‹ Les trois RomeChapitre 48 sur 75 · ÉOLISB DI SAI19T-VITAL · texte numérisé non relu

ÉOLISB DI SAI19T-VITAL

huit grosses colonnes de granit brun. Odoacre^ roi des Hérules^ Âstolphe^ roi des Lombards, et tant d'autres potentats dont Ravenne fut tour à tour la conquête n'y ont pas laissé trace de leur souvenir , tant les gloires bu* maines sont peu durables !

Il en est autrement des gloires chrétiennes. Merveilleux pouvoir de l'Évangile , qui sait imprimer le cachet de l'immortalité à tout ce qu'il touche. Les saints et les martyrs 9 ces autres rois de la cité, sont encore vivants et dans les temples élevés en leur honneur et dans la reconnaissance populaire. Au sixième siècle Venance Fortunat chantait leur gloire toujours ancienne et toujours nouvelle, et ses vers peuvent encore servir de guide au pèlerin catholique '.

Suivant l'indication du poète, nous nous rendîmes d'abord à l'église Saint-Vital. Ce superbe et hardi monument, de forme octogone, tout brillant de colonnes de marbre grec^ de tables de porphyre^ de mosaïques et de bas-reliefs , débris de Tancienne magnificence de Ravenne , offre le style byzantin dans tout son éclat oriental : cet édifice^ capital pour l'histoire de l'art ^ abrite les cendres de l'illustre martyr, dont voici l'histoire : c'é< tait pendant la cruelle persécution de Valérien ; Vital, imitant la piété de Tobie, avait rendu les honneurs de la sépulture au martyr Ursicin, que Paulin le consulaire

* Inde Raveimatum placitam pete dulcius urbem. Pulpita sanctoram per relligiosa recarres ; M artyris egregii tumulum Yitalis adora , Mitis et Ursicini , Pauli sub sorte beati : Rorsus Apollinaris pretiosa ad limina Ïambe, Fusus humî supplex , et templa per omnia curre.

In Kita B. MuHini, lib. iv.

3llSê L£6 nus BOMS.

venait de faire mourir dans les tourments. Coupable de obarité y il est saisi par le bourreau de son ami , étendu sur le chevalet^ jeté dans une fosse profonde et enseveli tout vivant sous une masse de terre et de pierres ^ Une circonstance particulière nous faisait un devoir de vénérer avec amour ses précieuses reliques. Saint Vital avait deux fils qui^ dans un glorieux combat^ reçurent comme leur père la palme du martyre^ devinrent l'honneur de ritalie, Tamour de saint Ambroise et furent pendant plusieurs siècles les patrons bien-aimés de notre cathédrale de Nevers.

Bâtie par Justinien , à l'imitation de Sainte-Sophie de Constantinople^ la basilique de Saint-Vital devint, par ordre de Charlemagne , le type de l'église d'Âix-la-diapelle. A la voûte du chœur resplendit une des plus vastes mosaïques qu'on connaisse. Elle représente Centrée solennelle de Justinien et de Tbéodora, son épouse, reçus dans cette église par saint Maifimin , archevêque de Ravenne et consécrateur du temple. D'un côté l'empereur avec ses courtisans et ses guerriers, de l'autre l'impéra*trice avec ses dames. Telle est la parfaite conservation de ce magnifique ouvrage que les figures sont véritablement vivantes, et qu'on pourrait se croire à la cour de Constantinople. Dans la sacristie on voit le Martyre de âaitU Vital, peint par le Barroche; c'est un des meilleurs ouvrages de cet artiste trop peu connu.

A deux pas de Saint-Vital se trouve le monument le plus curieux de la ville , je veux parler du tombeau de Galla Placidia. Cette princesse, fille de Théodose , sœur d'Honorius, mère de Valentinien III, deux fois esclave, reine, impératrice, née à Constantinople, morte à Rome,

' Baron., an., t. u« 171, n. 3.

TOMBEAU OB OAUiA VLAGIBIA. 367

n'est pas moins illustre par son éminenle piété que par les vicissitudes de sa vie. Rome^ Rimiai, tout le littoral de l'Adriatique raconte ses bienfaits ; Ravenue lui dut quatre églises magnifiques : Saint-JeanrBaptiste, Saint- Jean rËvangéliste , Sainte-Croix et Saints Nazaire et Celse. Parlons d'abord de cette dernière^ que Timpératrioe elle-même choisit pour son tombeau et celui de sa famille. Cette église , en forme de croix, fut bâtie en 440. Eu e ntrant par la porte royale on voit à droite et à gauche deux tombes en marbre d'Istrie» incrustées aux trois quarts dans le mur. Elles contiennent , dit-on^ les cendres des précepteurs de Valentinien et d'Honorius. Plus haut sont les sarcophages de marbre grec des empereurs Uonorius II et Valentinien IIl. Chaque tombeau peut avoir six pieds et demi de longueur sur cinq de hauteur et trois de largeur. Celui de Valentinien offre .les emblèmes suivants : en téte> trois agneaux sculptés, deux sur les parois et un au milieu ; ce dernier est placé sur un rocher d'où sortent quatre fleuves. Sa tête diamantée porte le P, signe hiéroglyphique par lequel les premiers chrétiens désignaient le Fils de Dieu , comme les autres agneaux rappellent les Apôtres. Près des agneaux sont deux palmiers chargés de fruits , symbole de la victoire et de la justice. Sur le côté droit du sar-^ copbage 9e présente un vase à deux anses^ d'où semble couler une fontaine dans laquelle boivent deux colombes. Le couvercle du monument, en forme d'arc y pré^ senta les signes connus a X o.

Ainsi le christianisme^ écrit tout entier sur cette tombe, enveloppe comme d'un linceul immortel le corps de l'empereur défunt. Cet agneau placé sur le milieu^ c'est le Roi des rois , le Seigneur des seigneurs , dont l'empire^ figuré par les quatre fleuves, s'étend aux quatre

coins dH inonde et répand partout la prospérité et la vie. Les agneaux représentent les Apôtres^ premiers ministres du divin Empereur et propagateurs infatigables de sa doctrine. Les deux colombes qui boiv^t dans le vase à deux anses sont tous les justes de l'Ancien et du Nouveau Testament^ s'abreuvant aux eaux du Sauveur , fontaine de vie soutenue d'un côté par le peuple juif et de l'autre par le peuple chrétien ^ figurés par les deux anses. Quant aux fruits de cette doctrine , ils sont représentés admirablement par les paimiers chargés de fruits : la Victoire et la Justice. Enfin rhomme^ quel que soit son nom, prince, empereur, n'importe^ commencé en Jésus-Christ^ doit finir en Jésus- Christ, et le monogramme du Sauveur, placé sur le couvercle du sarcophage , indique éloquemment le cycle mystérieux de la vie de l'homme et du monde. Admirable épopée! Mais, grand Dieu! qu'il faut avoir été fidèle pendant son existence pour faire ainsi graver'sur sa tombe l'histoire des devoirs qu'on eut à remplir. Autrement, quelle accusation foudroyante que tous ces emblèmes!

Le monument d'Honorius offre à peu de chose près les mêmes caractères. Celui de GallaPlacidia, placé derrière l'autel et le plus beau des trois, brille par son élégante simplicité. Il ne porte aucun emblème, excepté quelques volutes burinées dans les parois; mais il offre une particularité remarquable. L'impératrice n'étut point couchée, mais assise dans son tombeau sur un magnifique siège de cyprès. Depuis plus de mille ans elle restait dans cette attitude , lorsque, le 3 mai 1573, des enfants approchant des flambeaux pour voir, par une petite ouverture, l'intérieur du tombeau, le feu prit au cercueil de cyprès, qu'il consuma en un clind'œil, ainsi que le siège

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de l'impératrice^ dont le corps fut réduit eji cendres.

La voûte de Téglise resplendit de mosaïques dont la partie la plus curieuse est le compartiment du milieu. On voit Notre-Seigneur portant de sa main droite sa croix penchée sur son épaule; de la gauche il tient un livre ouvert; devant lui une grille environnée de flammes ; et plus loin une petite armoire ouverte (scnnium), dans laquelle on voit des volumes ayant pour titre : Lucas, Matthceus, Joannes. C'est l'histoire iconographique d'un fait de l'Église. Le concile d'Éphèse venait de condamner Nestorius. Par ordre de Théodose et de Yalentinien on recherchait et on brûlait les ouvrages de Thérésiarque : voilà ce que signifie le petit bûcher. Notre-Seigneur tenant TÉvangile ouvert et les Ëvangélistes placés dans le scrinîum indiquent tout ensemble la| source de la vérité et le respect profond des premiers fidèles pour les livres divins ^

Après avoir visité l'église de Saint-Jean-Baptiste, consacrée par saint Pierre Ghrysologue, et le tombeau de saint Barbazian , prêtre d'Ântioche , confesseur de Galla Placidia, nous entrâmes dans l'illustre basilique de Saint- Jean l'Évangéliste appelée délia Sagra. Cette église rappelle un vœu de la pieuse impératrice. Revenant de CoQstantinople avec ses enfants, elle fut assaillie par une tempête : au milieu du danger elle promit^ si elle échappait, de faire bâtir une église. Sa prière fut exaucée^ et Ravenne compta un monument de plus. A la chapelle de Saint-Barthélémy on voit un bas-relief qui rappelle l'ouragan et le vœu de la princesse. Le pinceau de Giotto a décoré les voûtes de la seconde chapelle.

L'église de Saint-Romuald , devenue la chapelle du

* Voir Ciampini, Mon, vefer., t. i, p. 224.

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coUége, est un splendide édifice où brillent le porphyre^ le marbre africain, le cipollin» le vert antique, l'albÂtre oriental. On y voit un tabernacle tout entier en lapis* lasuli; enrichi intérieurement de pierres précieuses d'une grosseur extraordinaire : c'est un des bijoux de l'Italie.

Presque aussi brillante est l'église de Sainte-Àpollinaire^ bâtie par Théodoric au commencement du sixième siècle. Les vingt-quatre colonnes de marbre grec qpi la soutiennent furent apportées de Ck)nstantinople , ainsi que le vert antique^ le porphyre et le marbre oriental dont l'autel est formé. C'est encore TOrient qui fournit les habiles maîtres dont le génie brille dans les superbes mosaïques de la voûte. Au-dessous d'une vue de Ravenne, on voit d'un côté vingt-^inq figures de saints; de l'autre vingt-deux saintes , tenant chacun une couronne à la main, qu'ils présentent au Sauveur. Déjà nous avons expliqué la signification de cette peinture , qui prouve une fois de plus que, dans la pensée chrétienne^ les fresques et les mosaïques sont le grand livre des fidèles.

Le monument le plus intéressant de la cathédrale est le Calendrier pascal du sixième siècle. On y voit gravé sur 1q marbre l'extrême sollicitude de l'Église pour fixer l'époque précise de la Pâque. Dans la sacristie Vamban ou la chaire de saint Maximin , ouvrage précieux du sixième siècle ; une portion de l'ancienne pqrte de la sacristie en bois de sarment; Moïse faisant tomber la manne , un des meilleurs tableaux du Guide , tels sont les principaux objets qui fixent l'attention. Le baptistère, séparé de l'église par une rue^ se conserve dans son état primitif. C'est un bâtiment octogone avec huit arcades et une vaste cuve de marbre blanc de Paros.

A la bibliothèque on nous montra le célèbre manus-

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crii d'Aristophane y du dixième siècle, et dans, le mé* daillierune médaille deCicéron frappée en son honneur par la ville de Magnésie. En quittant Ravenne, on ne peut s'empêcher de saluer une dernière fois les grands hommes et les grands saints qui ont illustré cette ville célèbre. Voici, outre les glorieux martyrs dont j'ai parlé, les saints évéques, Adérite, Exupérance , Jean, Libère, MarceiUn, qui, à la tête d'une nombreuse cohorte de prêtres , de laïques et de vierges , ont défendu au prix (les plus cruelles souffrances la foi catholique attaquée tour à tour par les empereurs et les exarques ariens iou semi-ariens, lesGoths, les Hérules et les Lombards, conquérants sauvages, moitié chrétiens et moitié païens. Mais le voyageur français pourrait^il oublier le grand saint Germain d'Auxerre , TAthanase de son siècle , qui d'une main écrasait le pélagianisme en Angleterre , de l'autre défendait dans les Gaules, avec un invincible cou* rage , les droits des peuples, méconnus par les lieute* nants de Gésar. Hier il avait traversé TOcéan pour chasser le loup de la bergerie; aujourd'hui il franchit les Alpes pour venir déposer au pied du trône les prières des opprimer. Le voici qui approche de Ravenne : la cour et le peuple sont dans Vattente. Pour éviter Thonneur de la récep* tion qu'on lui prépare, il viendra incognito, pendant les ténèbres de la nuit; mais on se défie de son humilité, le peuple est sur ses gardes : le saint ambassadeur est reconnu. Un cri immense d'allégresse retentit jusqu'au ciel et va se mêler aux mugissements des flots : Ravenne est dans rivresse du bonheur; Valentinien et sa mère Placi- , dia descendent du trône, et abaissent leur puissance devant celle de l'homme de Dieu. Placidia lui envoie un vase d'argent rempli démets fort délicats, mais sans viande , dont elle sait qu'il ne fait point usage. Germain^

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à son tour^ envoie à llmpératriee un pain d^orge sur une assiette de bois, éloquent hommage que Placidie reçoit avec joie, qu'elle garde avec respect, qu'elle fait enchâsser dans Tor et qui opère des miracles. Est-il besoin de dire que les vœux d'un tel envoyé étaient exaucés d'avance?

Mais voilà que le saint tombe malade : Ravenne a passé de Tallégresse à la consternation. L'impératrice est à genoux au chevet du malade ; et pourtant elle hésite à lui accorder une dernière demande. Germain veut que son corps soit reportée Auxerre : Timpératrice lui aurait tout accordé plutôt qu'un pareil trésor. Enfin la volonté impériale dut céder à la volonté du saint. Mais du moins la France aura ce qu'on ne peut lui refuser : l'impératrice obtient le reliquaire du glorieux pontife. Six évèques se partagent ses vêtements. Le chambellan Acholiusfait embaumer le corps; Placidia le revêt d'habits précieux , et donne le coffre de cyprès pour le renfermer; Valentinien fournit les voitures, l'escorte, les frais du transport. Nul triomphe n'égale en magnificence ce convoi funèbre. Le nombre des flambeaux est tel que leur lumière semble rivaliser, même en plein jour, avec celle du soleil. Toutes les populations accourues bordent le chemin, prosternées devant le saint qui passe. Des milliers de bras aplanissent les chemins, réparent les ponts, portent le corps, tandis que des milliers de bouches chantent des hymnes sacrées.

Ausommet des Alpes on rencontre le clergé d'Auxerre, qui vient chercher la dépouille mortelle de son pasteur. La marche triomphale continue; comme celles de l'Italie, les populations de la Gaule accourent au passage du cortège, et après cinquante jours d'un glorieux voyage le héros chrétien est déposé dans sa tombe im-

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