POPULARITÉ DE SAINT ANTOINE
universelle? L*un des plus célèbres docteurs de l'Église, saint Bonaventure, répondait, il y a bientôt six cents ans : Narrent hi qui seniiunty dicani 'Padttani, a Demandez-le à ceux qui ont éprouvé la protection du saint; (Htes aux Padouans de raconter ce qu'ils voient y ce que leurs pères ont vu, ce que virent leurs aïeux. »
Or, dans le courant du mois de novembre de Tannée 1227 , leurs aïeux virent entrer à Padoue un jeune religieux de Saint-François, la tête nue et rasée, le corps couvert d'une robe de bure rattachée par une ceinture de cuir , les jambes nues et les pieds protégés par des sandales. Ce jeune religieux demande modestement l'aumône, et son regard angélique et sa noble figure expriment éloquemment son humble et vive reconnaissance. En échange du pain qu'il reçoit, il apporte tous les biens qu'une ville peut désirer : la vérité, la paix. Padoue manquait de l'une et de l'autre. Ravagée par l'hérésie des manichéens et déchirée par les guerres civiles^ elle se débattait dans les angoisses de l'agonie. Né en Portugal et rappelé de France, où il avait opéré cent prodiges, Antoine, l'humble franciscain^ accourait an secours de Padoue. Il prie , il prêche, les miracles éclatent ; Padoue s'ébranle, les cœurs sont changés, la vérité brille, la paix revient : Antoine est le sauveur, l'ami, le père de tous.
Cependant le féroce Ësselin da Romano veut saccager Padoue, qu'il opprime; le saint marche seul au-devant de ce monstre altéré de sang. Par la double puissance de sa parole et de sa vertu , il l'arrête au milieu de ses officiers, le confond, le rend immobile de terreur. Et l'on vit le nouvel Attila, devenu doux comme un agneau, détacher sa riche ceinture, se la passer au cou et tomber à genoux devant l'envoyé de Dieu en le suppliant de
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demander muéricorde pour lui. Padoue mi sauvée; toute la Romagoe retentit des louanges du vainqueur; le bruit de ses miracles vole de bouche ^en bouche; U arrive jusqu'à Rome; Grégoire IX veut voir^ entendre, juger l'éloquent thaumaturge : c'était Tan 1230«
Rome est pleine d'étrangers de toutes les nations venus aux saints lieux pour gagner Tindulgenoe de la crasade. Il y a des Grecs , des Français , des Espagnob, des Allemands^ des Anglais, des Flamands, des Suisses, des Écossais et des Ësclavons« Antoine parle sa langue maternelle et se fait entendre de tous ces peuples, qui ne la connaissent pas. Un autre prodige frappe le vicaire de Jésus-Christ; c'est la solidité de la doctrine du jeune saint I la f(»rce irrésistible de ses raisonnements, la vie divine qui surabonde dans ses paroles, sa connaissance merveilleuse de rÉcriture. Ravi d'admiration , le Pontife élève solennellement la voix et fait de lui cet éloge unique dans l'histoire : « C'est l'arche des deux Testaments, e'est l'arsenal des divines Écritures^ » Ârca tUriuêfue Tesimmênii et divinarum Seriptùrarum armariumé
Antoine retourne à Padoue et sème les miracles sur sa route. Ses jours se passent à prêcher, à confesser et à consoler, ses nuits à prier : il est par excellence l'honune public, la fontaine à laquelle chacun va puiser. Cependant deux mois encore le séparent de sa trente-sixième année, mais dans sa courte vie il a fourni une longue et brillante carrière : l'immortelle couronne va reposer sur son front. Le saint est malade , le saint est mourant ; à ces mots, la ville et les campagnes s'émeuvent : on pleure, on prie, on s'agite. Le saint est couché sur un pauvre grabat dans le petit couvent de Barcella, peu éloigné de Padoue : la foule s'y transporte : c'est le soir