‹ Les trois RomeChapitre 51 sur 75 · IL SALONS · texte numérisé non relu

IL SALONS

sa plus haute acception, semble s'être immortalisée sous le pinceau de Giotto et le compas de frère Jean des Ermites.

Le magnifique sa\(m ne sert plus qu'au tirage de la loterie et dans les grandes occasions aux fêtes publiques, a En 1815, nous dit le P. Prosper, une fête brillante y fut donnée à Tempereur François et à sa fille Marie-Louise. Le salon avait été transformé en jardin, avec une salle de bal et un salon de réception pour Leurs Majestés; les arbres étaient en pleine terre et formaient d'épais massifs illuminés; il y avait jusqu'à des mouvements de terrain dans ce jardin d'appartement. »

A l'angle du salon est la a Pierre de l'opprobre , » Lapis viiuperii, qui rappelle une singulière coutume du moyen âge. A Padoue, à Vérone, à Florence, à Sienne , è Lyon et dans beaucoup d'autres villes on trouvait cette espèce de sellette sur laquelle devait s'asseoir le débiteur insolvable pour être délivré de ses créanciers. Un homme était poursuivi pour dettes ; il ne payait pas, on l'appréhendait; et lorsqu'après avoir été assis trois fois à nu sur la Pierre de l'opprobre, la halle pleine de monde, il jurait n* avoir pas cinq francs vaillant, il était libéré de toute poursuite. A Sienne les mêmes débiteurs faisaient pendant trois matins le tour de la place à l'heure où Ton sonnait la cloche du palais ; ils étaient accompagnés des sbires et presque ent ièrement nus; le dernier jour, en s'asseyant sur la pierre comme leurs confrères de Padoue, ils disaient les paroles suivantes exigées par la loi : « J'ai consumé et dissipé tout mon avoir; à présent je paie mes créanciers de la manière que vous voyez. » — c< Malgré sa bizarrerie, cette coutume, remarque un voyageur, était au fond assez raisonnable. C'était un moyen d'échapper à

ces éternels prisonniers pour dettes^ embarras de noire civilisation et de notre jurisprudence: une telle publicité, mêlée de ridicule et de honte, valait peut-être mieux que certains de nos arrêts pour déclarer les gens insolvables, d

Du Palais de Justice nous descendîmes à Thôtel Pappafara. On y voit et Ton admire, si Ton veut, la Chute des Anges; c*est un groupe pyramidal de soixante démons enlacés les uns aux autres et tombant du ciel écrasés par la foudre. Quoi qu'il en soit de Tidée, on loue Texécution, ainsi que la patience de Fasolato^ sculpteur padouan, à qui cette œuvre originale coûta douze années d'un travail non interrompu. Que dire du café Pe- / drocchi, la merveille de Padoue ? Consacrer sa fortune pour élever un monument public de$tiné à perpétuer le souvenir d'une grande vertu, d'un grand génie, d'un fait national, c'est en faire un noble usage, et l'Italie tient la première place dans ce genre de patriotisme; mais épuiser d'immenses richesses pour b&tir un café, dont les murailles, les colonnes, les pavés sont de marbra le plus fin et le plus délicatement travaillé a n'est-ce pas un genre de luxe d'autant moins estimable qu'il prouve, en l'encourageant, l'envahissement de l'individualisme sur l'esprit public d'autrefois?

On est heureux de trouver au Prato délia VaUe une éloquente protestation contre cette fâcheuse tendance. Panthéon en plein vent, le Prato est une des plus agréables promenades et une des plus belles places de l'Europe. Les eaux limpides du Bacchiglione en forment une île qui communique à la ville par quatre ponts élégants. Au centre s'élèvent, sur leurs gigantesques piédestaux, les statues des grands hommes de Padoue, depuis Anténor jusques à Canova, et forment un immense péris-

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