‹ Les trois RomeChapitre 53 sur 75 · SAINTE-SOPHIE · texte numérisé non relu

SAINTE-SOPHIE

lO AttU.

Sainte-Sophie. -^ Iji B. Héléna Eoselmiai. — La cathédratei — Vierge de Giottoi — Saint Daniel. - Le B. Grégoire Barbarigo. — Le Baptistère. — Le Diptyqae. — Corps de saint Matbias. - Crypte de saint Prosdocimas. — Vierge byzantine. — VAnnumiata. — Peintures de Giotto. — Sainte Justine. — Détails historiques. — Saint Antoine. ." Chapelle de ce saint. — Popularité du saint. — Trésor. -^ Encensoir et navette gothiques. — Langue de saint Antoine. — Verre d'Aléardin. — Ses sermons. — - Statue de Guttamelata. — Bords de la Brenta. • Venise.

Tout ce coin de l'Italie qui longe les côtés de TAdriatique depuis Aocône jusqu*à Venise est trop peu visité. Le voyageur qui postillonne de Paris à Milan^ de Milan à Florence, de Florence à Naples ne connaît pas la partie intime du pays. Une foule de souvenirs, de monuments religieux et artistiques lui échappent : Padoue seule mériterait un voyage en Italie. Hier nous avions vu sa gloire extérieure et profane ; il nous restait à contempler ses richesses intimes cachées à l'ombre de ses nombreux sanctuaires. Sainte Sophie eut notre première visite. Cette église, du treizième siècle, renferme la Vierge y de Zanella; la Déposition de la croix j d'Étienne Dell' Arzere, et la célèbre Z>^co//a/«ow de saint Paul, de Bissoni; mais un chef-d'œuvre d'un autre genre y attire le voyageur catholique. En 1226, saint Antoine établit à Padoue un couvent de Franciscaines. Au nombre des postulantes était une jeune personne d'une des plus nobles familles de la cité : elle s'appelait Héléna Ënselmini. Sous la direction du saint apôtre, elle devint ui> ange d'oraison, de douceur, de mortification et de patience dans ses longues maladies et ses cruelles adversités. Purifiée au double creuset de l'af-

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fliction et de Tamour divin^ cette âme privilégiée s'envola dans le sein du céleste Époux^ laissant la terre embaumée du parfum de ses vertus et consolée par ses nombreux miracles. Son corps, préservé de la corrup* tîon du tombeau^ repose dans un des autels de Sainte- Sophie. Après ravoir vénéré^ nous nous rendîmes à la cathédrale.

Commencé dans la première moitié du seizième siècle sur un plan de Michel-Ange , le Duomo ne fut achevé qu'en 1756. C'est dire qu'il porte le cachet plus ou moins heureux de plusieurs générations d'architectes. La coupole^ ouvrage de Giovanni Gloria, se distingue par sa solidité el son élévation. Après avoir passé devant le sih perbe bénitier en marbre blanc, surmonté d'une statuette de la sainte Vierge aussi en marbre blanc , on arrive, en suivant le côté droit, au remarquable mausolée de Sperone Speroni^ grand orateur, grand philosophe, grand poëte^ maître du Tasse et l'une des gloires de Padoue. La chapelle suivante offre à la pieuse admiration du pèlerin une Vierge en demi* ligure , qu'on croit du Giotto et qui aurait appartenu à Pétrarque, chanoine de la cathédrale. Près du chœur, un groupe, en marbre de Carrare, représente Benoit XIV accordant au chapitre l'usage de la cappa magna et le cardinal Rezzonico^ évéque de Padoue et depuis Clément XIII^ qui obtint cette faveur. La gloire de l'Italie est d'écrire ainsi sur le marbre ou sur le bronze les faits publics et particuliers. A la sacristie des chanoines nous vîmes un grand nombre de tableaux de mérite, parmi lesquels une Vierge de Sasso Ferrato, le peintre des petites madones, délie madonine. Mais ce qui appelle surtout la curiosité^ c'est un Évangélier de li70 et un Ëpistolier de 1259; l'un et l'autre ma-

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niucrit sur parchemin, tout resplendissants de vignettes et d'enluminures, sont d'un travail exquis et d'une conservation parfaite.

De la sacristie nous descendîmes dans la crypte. Là repose, dans une magnifique châsse, ornée de basreliefs en bronze de Titien Aspetti^ le corps de saint Daniel, lévite et martyr. Enfant de Padoue et Tun des premiers apôtres de la foi, il continue depuis huit cents ans à recevoir les hommages empressés des générations pour lesquelles il soutint de glorieux combats'.

Revenus à Téglise, nous visitâmes la chapelle du B. Grégoire Barbarigo, cardinal et évéque de Padoue, dont le corps, miraculeusement conservé , repose dans Tautel. Né en 1626 d'une noble famille vénitienne, nommé cardinal et évêque de Padoue par Alexandre VIT, digne de l'avoir pour ami, Grégoire fut le père des pauvres, le saint Charles Borromée de la Romagne, le protecteur de son peuple contre les ravages de l'hérésie. Sa ville épiscopale lui doit , outre un superbe collège, son séminaire, rornement de l'Italie, avec sa bibliothèque et son imprimerie justement célèbres.

Le Baptistère , ouvrage du douzième siècle, voisin de la cathédrale , conserve le cachet de cette grande époque de l'art. Élevé par la princesse Fina Buzzacarina, femme de François de Carrare le Vieux, seigneur de Padoue, il fut décoré intérieurement et extérieurement d'admirables fresques par les élèves de Giotto. Les peintures extérieures ont péri; les autres, bien conservées ou habilement retouchées, offrent divers sujets de l'An-

* Son corps fut trouvéen 1073 dans Toratoire de S. Prosdocimus.

cien et du Nouveau Testament y la pieuse fondatrice, implorant la sainte Vierge et plusieurs portraits des princes de Carrare avec celui de Pétrarque. Sur l'autel est un superbe diptyque du seizième siècle représentant les principaux traits de la vie de saint Jean-Baptiste*.

Le Baptistère et le diptyque réunis forment un monument qui réveille^ dans toute sa splendeur^ lé souvenir de notre vénérable antiquité : d'un côté le brillant édifice où se trouve la fontaine de vie et dont toutes les parties intérieures et extérieures^ semblables aux pages d'un grand livre ^ sur lesquelles Tart catholique avait écrit toute Thistoire religieuse du genre humain dans le passée dans le présent et dans Tavenir; de l'autre le dyptique^ registre glorieux^ dans lequel la main du prêtre inscrivait le nom des citoyens successivement admis dans la nouvelle république. Remarquons en passant comme l'Église a su ennoblir^ en se l'appropriant, un usage déjà non vulgaire chez les païens. Les dyptiques étaient le présent favori des empereurs, des consuls et des grands dignitaires de l'empire. Ces espèces de portefeuilles, dont l'intérieui* se composait de tablettes de cire, ou de plomb, ou de papyrus, étaient ornées de splendides couvertures de cèdre, d'ivoire, d'argent, d'or ciselé, enrichies de basrehefs d'un travail exquis. Le luxe de ces objets fut poussé si loin que les empereurs Valentinien, Théodose et Arcade se virent obligés de défendre à toute personne, excepté aux consuls ordinaires, de donner des dyptiques d'or et d'ivoire^. Ces dypli-

• Nuova Guida , etc., in Padova, p. 74.

' Cod. Theod., lib. xv, tit. ix, 1. 1, deExpressis Lud,

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qaes consulaires reçurent le nom de Fastes^ parce qu'ils contenaient la succession des consuls ou du moins le nom de celui qui en faisait présent. Noble usage ! que l'Église a remarqué et dont elle s'empare; n'est-il pas juste en effet qu'elle ait ses dyptiques? N'a-t-elle pas à enregistrer des noms plus illustres que ceux des consuls et des Césars? Dès les temps apostoliques^ ses artistes sont à l'œuvre ; tout ce qu'ils ont de talent et de richesse est employé à fabriquer les fastes immortels de la nouvelle société.

On en distingue quatre espèces : les dyptiques des baptisés; les dyptiques des vivants; les dyptiques des saints et des martyrs; les dyptiques des morts. La célébration dé l'auguste Sacrifice a réuni dans les catacombes^ autour du tombeau d'un martyr ou dans les superbes basiliques de Rome et de Gonstantinople, l^s enfants de la nouvelle Jérusalem; et voilà qu'un ministre sacré, portant en ses mains les livres de vie, monte sur Tambon et récite à haute voix tous les noms qu'ils contiennent, noms des néophytes nouvellement baptisés; nom du Pape, père commun de la grande famille ; nom de l'évéque, pasteur d'une portion du troupeau; noms des prêtres qui travaillent avec lui ; noms des empereurs, évéques du dehors ; nom de quelque fidèle en particulier, istingué parmi tous les autres; noms des martyrs ; noms des trépassés dans la foi orthodoxe ; noms chéris et glorieux qu'il faut invoquer ou qu'il jfaut rappeler au Dieu dont la bonté miséricordieuse les a placés dans les fastes de l'Église militante, afin de les inscrire un jour dans le livre immortel de l'ÉgHse triomphante. Jusqu'au douzième siècle, TOrient et l'Occident entendirent l'Épouse de Jésus-Christ réciter à haute voix, pendant les augustes mystères, le catalogue de familio, si

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