‹ Les trois RomeChapitre 52 sur 75 · MAISON DU GOMTS LOUIS CORNARO · texte numérisé non relu

MAISON DU GOMTS LOUIS CORNARO

tyie. Malgré sa fécondité^ la patrie de Tite-Live n'a pas produit assez de grands hommes pour peupler ce vaste temple^ et d^iUustres Italiens sont venus compléter la galerie patriotique.

Nous terminâmes cette première journée en visitant la maison Giustiniani al Santo. Le motif de notre curiosité était bien moins Ja bonne architecture du célèbre Falconetto, qui édifia cette belle habitation en 1524, les brillants stucs dessalons^ les fresques charmantes peintes par Campagnola sur les dessins de Raphaël que la demeure du fameux comte Louis Cornaro^ si connu par sa sobriété et par ses discours délia Vila sobria. Ce noUe Vénitien, dont rexistence fut tour à tour un démenti et une justification donnés aux proverbes gastronomiques, se trouva dès Tâge de trente-cinq ans dans un tel dépérissement que les médecins déclarèrent le mal incurable. Néanmoins il essaya de tous les remèdes pendant l'espace de cinq ans; voyant que les secours de l'art étaient inutiles, il voulut çprouver ce que produirait l'abstinence; et il donna un premier démenti au proverbe des gourmands : « Ce qui est bon au palais est bon à Testomaco La délicatesse et l'abondance des aliments et des vins avaient flatté son goût et miné sa constitution : il y renonça, et ne mangea plus que des choses en rapport avec son reste de faculté digestive; encore avait-il soin de toujours sortir de table avec un peu d'appétit. Parvenu à se contenter de douze onces de nourriture par jour, il se délivra insensiblement de toutes ses infirmités au point d'étonner les médecins et de les faire crier au miracle.'

11 jouissait, grâce à sa vie sobre, d'une parfaite santé, lorsqu'à l'âge de soixante ans il est renversé de voiture, reçoit une forte contusion à la tête et se casse une jambe

et un bras. On veut le saigner et le purger; il refuse Tun et Tautre et demande seulement qu'on lui remette le bras et la jambe. Il guérit sans autres remèdes^ et vérifia de la sorte les deux proverbes italiens : Mangia più chi poeo mangia, Mange plus qui mange peut » Fa piéprofitto quelchesikaciasul tondochequelchesi mette nel ventre y a Ce qu'on laisse sur l'assiette fait plus de « profit que ce qu'on avale. » Du reste^ le premier de ces proverbes revient à notre axiome : « Ce n'est pas ce qu'on mange qui nourrit, c'est ce qu'on digère. »

CSomaro, âgé de soixante-quinze ans, finit cependant par céder aux instances de ses amis : au lieu de douze onces d'aliments^ il en prend quatorze ; et sa boisson^ qui n'était que de quatorze^ est portée à seize. En quelques jours sa santé s'altère^ la gaieté fait place à la tristesse : le onzième jour un point de côté, fort douloureux, se déclare et prélude à une fièvre de trente-cinq jours ; elle ne cède qu'à la reprise du premier régime. A partir de cette époque jusqu'au delà de cent ans , le comte jouit et de la santé et de l'usage de tous ses sens et de toutes ses facultés intellectuelles. C'est à quatre-vingt-quinze ans qu'il écrivit son dernier discours sur la vie sobre^ d'où sont extraits les détails précédents.

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