MONASTÈRE DE CLASSE
Plus que jamais , Ravenne mérite le nom de marécageuse^ que lui donnait déjà, il y a quinze siècles^ Silius Italicus. Des afTaissements successifs ont comblé son magaifique port. Les riantes campagnes qui firent sa gloire et sa richesse sont changées en marais dont l'étendue égale celle des marais Pontins. Trois milles avant d'arriver on trouve, isolée au milieu de cette triste solitude , la grande et antique église de Saint-Apollinaire. Le célèbre couvent de la Classe y est joint , habité jadis par les Fils de saint Benoît et donné depuis aux Enfants de saint Romuald. Ici était autrefois le port de Ravenne et par conséquent la flotte romaine, Classis, Le voisinage de ce lieu, si fréquenté, donna naissance à un vaste faubourg y ou pour mieux dire à une petite ville qui prit le nom de Classe, ainsi que le monastère. L'importance de Ravenne fixa l'attention de saint Pierre; le conquérant de l'Italie envoya, pour la soumettre à l'Évangile, un de ses disciples nommé Apollinaire. 11 vint, il prêcha, il vainquit, et, comme tous ses frères, il mourut enseveli dans son triomphe. Évéque et martyr, saint Apollinaire fut déposé à Classe, près des murailles du port. En 529, Jean, archevêque de Ravenne, bâtit sur son tombeau une magnifique église et un monastère , dont les religieux chantaient Toffice devant les reliques sacrées du bienheureux martyr. C'est, pour le dire en passant , de ce monastère que partit l'abbé Jean , chargé de porter à Charlemagne-le Sacramentaire de saint Grégoire, que le grand empereur avait fait demander au pape Adrien par Paul , son ambassadeur.
Bien qu'endommagée par l'eau des marais, qui salprête les murailles, l'église de Saint-Apollinaire offre de nombreuses traces de son ancienne magnificence. L'architecture romano-byzantine est d'un très-beau carac-
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tère ; autour des nefs soat rangés les tombeaux en marbre des archevêques de Ravenne. Le chœur ou Tribma est orné de précieuses mosaïques. Ces peintures, dont la solidité n'a su braver quMmparfaitement l'action deVair salin , datent de la fin du sixième siècle , et représentent, sur la frise, Notre-Seigneur en demi-figure, couvert d'un manteau violet et placé dans un médaillon. À droite et à gauche sont les figures emblématiques des quatre Évangélistes. A la partie supérieure de la voûte parait la main divine se détachant d'une riche bordure ; plus bas brille une croix perlée , au milieu d'un cercle dont le champ et la circonférence sont parsemés de quatrevingt-dix-neuf étoiles d'or. Les deux lettres A et 12 sont à l'extrémité des deux croisillons ; au pied de la croix on lit : SALYs MVNDi ; au-dessus de la této les sigles suivants : I. M. D. j. G. Immolatio Domini Jesu Christi. Il est donc évident que cette croix glorieuse est l'emblème de Notre-Seigneur transfiguré, puisqu'on voit à droite Hoise et à gauche Élie , ayant au-dessous d'eux trois brebis représentant les trois apôtres témoins du miracle.
Immédiatement au-dessous de la croix se trouve saint Apollinaire. Le glorieux martyr est debout , décoré du pallium blanc, revêtu de la chasuble d'or. Le nimbe circulaire entoure sa tète glorieuse, à gauche et à droite de laquelle on lit : sângtus afolenarts. Le saint a les mains étendues dans l'attitude de la prière. Au-dessous de lui sont douze agneaux, six à droite et six à gauche, qui viennent vers leur illustre berger. Le reste du champ est plante d'arbres du meilleur effet. En descendant audessous du grand cadre , on voit à droite un groupe aujourd'hui tellement détérioré qu'il est indéchiffrable; à gauche un autre groupe, où Ton remarque Théodoric, roi des Goths , recevant en otage le jeune Justinien pré-