TRÉSOR
du vendredi 13 juiti de l'an 1231. Au milieu des sanglots universels^ un chant se fait entendre , c'est le chant du cygne ; je dis mal , c'est le chant d'un ange qui re^ tourne au ciel, le chant d'un fils de Marie ^ qui pour la dernière fois salue sa mère sur la terre d'exil. De ses lèvres mourantes le saint missionnaire a répété sa devise chérie, son hymne de guerre : O glariosa Domina , ex*celsa super sidéra, H est mort. Non^ il vit au ciel par sa puissance, sur la terre par ses miracles ; et, après plus de six cents ans^ Antoine de Padoue est encore un des saints les plus populaires en Orient et en Occident.
De la chapelle où repose son corps nous passâmes au Trésor de la basilique. Parmi les nombreuses richesses artistiques et religieuses dont il est rempli, on admire un encensoir et une navette en or , donnés par le pape Sixte IV, de l'ordre des Mineurs. L'encensoir, de forme gothique, représente une cathédrale en miniature, avec ses clochetons, ses ogives, ses gracieuses colonnettes et ses galeries à dentelle. La navette est digne de son nom ; c'est un petit navire avec tous ses ponts, ses mâts, ses voiles , ses cordages et ses matelots. Pourquoi faut-il que nos artistes ignorent Texistence de ce double chefd'œuvre, ou que nos fabricants d'orfèvrerie ecclésiastique ne jugent pas à propos de reproduire ces intéressants modèles ?
Outre une immense quantité de reliques insignes, on conserve dans un reliquaire étincelant de pierreries la langue du saint. Cette langue puissante, qui remua plus d'hommes et surtout plus profondément que celle de Démosthène ou de Cicéron, est intacte et vermeille. Elle fut trouvée dans cet état miraculeux Te 7 avril de l'année J263 , par saint Bonaventure, venu à Padoue pour présider à la translation des reUques. A la vue de ce pro-
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dige, que rendait incontestable la dissolution des autres parties du corps, le Docteur séraphique s'écria : 0 lingua henedictay quœ Dominum semper benedixisti et alios benedicere fecisti, nunc manifeste apparet quanti merUi exstitisti apud Deumf
La preuve six fois séculaire d\in autre miracle est à côté de la précieuse cassette. Je veux|parler du fameux verre de Thérétique Aloardine de Salvaterra. Âloardine était un soldat que la curiosité ou plutôt une incrédulité railleuse avait amené à Padoue. Un jour qu'il était à table, il entendit parler des miracles de saint Antoine. 11 se mit à s'en moquer, et croyant faire une plaisanterie excellente, il ajouta : « Si votre Antoine, que vous appelez saint et thaumaturge, empêche ce verre que je tiens à la main de se casser quand je le jetterai à terre, je croirai ce que vous me dites. » Là-dessus, il se lève de table, ouvre la croisée, et de toutes ses forces jette son verre sur la place contre une pierre, et le verre ne se brise pas. Stupéfait, interdit, Aloardine tombe à genoux et se relève catholique. Lui-même va rechercher son verre, et, en présence de tous les témoins de cette scène, le porte respectueusement au trésor de saint Antoine, où nous avons eu le bonheur de le voir*. Dans une armoire voisine on conserve les œuvres du saint. Ce n'est pas sans un profond respect qu'on approche la main des sermons de l'immortel missionnaire. Quoique accompagnée de corrections, l'écriture du saint est très-lisible et même élégante.
On ne peut quitter ce lieu béni sans songer à une dévotion dont il n'est pas inutile de rappeler l'origine et la perpétuité. Si jamais vous avez lu le Martyrologe gallican
* Fitodi s. AnL, l\b, n,p. 198.