VUE £T H18T0I1L£ B£ VENISE. 4H
Y«Biae d'en bw^ ki eoatompkr dW haut* Ld tenàMnaiD, aa lever du soleil ^ nous étions sur le clocher de Sainl- Marc. La première merveille à considérer est ce clocher même 5 un des plus élevés et des plus hardis de Tltalie. On arrive au sommet par une rampe douce, sans degrés. De ce belvédère on jouit d'un point de vue qui tient du prodige. A vos pieds la mer, Venise au sein de la mer, une multitude de dômes^ de clochers^ de palais^ de colonnes, de portiques, de façades grecques, arabes, byzantines; à Torient, la vaste étendue de TÂdrialique , semée de petites îles groupées avec grâce autour de l'imposante cité; au nord, les cimes blanchies des Alpes du Frioul ; à Foccident, les vertes campagnes du Padouan et du Yicentin; au midi, la Br^ta et ses bords si peuplés et si riches.
Au-dessus de ce magnifique panorama il en est un autre plus magnifique encore et dont l'éclat rayonnant sur le premier en explique, en rehausse toutes les beautés : c'est, qu'on me passe l'expression, le panorama de Venise au point de vue providentiel. Appuyé sur la galerie aérienne du clocher de Saint-Marc , l'observateur ne peut être mieux pour le contempler. Au commencement du cinquième siècle, le monde romain, longtemps battu en brèche par les ennemis du dehors et par ceux du dedans, s'écroulait avec un épouvantable fracassons les coups des barbares. Le drapeau noir d'Attila venait d'être arboré sous les murs de l'antique Aquilée; mais les habitants, confiants dans leur courage , avaient méprisé ce dernier signe de miséricorde. Quelques heures après, Aquilée n'est plus qu'un monceau de cendres. Cependant quelques familles de la cité ont trouvé leur salut dans la fuite. Les récifs de l'Adriatique leur offrent un asile. Au milieu des. lagunes, elles se construisent de
4Jâ LES TAOIS ROMB.
pauvres cabanes^ vivent isolànent^ absorbées par le soih de pourvoir à leur subsistance.
Deux siècles plus tard, vers Vm 697, elles se réunissent, se donnent un chef commun et deviennent un petit État. Sous la protection de Tempire d'Orient, la naissante république grandit, se fortifie et bientôt se déclare indépendante. Au dixième siècle elle prend son essor et vole à ses premières conquêtes. Le siècle suivant la voit mettre sur sa jeune tête la couronne royale, ma^ cher l'égale des grandes puissances de TEurope et partager avec Gênes l'empire des mers. Pendant cinq siècles elle pèse d'un poids souvent décisif dans les destinées du monde. Enfin sa mission est remplie : gloire, richesse, puissance, liberté même, tout lui est ôté; et la Tyr de l'Occident se voit réduite à n'être plus dans ses vieux jours que l'agent subalterne d'un empire étranger. Et maintenant quelle fut la raison providentielle de la grandeur de Venise et de sa décadence?
Le Dieu qui tire le bien du mal et la vie même de la mort fait naître la puissante cité de l'invasion des barbares. Sous l'aile maternelle de la Providence, elle grandit rapidement en force, en richesse, en courage : il le faut ainsi, car Venise doit être un des plus puissants auxiliaires de l'Europe civilisée par le christianisme. Arrivera l'époque solennelle où la barbarie musulmane, menaçant d'envahir l'Occident et de remplacer la lumière par les ténèbres, la liberté par l'esclavage, les peuples chrétiens se lèveront comme un seul homme ; et , au lieu d'attendre l'ennemi , ils iront l'attaquer jusqu'au coeur de son empire. Mais il faut des navires pour transporter leurs armées; des marins intrépides pour lutter contre les flottes ottomanes : Venise rend ce double service à la cause commune. Gênes la seconde noblement; et, sur