus vénérables sanctuaires de l'Italie. Sa gloire lui vient de la vision de saint François, que le pinceau d'Ov^erbeck a reproduite dans une fresque^ chef-d'œuvre de la renaissance catholique de l'art.

Or^ telle fut la vision. Au moins d'octobre de Tan i^\ , François^ prosterné dans sa cellule, priait Dieu avec larmes pour la conversion des pécheurs , lorsqu'il fut averti par un ange d'aller à Téglise. Il y trouva Notre- Seigneur, sa très-sainte Mère et une multitude d'esprits célestes, a François, lui dit le Sauveur^ vous et vos frères avez un grand zèle pour le salut des âmes; vous avez été placé comme un flambeau dans le monde et le soulien de l'Église. Demandez donc ce que vous voudrez pour le bien des peuples et pour ma gloire. » François demanda pour tous ceux qui visiteraient cette église, une indul-

* rie de^. Fraiifaif , par M. Gbavin, c. xi, p. 180.

imOULGENGS DE LA POBZIUNGULÀ. Sd3

geooe plénière de leurs péchés après s'en être confessés et repentis. La Mère des miséricordes sMnclina vers son Flls^ qui répondit à François : « Je vous accorde ce que vous demandez; mais que cela soit ratifié sur la terre par celui à qui j'ai donné le pouvoi r de lier et de délier. » Le lendemain François partit pour Pérouse^ où était le pape Honorius III^ auquel il demanda Tindulgence. Le pape lui dit : c< François, vous demandez quelque chose de grand et tout à fait contre l'usage. — Saint-Père, répondit François^ je ne vous le demande pas en mon nom, mais au nom de Jésus-Christ^ qui m'a envoyé. — Qu'il soit fait selon votre désir, dit le pape; cette indulgence sera pour tous les ans à perpétuité, mais seulement pendant un jour. » Deux ans après Notre-Seigneur daigna fixer lui-même le jour de Tindulgence, et dît à François : « Ce sera depuis le soir du jour où Tapôtre saint Pierre se trouva délivré de ses liens jusqu'au soir du lendemain ^ D Et les chœurs des anges chantèrent le Te Deum. François partit pour Elome : un miracle éclatant confirma l'indulgence au jour indiqué.

Depuis six cent vingt ans toutes les populations de lltalieet de nombreux pèlerins de toutes les parties de TEurope et du monde sont accourus à cette fête de miséricorde et de grftce. Nous ne pûmes en être témoins nous-mêmes ; plus heureux un voyageur catholique va nous prêter ses yeux et sa plume, et dire ce qu'il a vu, ce qui se voit encore chaque année malgré l'indifférence qui glace le monde. « Quel spectacle que ces troupes de

* Vole quod ait dies iUa in qua beatus Petrus fuit a vinculis absolutus, incipiendo a secundis vesperis illius dtei usque ad vesperas sequentis diei includendo noctem. — Barth. de Pise, fol. i9S.

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