‹ Les trois RomeChapitre 44 sur 75 · SAINT ANTOIKE DB PADOUE. 3S · texte numérisé non relu

SAINT ANTOIKE DB PADOUE. 3S

eonoaissante : de là le petit sanctuaire dont voici Vongiœ.

Au quatrième siècle était née dans TOrient la secte impure du manichéisnie. Cachée longtemps en Bulgarie, cette hérésie, la plus dangereuse qui ait désolé le moyen âge , s'était tout à coup répandue en Europe à la fin du douzième siècle. Sous les noms d'Albigeois et de Patarins^ ses sectateurs infectaient de leurs mortels poisons les villes et les campagnes. Pour combattre cette béte hideuse , la Providence suscita les deux grands patriarches saint Dominique et saint François» avec leurs enfants. De toutes les villes de la Romagne, Rimini était peut-être la plus malade. Saint Antoine de Padoue , le thaumaturge de Tépoque , fut chaîné de la guérir : sa réputation l'avait devancé. Sentant bien qu'ils étaient vaincus si on allait Tentendre, les hérétiques résolurent de ne point se rendre à ses sermons. Le saint monte en chaire , et tout le monde se sauve; Téglise devient déserte ou à peu près. Il ne se décourage pas ^ et revient le lendemain en protestant qu'il prêchera ^ n'eùt-il pas un seul auditeur. Les Patarins comprirent que la curiosité finirait pas entratner quelques défections dans leurs rangs; ils résolurent donc de tuer le saint. Antoine l'apprend et se renferme dans sa cellule , passant les jours et les nuits dans les jeûnes , la prière et les actes de la plus effrayante macération.

Au bout de quelques jours ^ enflammé de l'eqprit de Dieu^ il sort et va droit sur le rivage, de l'Adriatique^ à l'endroit où la Marecchia^ qui passe à Rûnini^ se jette dans la mer. Debout sur la plage^ il appelle à haute voix les poissons pour célébrer les louanges de leur Créateur, puisque les honunes refusent de les entendre. Un grand nombre d'habitants ()ue la curiosité avait conduits sur

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les pas da saint on qui se trouvaient là peur se pMma* ner, le traitent de fou, et^ en attendant y s'arrêtent prar voir ce (^ui arrivera. A l'instant les flots s^agitent, et à hi surface apparaissent des troupes innombrables de poissons , rangés en bel ordre ehacun selon son espèce. Les plus petits sont plus rapprochés du saint, les aihtres s'échelonnent en suivant et forment un grand aniphilbéàtre. Élevées au-dessus de Teau^ leurs tètes, variées de formes et de couleurs ^ ressemblent à un tapis de perles sur l'azur des flots; tous paraissent attentife.

Le saint leur fhit alors un magnifique disooors : il leur rappelle les bienfaits particuliers quils ont reçus du Créateur^ la variété et la beauté de leurs espèces ^ lagrftoeet l^ilité de leurs mouvements^ l'avantage de leur élé^ ment^ où ils ne tombent pas par fetigue comme rokeiiu voyageur sur le navire ou le quadrupède sur la terre) k sûreté de leur habitation, également à Tabri delà foadre et de la grêle; Tabondanoe et le choix de leur neur* riture ; leur multiplication merveilleuse, qui n'exige ni les soins delà mère ni le lait d'une nourrice; le privilège d'avoir été entre tous les autres animaux préaer^ ào ^extermination générale au temps du déluge. U leur reâà l'honneur qu^ils ont reçu plusieurs fois d'être employés par leur Créateur lui-même à difMrentsofBces, sauver Jouas ^ guérir Tobie , remplir les filets des Apôtres du Fils de Dieu, et de s'être multipliés dans les naim de Jésus-Christ pour rassasier la fovile 4n désert; de lui avoir fourni la pièee de monnaie pour payer le tribut et sa nourriture favorite pendant sa vie mortelle; de ravoir vu marcbersur leur élément et enfin choisir leurs pêcheurs pour en foire des pêcheurs d'hommes.

On dirait que ces animaux le comprennent, tant est grande leur attention, tant sont vife lesa^laudissemeots

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qci% denneni à ses paroles toit en levaoi la tâle, soit m ouimnl leur booeha '. 9i les assittaet» furent sUipé<fiiils à la vue d'qn pareil prodige^ il n^est pas besoin de kéke. Dès le (^mmefieement pIosieuFsont couru, hors dlialeine^ sur la plaee publique anttonçant ce qui se passe I et Rimini font entière s'est Tidée pour veoir au rifage. Alors le saint rend grâces à Dieu et dit quil est plus honoré par les poissons que par las hommes béré^ tiques et infidèles. Puis , bénissant son VfkneX auditoire es^ faisant le signe de la croix ^ il le congédie; et tous les poissons, agitant leurs ailes, remuait leurs queues et baissant leurs tMea, se plongent danq les Aots et dispa*^ raissent. Un semblable miracle fait tomber tout e$ peuple à ganouTi et répandre des torrents de larmea« l^ saint profite de cette disposition pour montrer, aveo oelte él^ qaenee de feu dont il est doué, la Baalice énmvme di| péehé et surtout de l'héiéaie : presque tous se oonver^ tissent à Tinatimt.

Un petit nombre tout^is restèrent oba^nési. Au premier rang était un certain BonviUo, chef de secte. Sdt quil ne fût pas présent au miracle, soit quHl voulût jouer l^esprit fort^ il se moquait de ceux qui s'étaient tm^ vertis poor avoir vu> disait-il , cinq ou six poissons arlélés pfr hasard sur le bord de la nier. L« pensée lui vint de ruincfr la réputation du saint en lui demandait un Bouveau miracle^ qu'il regardait comme impossible ; « Il serait indécent, lui ditril, pour Jésus-Christ d'être dans l'Eucharistie sous les espèees du paii), ausii n'y est^il pas; et pour t'en convaincre je veux te le faire prouve? par mon ftne. Tu lui présenteras ton p^iq sacramentel ^

^ Le Guerchin a irnuKurtalisé ce miracle dans le supa^JM tableau ^ ss voit au palais B(»^hè9e, h Rome.

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et nous verrons s'il Tadore. » En «itendant un pareil blasphème, le saint est saisi dliorreur; toutefois^ ins» pire de Dieu , il accepte le défi et marque le jour de l'épreuve. Les hérétiques Tattendent d'un air de jubilatioDi et chantent déjà leur triomphe ; les cathdiques trenn blent^ n'ayant point encore pour le saint la confiance et Testime qu'il méritait. Néanmoins le miracle des poissons soutient leur courage. En attendant^ le saint jeûne, prie et ne doute pas de l'assistance divine : toute la ville est «n suspens.

Le matin du jour fixé^ Antoine célèbre la sainte Messe, vient sur la place puUique avec le saint Sacrement^ accompagné de ses religieux , et s'arrête devant la maison de Bonvillo. Celui-ci s'avance d'un air méprisant avec sa béte de somme , à laquelle y depuis trois jours y il n'a pas donné de nourriture. Arrivé devant le saint Sacrement, il lui présente de l'avoine. Le saint adresse quelques mots au peuple immense qui l'entoure et lui dit d'avoir foi et dévotion à Notre-Seignenr; puis^ d'une voix sonore^ il appelle le stupide animal, et lui commande de venir adorer son Créateur caché sous les espèces sacramentelles. A cet ordre, la béte de somme laisse l'avoine , s'avance , se met à genoux, baisse la tête et demeure dans cette attitude respectueuse jusqu*à ce que la sainte hostia soit reportée dans l'église. Le moyen de nier un miracle de cette force, accompli squs les yeux de tout un peuple? Aussi le triomphe des catholiques et la confusion des Patarins furent ce qu'ils devaient être. Bonvillo, stupiéfait, interdit, touché delà grâce , abjure l'hérésie avec d'autant plus de glohre pour la vérité qu'il avait été plus opiniâtre et qu'il était, de ous les manichéens, le plus accrédité et le plus puissant, n passa le reste de sa vie dans la pénitence, et mourut

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en laissant de grandes espérances pour son salut '. Nous sortîmes de Rimini par la porte de Saint-Julien. On traverse la Marecchiasur un magnifique pont de marbre, chargé d'ornements et construit par les empereurs Auguste et Tibère. En cet endroit s'opère la jonction des deaK anciennes voies consulaires , ^Ëmilia et Flaminia^ qui reliaient à Rome le nord de Tltalie. A quelques lieues plus loin nous passâmes , aussi braves que César, le fameux Rubicon. Sous l'humble nom de Pisciatello qui reconnaitrait la petite rivière sur les bords de laquelle se décida le sort de la république romaine ? Plusieurs prétendent qu'en cet endroit le Rubicon s'est trouvé réuni au Pisciatello et que, pour trouver le fameux ruisseau, il faut se rapprocher un peu plus de Savignano. Quoi qu'il en soit, pour peu que l'imagination vienne en aide à la mémoire, on voit Jules César debout sur la rive opposée du torrent; inquiet, troublé , il hésite, puis tout à coup il s'avance en jetant à son armée et à l'histoire le mot fameux : Jacta sit aléa. Pourquoi cette hésitation? Chacun sait que le sénat , jaloux de la liberté de Rome , avait défendu, par un décret solennel, à tout général revenant en Italie avec une armée ou un corps d'armée de traverser cette rivière sans avoir auparavmit déposé les armes et les étendards. Le Rubicon était la limite de l'Italie et de la Gaule cisalpine. En le franchissant César encourait toutes les peines portées contre les ennemis de la patrie. Ainsi se préparait le moment où la liberté romaine devait faire place à la volonté d'un seul; moment unique dans l'histoire , où le despotisme , élevé à sa plus haute puissance, devait lutter corps à corps avec la liberté reparaissant dans le monde sous la

' Fila di S. Antonio, lib. 1, c. 9, p. 40-45.

figure de douze pécheurs envoyés par le Dieu du Calvaire.

Laissant à gauche Césène, patrie de Pie VI et de Pie VH, ainsi que Forli, Forum Livii, bâti par Livius Salinator après la défaite d'Asdrubal, nous saluâmes Faënza , particulièrement chère aux Nivernais, qui lui doivent le nom et le secret de leur productive industrie. Honneur donc à Faënza et à celui de ses habitants qui nous apporta Tart de fabriquer la faïence ! Ensuite Gervia nous offHt à déjeuner et nous montra ses montagnes de sel marin. Bientôt la Pignata , se dessinant comme un point noir k rhorizon, nous annonça le voisinage de Ravenne. La Pi* gnata est une forêt de pins qui a environ douze milles de longueur sur quatre de largeur. On comprend de quelle importance elle était pour les Romains , qui tenaient à Ravenne une des trois stations maritimes de Fempire.

Cependant il vint un jour où le bruit des haches et les cris des bûcherons cessèrent de se faire entendre , les échos de la forêt ne redirent plus que des chants et des prières. Ce qu'était devenu Cîteaux à la voix de saint Ber* nard , la Pignata le devint à la voix d'humbles religieux, dévoués à la civilisation par le double labeur de la péni* fence et de la prière. Au centre de la forêt s*éleva, dès le sixième siècle , le monastère gracieusement appelé Notre-Dame de la Palazziola ou du Petit-Palais. Plein de confiance dans l'intercession de ces anges de la terre, Jean IX, archevêque de Ravenne, leur donna des terres et et des revenus à la double conditen de priep pour lui ^ afin d'bbtenir de Dieu la rémission de ses p^hés^ et de Rourrir à perpétuité cinquante pauvres le jour de «» décès*.

' Uiit. de l'ordre de SainUBemlt y t. il, liv. v, c. 73, p. 802. La charte est de Tan a^e.

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