‹ Les trois RomeChapitre 38 sur 75 · SAINTE MAISON D£ NAZARETH · texte numérisé non relu

SAINTE MAISON D£ NAZARETH

semUable à Farfent, mais noircis par le temps et saas doute par la fumée des cierges brûlés devaint ces saintes images. La tête de Marie est ornée d'une couronne de perles ; ses cheveux^ partagés à la nazaréenne, flottent sur son cou ; son corps est vêtu d'une robe dorée qui, soutenue par une large ceinture^ tombe flottante jusqu'aux pieds; un manteau bleu recouvre ses épaules :^ l'un et l'autre sont ciselés et formés du même bois que la statue elle-même. L'Enfant Jésus, d'une taille plus qu'ordinaire et d'une figure pleine de majesté, a la chevelure partagée sur le front, comme celle des Nazaréens, dont il porte l'habit et la ceinture, lève les premiers doigts de la main droite comme pour donner sa bénédiction, et de la gauche soutient un globe, symbole de son pouvoir soiih verain sur l'univers.

A gauche, près de l'autel, on voit une petite armoire, ou placard, pratiquée dans le mur, qui semble destinée à recevoir les ustensiles nécessaires à un pauvre ménage : elle renferme quelques petits vases ou écuelles^ semblables à ceux dont se servent, pour prendre leur nourriture, les pauvres habitants des campagnes. Enfin, près de là, une espèce de cheminée ou foyer, surmontée d'une niche et soutenue par des colonnes ornées de candélabres. Telle était la disposition de ce mystérieux sanctuaire.

D'où vient*il? Quelle est cette demeure inconnue? Quelle main Ta tout à coup transportée dans un lieu où jamais on n'a vu d'habitation? quelle puissance la soutient sur le sol sans aucun fondement? voilà les questions que tout le monde fait et auxquelles nul ne peut répondre : la stupeur est générale. Tout à coup on voit venir l'évéque Alexandre, la démarche vive, assurée, le visage rayonnant de bonheur : nouveau sujet d'étonné* ment. Tout le monde savait le saint évoque atteint de*

d08 LKS TllOIS ROMB.

piris trois ans d'une hydropisie déclarée incumUe par les médecins y et tellement malade que, depuis longtemps^ il ne pouvait plus quitter le lit^ d'où Ton s*attendait de jour en jour à le voir descendre dans la tombe. Au milieu du silence que commande son apparition inat« tendue^ miraculeuse, il raconte en ces termes ce qui lui est arrivé, a J'étais dans mon lit, mourant, lorsqu'on est venu m-apprendre l'arrivée de cette maison inconnue. J'ai conjuré la très-sainte Vierge de m'obtenir assez de forces pour venir moi-même visiter ce sanctuaire merveilleux et y implorer son puissant secours, résolu que j'étais de m'y faire apporter si je ne pouvais y venir de moi-ménïe. Touchée de mon désir, la sainte Yieige m'est apparue resplendissante de lumière^ et elle m'a dit : « Alexandre^ vous m'avez invoquée; me voici venue à votre secours. Sachez que la maison qui vient d'apparaître en ce pays est la maison même où j'ai pris naissance à Nazareth^ où j'ai reçu la visite de l'ange Gabriel, où le Verbe s'est fait chair dans mon sein. Soyez vous-même pour tout le peuple la preuve vivante de la vérité de mes paroles; soyez guéri. Et la sainte Vierge a disparu; et j'ai été guéri. » Or se jeter à genoux, bénir sa bienfaitrice, courir à l'auguste sanctuaire pour lui rendre grâces fut tout à la fois pour le vénérable évéque le premier besoin de son cœur et pour tout le peu^de la preuve éclatante que cette visite surnaturelle n'était pas une chimère enfantée dans un cerveau égaré par la douleur.

Cependant la nouvelle du prodigieux événement arrive aux oreilles du gouverneur de la Dalmatie. Il accourt, prend les plus minutieuses informations, interroge, voit par lui-même; et enfin, pour s'assurer par une preuve matérielle et sans réplique delà vérité, il décide qo6

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quatre commissaires, choisis de sa main, partiront immédiatement pour la Palestine^ avec les plans et les di* mensions de la mystérieuse chapelle ; quMls s'assureront par eux-mêmes et quils diront sous la foi du serinent : i** si la maison de la sainte Vierge^ à Nazareth, connue de toute la chrétienté ^ a réellement disparu sans qu'on sache ce qu'elle est devenue ni quelle main l'a enlevée^ ^àles bases sont restées ; 3^ si leur figure et leurs dimensions cadrent avec les murs de la maison qui vient d'arriver 3 4^ si la nature de la pierre est la même; 5® si c'est identiquement le même genre de construction, en sorte qu'il soit impossible de nier que ces bases, restées à Nazareth, et la maison récemment apparue à Tersatz soient le même édifice en deux parties.

Les quatre commissaires^ également éminents par leur science et leur vertu, partent pour la Palestine. Ils s'adressent aux chrétiens de Nazareth, et leur deman* dent où est la maison de la sainte Vierge. Ceux-ci leur répondent en pleurant qu'elle a disparu depuis peu de temps, sans qu'on sache ce qu'elle est devenue ; qu'ils peuvent bien encore leur en montrer les fondations^ mais rien de plus; qu'ils ne peuvent imaginer comment on a pu enlever cette sainte maison sans laisser sur place autre chose que les fondements échancrés. Les commissaires sont conduits sur l'emplacement et vérifient de leurs yeux le récit des chrétiens. Pour remplir leur mandat, ils se mettent à prendre la longueur^ la laideur, les dimensions des fondements; étudient la nature de la pierre, le genre de construction, calculent le temps qui s'est écoulé entre la disparition de la maison et son arrivée ea Dalmatie. Tout se trouve d'une exactitude parfaite. Osécrivent leur témoignage, le rapportent au gouverneur, le confirment par un serment s(dennel et

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répètent vingt fois^ devant tonte la province^ ce qu^ib ont fait et ce qu'ils ont vu.

Le ftiit est constant : Tersatz a le bonheur de posséder la sainte Maison de Nazareth. La Dalmatie tout entière, la Bosnie, la Servie, l'Albanie, la Croatie, toutes les provinces semblent se vider pour répandre leurs habitants sur cette terre favorisée du Ciel. Mais, hélas ! ni les hommages des fidèles ni le dévouement du souverain ne purent fixer dansées lieux Tinestiniable trésor : trois ans et demi après son arrivée, la Maison de Nazareth disparut aux regards de ces chrétiens désolés.

Porté sur les mains des anges, le vénérable berceau de leur auguste Reine vint se reposer au milieu d'un bois de lauriers, dans le territoire de Recanati. Des prodiges nouveaux, qu'il serait trop long de rapporter, signalèrent sa présence. D'innombrables pèlerins accourus de toute l'Italie et de la Dalmatie le visitent, le reconnaissent et répandent des larmes, les uns de joie, les autres d'inconsolable douleur. A quelque temps de là on ne retrouve plus la sainte Maison; elle est venue se reposer à trois milles de la ville de Recanati, sur un petit monticule, dans le voisinage d'un grand chemin. La piété publique a pris un nouvel essor ; il n'est plus question que du nouveau prodige. Quatre mois après une autre translation s^accomplit; le mystérieux sanctuaire est trouvé au milieu de la voie publique qui conduit de Recanati au rivage de la mer. C'est là qu'il est encore aujourd'hui : c'est Lorette.

On demande sans doute pourquoi ces différentes translations, accomplies dans l'intervalle de quelques années. Que sommes-nous pour connaître les pensées de Dieu et pénétrer le secret de ses conseils? Cependant ne peuton pas répondre que, par ces différentes translations qui

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toutes s^encbaineni et se confirment, Dieu voulait donnef à ce prodige une telle évidence qui! fût impossible de le révoquer en doute? En effet, Tattention publique^ tout entière fixée sur ce prodige inouï, provoqua de nouvelles recherches^ ces recherches furent suivies de nouvelles preuves^ qui ont élevé la démonstration à ta dernière puissance.

En effet, Tétonnant récit de ce qui se passe sur le territoire de Recanati est communiqué au pape Boni^ face VIII. En cette circonstance comme dans toutes les autres, Rome agit avec la prudente réserve qui la caraotérise. Le Saint-Père ordonne à l'évêque de Recanati de prendre un soin particulier du précieux dépAt, dont il l'engage à faire de nouveau constater l'identité.

Le conseil du Pontife est un ordre; Tan 1296 une célèbre députation, composée de quatorze chevaliers, part de Recanati. Elle emporte les mesures et les plans du sanctuaire nouvellement arrivé à Lorette ; elle passe en Dalmatie, dont les habitants inconsolables montrent le lieu occupé naguère par la sainte maison. Les députés examinent avec soin la chapelle bâtie sur ce terrain d'après le modèle de celle qui , pendant plus de trois ans, y avait reposé. Ils appliquent à ce monument les mesures de la maison de Lorette, et ils trouvent une entière et parfaite conformité. Ils remarquent, en outre, que le même jour qui a vu disparaître le sanctuaire de Tersatz Ta vu paraître sur le territoire de Recanati.

Les chevaliers remettent à la voile et arrivent en Palestine. Ce qu'avaient fait cinq ans plus tôt les commissaires dalmates, la députation de Recanati le renouvelle avec une attention plus grande encore , s'il est possible. Existence des fondations, disparition des murailles, nature de la pierre, longueur, largeur, configura-

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tioD de Pemplacanent, tout est examiné^ comparé avec les plans et les modèles de Tersatz et de Lorette : l'identité est parfaite. A cette vae la joie éclate, les larmes coulent avec abondance; on repart , heureux de rapporter la certitude palpable que Lorette possède le plus précieux de tous les trésors; on arrive en présence du peuple et des magistrats, le témoignage est rendu sous la foi du serment; il est signé et déposé dans les archives de la ville y afin de perpétuer le souvenir d'un événement si digne d'être transmis à tous les âges. On le voit^ pour constater le prodige, la foi simple et wAvt de nos pères s'y prit exactement de la même manière que pourrait le faire la haute raison de TAcadémie des sciences ou l'esprit soupçonneux et défiant de notre époque ^

A la démonstration de la science le Ciel vint ajouter son témoignage. Outre le prodige perpétuel de l'apparition et de la translation du sanctuaire ; outre la guérison de l'évêque Alexandre et la révélation de saint Nicolas de Tolentin^ des miracles particuliers, palpables éclatent de tous côtés en confirmation du fait qui occupe tous les esprits. La foi publique est désormais fixée sur un fondement immuable comme le rocher. L'Europe entière s'émeut. Alors cette procession immense , solennelle qui, durant treize siècles, arrivait à Nazareth de toutes les parties de l'Orient et de L'Occident change son cours et se dirige vers l'heureuse colline de Lorette. Commencée il y a six cents ans, cette procession continue toujours; dans ses rangs elle a vu tout ce que le monde civilisé connaît de plus savant, de phis grand, de plus illustre, de plus saint ^ de plus auguste, mêlé à

> Voir, à la fin du volame , les pièces jostiâcatiyes.

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tout ce qu'il y a de plus pauvre et de plus naïf : les peuples et les rois, les empereurs et les impératrices , les papes eux-mêmes sont venus présenter leurs humbles prières et leurs magnifiques offrandes dans la bienheureuse maison de Marie, et accomplir solennellement h prophétique parole de la Vierge de Juda : a Désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse. »

Telle est en abrégé Thistoire de la sainte Maison de Lorette, que nous verrons demain '.

s ATrfl.

Impression. — Messe à la Sainte Chapelle. — DescripUoQ de l'église. — Da monament qui entoare la Sainte Chapelle. — De la Sainte Chapelle. — La Sacristie. — Le Trésor. — Le Palais apMtotti|iMi ^ — . La Pharmacie. — Les Dames da Saccé-Cour.

En remuant les preuves du miracle , Phistoire de la Santa Casatovme dans l'âme du voyageur, je ne sais quel indicible mélange de foi, de respect^ de crainte^ de confiance et de joie; il redoute et il désire le moment solennel où il lui sera donné de voir la grande merveille. Pénétrés de ce double sentiment^ nous franchîmes la porte de bronze de la basilique , et, l'œil fixé sur la Sainte Chapelle élevée au milieu du sanctuaire , nous allâmes nous prosterner au seuil de la porte. Là on ne vit plus que par le cœur; les sens se ferment^ et toutes les puissances de l'âme ^ absorbées dans un seul objet, s'é-

* L*hîstoire de la sainte Maison a été écrite en tout ou en partie për plus de cent cinquante auteurs de tous les pays et de toutes les conditions ; on peut consulter celle que vient de publier M. Tabbé Cailleau, 1 vol. J'ai suivi TorselUni, Giannizi et Antonio Gaudenti» archidiacre de Lorette. On peut aussi consulter Benoit XIV, de FestU, et la mblioteca EcclesUuHca de Zinelli,.t. m, p. 266,

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coulent en quelque sorte dans les sentiments qu^l ins* pire. Encore quelques instants^ et nous allions entrer dans ce sanctuaire profondément vénérable; et moi^ prêtre^ monter à cet autel où saint Pierre était monté et après lui tant de saints de l'Orient et de l'Occident. A la vue de ces lieux qui en furent les heureux témoins, le grand mystère de Tlncarnafion vous apparaît dans tous ses détails : les personnages sont devant vous ; ils s'animent^ on les voit, on les entend.

Il y a dix-huit cent quarante-trois ans-tin Archange resplendissant de lumière fut envoyé du ciel sur la terre pour apporter la plusgrande^ la plus consolante nouvelle que le genre humain puisse apprendre. Il descendit à Nazareth de Galilée, dans une pauvre petite maison. Et cette maison, la voici : je la vois de mes yeux , je la touche de mes mains.

Dans cette maison habitait une jeune vierge humble et modeste; elle y était née, elle y vivait, c'était la maison de ses pères; et cette vierge s'appelait Marie.

Et cette maison, la voici : je la vois de mes yeux, je la touche de mes mains.

L'Ange la salue avec un profond respect, et lui annonce le choix auguste que Dieu a fait d'elle, et Marie incline sa tête virginale, et le Verbe s'est fait chair dans son sein, dans cette maison.

Et cette maison , la voici : je la vois de mes yeux , je la touche de mes mains.

Et le Verbe divin qui créa le monde , qui Ta régénéré habita dans une forme visible parmi les hommes, soumis à Joseph et à Marie , vivant avec eux dans leur pauvre maison.

Et cette maison , la voici : je la vois de mes yeux, je la touche de mes mains.

MESSS ▲ LA &41NTfi-€UAP£LL£. 315

Voici la même porte dont il a si souvent franchi le seuil» les mêmes murs qui ont vu son travail , son obéissance , sa pauvreté^ qui ont entendu sa voix divine, la voix de son Père^ la voix de sa Mère ! Murs trop heu^ reox I parlez donc \ racontez au monde les ineffables mystères dont vous fûtes si longtemps les témoins.

L'heure de la messe étant venue , je montai à Tautel. Au moment de la consécration, les regards du prêtre tombent sur ces mots écrits m grosses lettres d'or sur le gradin de Tautel : hig verbum garo fagtumsst^ a c'est ici oue le VERBE s'est FAIT CHAIR. » Et le prêtre a prononcé les divines paroles , et le grand mystère s'ac« complit de nouveau ! 0 mon Dieu ! que le prêtre n'est* il Marie pour sentir dignement son bonheur I

Sous l'intelligente direction d'un pénitencier de Loretta, auquel nous étions recommandés, nous passâmes la journée à l'examen de la basilique et de la Sainte Chapelle. On entre dans la basilique par trois portes en bronze, plus remarquables encore par le travail que par la matière. Celle du milieu , plus haute et plus large que les autres, présente sur ses deux battants les principaux faits de l'Ancien Testament mis en rapport avec ceux du Nouveau : d'un côté, la figure et la prophétie; de l'autre , la réalité et l'accomplissement. Les pages de la grande épopée chrétienne qui n'ont pu être écrites sur la porte du milieu se trouvent sur les portes latérales, dans de superbes médaillons environnés d'arabesques. Gomme complément ou plutôt comme rayonnement des traditions sacrées, ces tableaux sont accompagnés de statuettes représentant les Sibylles. Â quoi vient aboutir toute cette longue marche des siècles anciens? Quel est le but de tous les oracles et de toutes les promesses? En s'élevant au*dessus de la grande porte, vers*

le centre du frontispice, Tœil aperçoit une magnifique statue en bronze de la sainte Vierge , tenant son divin Fils entre ses bras. Ce groupe divin , chef-d'œuvre du Lombardo , vous répond : C'est moi qui suis le commencement et la fin , Talpha et l'oméga de toutes les prophéties et de tous les événements du monde antique.

L^Église forme une croix latine , dont le centre est surmonté par une magnifique coupole , ornée d'une lanterne^ que le pèlerin salue de plusieurs lieues^ comme le navigateur salue le phare qui doit le diriger vers le port. La coupole, étiiicelante de riches peintures, recouvre la Sainte Chapelle, enrichie de marbres précieux d'où rayonne Tart catholique. Trois nefs partagent la basilique, environnée d'une ceinture continue de chapelles latérales. Dans les bas côtés de la grande nef on compte six chapelles à droite et six à gauche : trois dans chacun des bras de la croix et trois autres dans ce^ qu'on peut appeler la tête; ainsi douze autels semblent former une voie glorieuse pour arriver jusqu'à la maison de Marie , la reine des Apôtres; et neuf autres, images des neuf chœurs des anges dont elle est aussi la reine, Tentourent comme d'une couronne de gloire. Chacune de ces chapelles forme un musée, où la peinture et la sculpture ont multiplié des chefs-d'œuvre qu'il serait trop long de décrire.

Je dirai seulement que toutes c^ beautés pâlissent devant les magnificences du baptistère. Les fonts seuls ont coûté, selon Renzoli , quatre-vingt mille francs. Os sont formés d'un grand vase de bronze semi-pyramidal, soutenu par quatre anges et orné de statues et de basreliefs également en bronze. Tout ce qui , dans l'Ancien et le Nouveau Testament, se rapporte au baptême s'y

DESCRIPTION D£ l'ÉGUSE. 317

trouve rappelé/ Quatre statuettes d'un travail exquis sont aux quatre coins du vase. La première représentée Foi, avec cette devise : a Elle ne saurait être trompée , Nescia falii; » la seconde^ l'Espérance avec ces mots : « Elle ne saurait être ébranlée, Neseia flecti; » la troisième^ la Charité; avec cette inscription : a Elle ne saurait être divisée j Wescia scindi; » la quatrième, la Persévérance , avec cette légende : « Elle ne saurait être brisée, Neseia frangi. o Voilà bien les merveilleux effets du baptême et les grands caractères du chrétien. Audessous de ces statues sont quatre médaillons qui approprient ce superbe baptistère à Téglise de Lorette. On peut y suivre les diverses stations de la Santa Casa, d'abord traversant dans les airs la mer Adriatique, puis s'arrétant dans le bois des Lauriers, pour passer de là dans les terres des deux frères de Recanati y et venir enfin se fixer dans le lieu où elle repose aujourd'hui.

La grande nef s'élève majestueusement et se recourbe avec art^ pour former une voûte où paraissent en clairobscur différentes images de prophètes de la main de Luc Signorelli et du Pomarence. A ce dernier et à son école sont également dues les fresques si gracieuses de la coupole. Au milieu des anges et des vertus , la reconnaissance a fait écrire par la main du génie le souvenir des bienfaiteurs de la basilique. Seize anges soutiennent les armes des papes et des cardinaux protecteurs. Sur les deux pilastres du grand arceau qui séparent la nef de la coupole on voit , à gauche , les armes de la maison d'Autriche ; qui a donné toutes les grandes poutres qui soutiennent la couverture de l'Église ainsi que tous les sapins et les mélèzes qui s'y rencontrent ; et à droite celles de la maison Farnèse , qui s'est également distinguée par sa libéralité envers l'auguste basilique.

3i8 LES TROlS ROME.

E^fin nous voici en face de la Sainte Chapelle. Un revêtement de niafbre de Carrare du plus beau grain en recouvre les murailles sans les loucher. Sur toutes les faces ^immortel ciseau de Cioli, de Raniero di Pietra, de François del Tadda, de Jérôme Lombai^d , du chevalier délia Porta, de Bandinelli, de Sansovino a sculpté les événements et 1^ personnages qui ont annoncé le mystère de Tlncarnation. Une superbe colonnade d'ordre corinthien entoure le monument. Entre chaque couple de colonnes est une double niche , la première pour les Prophètes , la seconde pour les Sibylles qui ont chanté les gloires de la Vierge^Mère. Plus haut sont des cou-ronnes et des figures angéliques y symboles de la gloirt) et de la puissance de Marie.

Sur la partie latérale qui regarde le nord on volt en premier lieu la Sibylle hellespontique , dont voici l'oracle : c< Un jour que j'étais occupée de diverses j)cn8ées5 j^ai vu une Vierge élevée, à cause de sa chasteté, à un sublime honneur. Le Très-Haut Ta jugée digne de cet auguste ministère ; elle donnera au monde un rejeton éclatant d'une glorieuse splendeur; car il sera vraiment le Fils glorieux du maître du tonnerre; il viendra gouverner le monde dans une profonde paix *. » Plus bas est le pit)phète Isaïe rendant cet oracle conforme au premier : « Voilà qu'une Vierçe concevra et enfantera

' Dum meditor quœdam , vidi decorare puellam Eximio castam quod se servaret honore ; Munere digna suo et divino Numine visa, Quae sobolem mundo pareret splendore micantem ; Progenies summi speciosa et vera Tonantis Pacifica mundura qui sud ditione gubernat.

Canisius, de Beaia Viry,, lib. u» c. 7.

BU REVÊTEMENT DE LA SAuilE CHAPELLE. 319

uaFils, et son nom sera Emmanuel ^ o Vient ensuite la superbe porte en bronze coulée, ainsi que les trois autres^ par Jérôme Lombard^ sous le pontificat de saint Pie V, et surmontée de la Nativité de la très-sainte Vierge reçue dans le monde par les sept Vertus qui devaient la distinguer : l'Innocence, la Fidélité, TObéissance, THumilité, la Modestie, la Charité et TAmour de la retraite.

Entre les deux colonnes du milieu , voici la Sibylle phrygienne et le prophète Daniel. La première a rendu Foracle suivant : « C'est dans le sein d'une vierge que Dieu lui-même a voulu faire descendre d'en haut sou propre Fils, que l'Ange viendra annoncer à cette auguste Mère '• » Le second a fixé l'époque du glorieux événement : « Les soixante-dix semaines ont été abrégées^ afin que l'iniquité soit détruite^ et que le Saint des saints reçoive l'onction ^. »

La seconde porte, en bronze comme la première, représente d'abord le mariage de la sainte Vierge, puis le portement de la Croix et enfin la mort de Jésus au Calvaire. Comme plusieurs autres , ces bronzes sont presque usés par les pieux baisers des fidèles.

Les deux dernières niches du côté septentrional sont occupées par Ja Sibylle de Tivoli et par le prophète Amos. La Sibylle semble répéter encore : « J'ai pu montrer cette Vierge sainte, dont le sein concevra dans

' Ecce virgo concipiet et parlât Filium , et vocabitur nomeii ejus Emmanuel. — Isai., vu, 14.

' Virginis in corpus volait demittere cœlo Ipse Deus Prolem , quam nuntiat angélus almae Matri.

Canisius , de Beata Firg. , lib. ii.

^ Septuaginta hebdomades abbreviatœ sunt, ut deleatur iniquités et ungatur Sanctus eanctorum. — Dan,, ix, 24.

390 LIS TBOIS BOMB.

le pays de Nazareth celui qui , Dieu dans la chair, se fera voir dans les champs de Bethléem ^ » Le Prophète répond par cet autre oracle : c Dans ce jour, j'élèverai le pavillon de David '. »

Les grandes destinées de Marie nous sont connues par les oracles des prophètes d'Israël et des prophètes de la gentilité: passons à Taccomplissement des faits. Au milieu de la façade occidentale qui regarde lainef parait Pétroite fenêtre par laquelle entra l'ange Gabriel pour annoncer à Marie sa gloire et le bonheur du genre humain . Au-dessousest'un autel consacré aumystère du Verbe fait chair; au-dessus brille un superbe bas-relief représentant TÂnnonciation de la très-sainte Vierge. Ce chef-d'œuvre est dû au ciseau de Sansovino. Sur les parties latérales de la fenêtre on voit, à gauche^ la Visite de |Marie à sa cousine Elisabeth ; à droite , le Voyage à Bethléem.

Du côté de l'évangile ^ voici la Sibylle de Libye qui chante : « Le jour arrive où le prince de l'éternité, éclairant la terre réjouie, effacera les crimes des hommes. Il fera justice à tous. Le Roi saint, qui vit dans tous les siècles, viendra se reposer dans le giron de la Reine du monde *. » Au-dessous est Jérémie, dont l'oracle est encore plus explicite : a Le Seigneur a créé sur la terre

' .... Sanctam potoi monstrare puellam , Concipiet qus nazareis in finibus illum Quem sub carne Deum betblemitica rura yidebunt.

Gaxisius, deBeata Virg,^ lib. ii.

' In die illa suscitabo tabemaculum David. — Amos, ix , U .

^ Ecce dies veniet quo fletemus tempore princeps , Irradians sata laeta , viris sua crimina tollet , iEquus erit cunctis : gremio Rex membra reclinat Beginœ mundi sanctus per sascula vivus.

Canisius, de Beata Virq,, lib. ii.

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