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LE TRÉSOR

montres, de bagues, de croix^ de statues, de vases, d'osteusoirs, de couronnes, de colliers, de rosettes, de lampes, d'encensoirs, de bassins et d'autres objets précieux. Nous remarquâmes en particulier les calices d'or donnés par Murât et par le prince Eugène. N'est-ce pas un beau spectacle que celui de toutes ces richesses offertes par les pontifes et les rois, par les princes et les chrétiens de tous les pays au Dieu fait pauvre pour nous sauver, et à la douce Vierge qui en devenant sa Mère est devenue la nôtre et la' dispensatrice de tous les trésors du Ciel? Quel plus noble, quel plus utile usage l'homme, vassal de Dieu, peut*il faire des biens qu'il a reçus que d'en consacrer une partie à payer le tribut sacré de la soumission et de la reconnaissance? Au nombre de ces riches offrandes figurent encore deux étendards pris sur les Turcs à la bataille de Lépante. On aime à voir dans toutes les églises d'Italie consacrées à la sainte Vierge les trophées de cette victoire, qui sauva la chrétienté et que, d'une voix unanime, le Pontife qui ordonna l'expédition, et le grand capitaine qui la conduisit, et les généraux qui combattirent sous ses ordres, et l'armée, et le peuple attribuèrent à la toutepuissante Reine des hommes et des anges.

Vingt armoires sont veuves des dons de la piété. Humiliant souvenir ! Pourquoi faut-il que le voyageur français soit obligé de reconnaître pour auteurs de cette spoliation sacrilège ses trop coupables compatriotes? Rentrés à la Sainte Chapelle, nous fimes amende honorable pour cette patrie si chère, en suppliant la Mère des miséricordes de tout oublier, excepté que la France est son royaume : Regnum Gallix regnum Mariœ.

Au sortir de l'église, nous visitâmes les salons du palais apostolique, véritable musée où la richesse des ob-

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jets le dispute k la perfection du trarâîL La pbanAaeie sacrée off^ ensuite à Tadmiration du voysgeiir les trois cent quatre-vingts vases peints sur les dessins de Ra* phaël, de Jules Romain . de Michel- Ange et d'autres ar« tlstes également célèbres. Ils peuvent se diviser en quatre classes : la première renferme les événements les plus mémorables de TAncien et du Nouveau Testament ; la seconde, les exploits des anciens Romains ; la troisième^ les métamorphoses d'Ovide; la quatrième, des jeux enfantins. Au rapport d'un historien, la reine Christine de Suède les estimait plus que toutes les richesses renfermées dans le trésor de Lorette; «car, disait-elle, les pierres précieuses ne manquent pas ailleurs; mais où pourraiton trouver une si nombreuse et si admirable collection ■ 1 n La journée finît par une visite aux Dames du Sacré* Cœur établies à Lorette depuis quelques années. Puisse la très-sainte Vierge bénir leur établissement et accepter en compensation des vols sacrilèges commis dans son sanctuaire par des mains françaises les prières et les travaux des nobles filles de la France qui consacrent sons ses yeux leurs talents et leur vie à lui former autant de sanctuaires vivants qu'elles comptent de jeunes personnes confiées à leur pieuse sollicitude !

* Bartolî, t$t. di Lor.y c. 20.

MESSE A L'ACrtKL VÈ L'ANNONCIATION. 331

4t AtHl*

NMttà Itetel dt riiwûaeiatloit» - Ai^^fe dei HMni. -^ Us Dtl« maketi leqri prière», — Nouveau Vettnrioo. — Contrat. - Départ de Lorette. — Ancôoe. — Arc de Trajau. — Catliédrate. — Sarcophage de Copooitidfl. ^ Histoire et eooTenion de la jeune Annina Cos« tAoUiii.

Le âS mars tombant eeite année le Vendredi Sainte la fête de rAnnonciation de la sainte Vierge se trouvait remise aa à avril. Grâce à cette circonstance^ j'eus le bonheur de célébrer ^ le jour anniversaire du grand mys« tère^ l'auguste sacrifice sur Tautel de l'Annonciation^ Ciomme je Vai dit^ cet autel est placé au-dessous de la fenêtre môme où dix-huit siècles plus tôt Tarchange G»* •briel, replendissant de lumière, apparut à Marie, et lui dit ; Je vous salue, pleine de grâce, La translation de la fête nous procura une autre jouissance. De tous les lieux en«> vironnants, les populations arrivaient, bannières en tête, au chant des litanies f pour célébrer le joyeux mystère , ftUciter l'auguste Vierge et lui offrir le tribut de la ten*' dresse la plus filiale. Bur le seuil de la basilique , les pieuses prooessions tombaient à genoux et montaient ainsi la vaste basilique, dont le pavé recevait leurs larmes abondantes, tandis que les voûtes répétaient leurs prières et leurs chants. Arrivés au dernier degré qui tx)nduit à la Sainte Chapelle , les pèlerins faisaient k genoux le tour de l^édifiee, &a suivant le soubassement de marbre qui supporte les magnifiques sculptures. Or , je l'ai vu, ce chemin de marbre est creusé , sillonné par les genoux des fidèles; les pieuses sculptures, les crucifix en brouio sont usés par leurs baisers brûlants. Comment assister à un pareil apectaole sans être profondément ému

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de la foi tendre et vigoureuse de ce bon peuple? Les communions furent innombrables.

Mais ce qui nous toucha -jusqu'aux larmes, c'est une nombreuse caravane de Dalmates, avec leur costume si pittoresque et si simple , qui avaient passé l'Adriatique pour venir ^ suivant un usage six fois séculaire^ visiter leur Vierge , la prier et lui adresser de tendres reproches. A genoux devant la Sainte Chapelle, les mains étendues, les yeux baignés de pleurs, tantôt élevés au ciel , tantôt fixés sur la sainte image , ils ne cessaient de dire à haute voix : « Revenez à nous , ô belle Damel revenez à nous, ô Marie , avec votre sainte Maison * ! b Et pendant des heures entières c'étaient les mêmes paroles et les mêmes larmes. Ce langage, démonstration éloquente d'un regret étemel , tous les siècles l'ont entendu.

<x J'ai vu en l'année 1559, écrit le P. Riera, plus de troiscents pèlerins de cette contrée, avec leurs femmes et leurs enfants, arriver à Lorette , portant des flambeaux allumés, s'arrêter d'abord à la grande porte, où ils se prosternèrent pour implorer le secours de Dieu et de sa sainte Mère; puis tous à genoux , rangés en ordre par leurs prêtres, qu'ils avaient amenés avec eux, ils entrèrent ainsi dans le temple en criant d'une seule voix dans leur idiome naturel : « Revenez^ revenez à Fiume, ô Marie ! Marie, revenez à Fiume.... Marie !... Marie!... Marie !...^ » Leur douleur était si vive et leur prière si fervente que je cherchais à leur imposer silence, craignant que de si ardentes supplications ne

' Ritorna a noi, bella Signora; ritoma a noi, o Maria, colla tua casa.

* Revertere , revertere Flumen , Maria ; Maria , Flumen revertere! 0 Maria.... Maria! Maria!.... Htol. Lorvt., c. iv.

NOTJYEÀV YETTVRINO. 333

fassent exaucées et que la Sainte Chappelle ne fût enlevée à ritalie pour aller à Tersatz reprendre son ancienne position. »

J'ajouterai que^ pour favoriser et récompenser la dévotion de ce bon peuple^ les souverains Pontifes fondèrent à Lorette un hospice destiné à plusieurs familles de la Dalmatie qui n'avaient pu se déterminer à retourner dans leur pays en quittant la Vierge de Nazareth^ regardant désormais comme leur patrie le lieu qu'elle avait choisi pour sa résidence. De là naquit la célèbre compagnie du Corpus Domini, appelée pour cela des Esclavons jusqu'au pontificat de Paul III *•

Pour nous, moins heureux que ces bons Dalmates , il fallut nous éloigner. Adieu , pauvre maison de Nazareth^ plus belle aux yeux du chrétien que tous les pa- Mais des rois^ nous vous quittons , hélas! peut-être pour toujours ; mais jusqu'à la mort vous serez à la tète de nos plus chers souvenirs.

Nous primes à Lorette un nouveau vetturino pour nous conduire jusqu'à Venise. Un acte, renfermant toutes les clauses et conditions réciproques, fut passé en bonnes formes et signé par les parties contractantes. Cette précaution n'est pas inutile ; elle prévient les contestations^ et en tout cas donne au voyageur un moyen légal de se faire rendre justice *.

' Hist. de Notre-Dame de loreitey p. 20. ^ Voici le texte de cette pièce , qui peut servir dans Toccasion :

Loreto, a'di d'aprile 1842.

Fra il signore canonico N. e Giovanni Rochetti , vetturino, è ' convenuto quanto siegue :

1° n vetturino sopradetto s'obbliga a portare il detfco signore

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De Lorette à Ancône on compte six lieues. Le psys^ trës-aecidenté, offte de beaux points de vue, et une culture intelligente faittoujours de Tancien Picenfêtn lejardiu de l'Italie. Ancône compte vingt mille ftmes^ y compris cinq mille juifs . la plupart fort riches et quelques-uns même opulents. Le port est magnifique , et les Ancônais passent pour les meilleurs marins de l'Italie. La Tille, adossée à une montagne^ est couronnée par une forte citadelle. Entre les monuments profanes^ on admire Tare de triomphe de Trajan, tout en marbre de Paros , et le plus beau qu*ily ait au monde *. Les parties joignent si par* faitement qu'elles ne semblent faire qu'une seule pierre. Ce superbe monument est un témoignage de la reconnaissance des Ancônais pour Tempereur qui avait agrandi leur port. Du côté de la mer, entre les deux colonnes,

oanoniro con tre suoi compagni , da Leveto a Veneasia , ira dnque giomi.

s*" U vetturiao provve^rà un boon tegno con due buoni ca-

valli , cbe non pQtrà caml^iare seoiza U pesrmesso del signore canonico et de' suoi compagni.

3° Il vetturino dovrà fornire la collazione , il pvanzo, o almono due camere a tre letti per i quatro viaggiatori .

4^ Il vetturino dovrè andar sempre a buoni alberghi , partendo 0^ nattina di buon ora pat anrivareogni gfiomo prima di aotte air albergo ove dovrasi pernottare.

à"* Tutte le spese d'ajuti nelpassagio di ûumi, ponti, montagne, come quelle di dogana saraimo a carico del vetturipo conduttore.

6^ U signore canonico e suoi compagni s'obbligano a pagare dîeci scudi a testa al fin del viaggio, la buona manda resta alla lora facoltà.

E per Tosservanza di cio si sono volontariamente sottoscritte ambo le parti . wme appresso .

N. canonico,

Giovanni Roc^kiti.

k9fi m TiuUAN. 335

OQ Ut \m d#u« iQ«oriptioiis «uivfmtos^ se rapportaoi Tune h la femme^ l'autre à la aœor de Trajai) :

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