‹ Les trois RomeChapitre 47 sur 75 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

posés ici par les générations chrétiennes depuis Aix*

hait siècles?

Au milieu de cette longue procession , voici venir deux pèlerins qui surpassent les autres par leur pieuse ferveur. Le premier est un enfant de Ravenne. Il s^appelie Romuald; il est fils de la plus noble famille de la ciié^ il porte un cœur où bouillonne l'amour du plaisir, et son front est marqué d'une tache de sang. Hier il vit tuer en duel par son p^e un de ses proches parents. Il a fui, il vient demander grâce devant le tombeau du saint Apôtre de sa patrie. Pour quarante jours il s'enferme au monastère; il prie , il gémit, il punit sa chair, jusquelà rebelle, par de sévères austérités. Un frère coavers lui a été donné pour le servir; et avec la nouniture du corps le frère sert à son jeune hôte les aliments de l'âme. Romuald Técoute; et quand il est seul il s'en va méditer ce qu'il vient d'entendre devant le tombeau du martyr. Les os de l'Apôtre prophétisent , une voix se fait entendre; Romuald s'est dit : Moi aussi, je serai martyr, martyr de la pénitence. L'engagement en est pris devant cette tombe où nous sommes prosternés : bientôt le monde aura une merveille de plus. Romuald plantera une pépinière de saints encore florissante : le tombeau de saint Apollinaire sera le berceau des Camaldules. Cela se passait à la fin du dixième siècle.

Le second pèlerin est un homnie du Nord , à la stature gigantesque , aux formes athlétiques et pour qui toutes les lois sont à la pointe de son épée; sur son front brille le diadème de César; du pied il a écrasé le pauvre et le petit; l'or et le sang des provinces ont alimenté ses vigoureuses passions. Et voilà qu'un jour le loup est changé en agneau; les religieux de Classe voient à la porte du couvent un pauvre étranger qui demande timi-

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dément la grâce. de venir faire pénitence parmi eux. Frère, soyez le bien-venu; et ce frère inconnu est introduit. Il étonne ses hôtes eux-mêmes par la ferveur de sa prière et la grandeur de ses austérités : ce frère était Tempereur Othon HI. Différence entre notre siècle et le moyen âge : ici et là de grandes fautes; mais là de grandes expiations, ici Timpénitence et le suicide. Quelle 'époque préférez-vous ?

Agrès une dernière prière devant le miraculeux tombeau, nous partîmes pour Ravenne. Colonie deThessaliens, occupée tour à tour par les Étrusques, les Sabins, les Gaulois sénonais, les Romains, Ravenne, après le partage de l'empire , échangea le sceptre contre les fers qu'elle avait si longtemps portés. Elle devint la capitale de l'empire d'Occident. Toutefois son règne ne fut pas de longue durée ; aux empereurs succédèrent les exarques, et bientôt elle recueillit les derniers soupirs du colosse romain expirant sous les coups des barbares. Avec lui périt son antique gloire; Ravenne n'est plus qu'une ombre d'elle-même. De toutes les puissances humaines qu'elle a vues passer elle ne garde que des souvenirs morts; de la puissance divine qui l'a subjuguée elle conserve des souvenirs encore vivants, double aspect sous lequel nous la verrons demain.

9 Avril.

RaveDiie. — Sainte-Marie de la Rotonde. -- Palais de Tliëodoric. — Tombeau du Dante. — Ëglise de Saint- Vital. — Tombeau de Galla Pladdla. - Ëglise de Saint-Romuald. — Cathédrale. — Cycle pascal. Châtre de Saint-Maximln. — Bibliothèque. — Souvenirs. — Saint Germain d*Auxerre. — Colonne des Français. ^ Anecdote. — Ëtat de la Romagne.

De vrais lits à Titalienne, c'est-à-dire assez larges pour héberger un peloton de grenadiers avec armes et bagages, nous avaient été préparés par Texcellente hôtesse délia Spada. Quelques heures passées dans cette couche confortable, chose rare dans la belle péninsule^ suffirent pour nous mettre en état de reprendre nos courses. Au lever du soleil^ nous étions hors de la ville, à Sainte-Marie de la Rotonde. Bâtie par Amalazonte^ fille de Théodoric, roi des Goths, pour servir de tombeau à son père^ cette église rappelle les mausolées d'Auguste et d'Adrien. Elle a deux étages et pour toiture un seul morceau de marbre taillé en forme de couvercle. Ce bloC; le plus large qu'on connaisse^ n'a pas moins de trente pieds de diamètre sur trois d'épaisseur. Son poids est d'environ neuf cent mille livres. La belle urne de porphyre contenant les cendres royales et qui était placée au sommet de l'édifice est aujourd'hui incrustée dans un vieux mur, ornée de trois petites co> lonnes de marbre , dernier débris du palais de Théodoric. Non loin de là, au détour d'une rue^ apt>ara!t le mausolée du Dante. Les ornements qui décorent le tombeau de l'illustre poète sont dus au cardinal légat Vincenti Gonzaga. La fameuse basilique d'Hercule se reconnaît au portique élevé sur la place et soutenu par

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