MILAN
toolM e«0 cho8eê dans l«or oause, la divine parole ; dans leurs moyena, le sang féoond des martyrs et les exemples non moins ffieonds des grands saints , nés de cette semence divine.
Et il a béni la piété des habitants qui rendent à leurs MenfaUeors un culte filial. Et l'Italie, malgré les défauts inséparables de la nature humaine^ lui est apparue comme une terre évidemment privilégiée; privilégiée parce qu'elle reçoit plus immédiatement les influences salutaires de Rome^ la tête et le ooeur du catholicisme. Ge spectacle y chaque ville en ofFre la miniature plus ou moins omée^ plus ou moins complète. Or, parmi les cités d'Italie il en est une qui semble réfléchir plus parfaitement toutes les gloires , et ressentir plus efficacement tCMites les influences de la ville mère et maîtresse de toutes les autres ; j'ai nommé Milan. Avant de prouver par les faits réloge qui précède, il convient de reprendre le récit de notre voyage.
À neuf heures du matin, par un temps superbe, mais un peu froid, nous entrâmes dans la capitale du royaume lombardo-vénitien* A mesure qu'elles se rapprochent de nos frontières, les villas italiennes prennent une physionomie plus française. Les grandes rues de Milan ressemblent aux boulevards de Paris; même alignement, même hauteur de façade; seulement les magasins sont moins nombreux, la circulation moins active. A l'hôtel Retchmann, nous reçûmes une hospitalité tout à la fois allemande, italienne et française. Je donne ce détail pour rappeler un mélange, aussi rare que précieux, de bonhomie, d'attention et de politesse. Notre première visite fut pour le Z)iiomo, la uierveille de la cité. - Qu'on se figure une montagne de marbre blanc taillée, sculptée, ciselée, ouvrée, dans toutes ses parties, comme
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une denteUe de Yalencieimes ou un point d'Angleterre. Voyez s'élancer autour de cette montagne cent douze clochetons sveltes et gracieux^ qu'on prendrait^ si ce n'était la couleur^ pour une plantation d'arbres verts sur les flancs d'une colline. Un peuple de statues anime cette forêt 3 trois mille sont déjà placées, il doit y en avoir quatre mille cinq cents. Par la position plus ou moins élevée qu'elles occupent^ par les saints et les saintes qu'elles représentent, elles offrent aux regards de la terre l'image brillante de la hiérarchie céleste. Toute cette cour immortelle semble n'avoir qu'une voix pour exalter l'auguste Vierge , dont la statue de bronze doré domine la plus haute aiguille de la coupole. Quand le culte de Marie n'aurait inspiré que la cathédrale de Milan^ il devrait être en bénédiction auprès de toutes les générations d'artistes.
Magnifique dans son ensemble, le somptueux édifice porte , principalement sur la façade, les traces des différents styles d'architecture qui ont tenu le sceptre depuis l'époque de sa fondation. Commencée en 1386, elle n'est pas encore terminée : chaque année^ la cour d'Autriche dépense une somme considérable pour continuer les travaux. A l'architecte primitif et à ces tailleurs en pierre f grands hommes inconnus, qui lui succédèrent les artistes de la Renaissance ont ajouté leur faire. On leur doit^ entre autres, la croisée carrée surmontée d'un attique, dont la présence défigure le portail. Néanmoins le Duomo de Milan passe pour la plus belle gloire de ritaUe après Saint-Pierre de Rome : il fallut toute l'énergie des siècles de foi pour entreprendre une pareille construction. Le vaisseau a 449 pieds de longueur , 275 de largeur dans le transept, et 238 de hauteur sous la coupole^ 447 dans la nef, 110 dans le bas-côtés. Lahau-
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teur extérieure de la coupole, avec le couronnement, est de 370 pieds.
L'intérieur donne lieu aux mêmes observations que la façade : le style n'est pas uniforme. On regrette de ne pas y trouver le naïf et le fouillé du treizième siècle. Néanmoins, quand on a franchi le seuil de la basilique par une des cinq grandes portes qui correspondent aux cinq nefs, on éprouve la religieuse impression dont il est impossible de se défendre dans nos églises gothiques. Cinquante-deux colonnes de marbre , de quatre- . vingt-quatre pieds d'élévation sur vingt-quatre de circonférence, soutiennent rédifice. Les deux monolithes en granit rouge qui ornent intérieurement la porte principale sont peut-être les plus hauts qui aient jamais été employés dans aucune construction. Un nouveau peuple de statues de marbre, placé dans une longue ceinture de niches, anime Tintérieur et forme le cortège du Dieu qui repose sur Pautel. Nous remarquâmes, entre autres, celles de saint Ambroise, de saint Charles, du pape Martin V, de Pie IV. Le baptistère est formé d'un grand bassin de porphyre , qui passe pour avoir appartenu aux Thermes de Maximien Her cule.
Le chœur, fermé par une superbe grille, s'élève de plusieurs degrés au-dessus de la nef. Il est entouré de stalles dont les sculptures représentent la vie de saint Ambroise et d'autres archevêques de Milan : elles sont regardées comme un chef-d'œuvre. Au-dessus du maître-autel brille le riche tabernacle où Ton conserve le santo Chiodo , clou de la vraie Croix, porté en procession par saint Charles pendant la terrible peste de 1576. Derrière le chœur est la statue colossale de saint Barthélémy. On sait que le glorieux Apôtre fut écorchô T, m, 27
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tout vif; c'est dans cet état qu'il est représenté; c^tte sorte de réalité , rendue par un très-habile ciseau , est horrible. La sacristie nous offrit des calices et des patènes d'un travail exquis, la belle statue de Notre-Seigneur lié à la colonne et les deux statues en argent de saint Ambroise et de saint Charles.
Nous termin&mes cette visite par la chapelle souterraine de saint Charles. A la vue de ce mot : HumUitas, devise du grand archevêque et de son illustre famille , qui brille sur le magnifique tombeau d'un saint devant lequel le monde lui-même reste muet d'admiration, le chrétien se rappelle la promesse du divin Maître : Qui se humiliaverit exaltabitur, a Celui qui s'humihe sera élevé. » La châsse est d'argent, avec des panneaux en cristal de roche et des moulures en vermeil ; le saint archevêque est revêtu de ses habits pontificaux , enrichis de diamants; sa tête, ornée de la mitre^ repose sur un coussin d'or. En contemplant les traits de cette grande figure qui domina le seizième siècle et qui domine encore le clergé moderne , on bénit la Providence^ toujours fidèle à veiller sur l'Église; et on lui demande de tirer de ses tré^r^ quelqu'un de ses grands saints dont les besoins actuels réclament si impérieusement la puissante activité.
Au faîte du Duomoy debout sur la coupole de ce temple merveilleux^ qui élève jusqu'aux nues la gloire de la Sœur et de la Mère du genre humain, il nous fut donné de contempler un des plus vastes panoramas d'Italie : une grande ville arrosée par deux rivières, TAdda et le Tessin, majestueusement assise au miUeu d'une plaine immense, éipaillée de villes, de villages, de villas somptueuses, coupée par mille canaux qui «goûtent la fertilité et la grâce aux travaux d'une intel-
litlpnte culture 0 tormipéç par les i»ooimets n^n de4 Alpes et de TApennip.
Où trouver m belvédère plus favorable pour contempler le panorama historique de la cité milanaise? Regardez; voici venir tour à tour, du haut des Alpes et du fond de la plaine, se renversant les uns les autres, les Gaulois, les Romains, les Goths, les Huns, les Lom-* bards, les Français, les Espagnols et vingt autres peuples qui se disputent la possession de cette terre promise. La victoire reste aux Romains; Milan devient le ^jour de quelques-uns des maîtres du monde- Les autres se plaisent à y laisser des monuments de leur puissance. Ces seiïe colonnes que vous admirez près de l'église de Saint-Laurent proviennent des Thermes somptueux élevés par Maximien, le grand persécuteur du christianisme.
Mais voici bien d'autres conquérants : il ne s'agit plus de la possession de la terre et de la domination des corps, mais de Tempire des ftmes, L'ami de saint Paul, celui que les habitants de Lystre prenaient pour Jupiter lui-même, saint Barnabe^ arrive à Milan. 11 arrhe la ville pour son divin Maître , et vole k de nouvelles conquêtes. Perpétue, dame romaine, épouse d'un officier de Néron, a élevé dans la foi son jeune fils Nazaire. Il part pour Milan, continue l'œuvre de Barnabe, associe à ses travaux Gelse, jeune enfant de la cité : tout ce qu'il y a de plus faible contre ce qu'il y a de plus fort ! Le sang des jeunes martyrs, exprimé de leurs veines par d'horribles tortures, cimentera les fondations de l'église milanaise , dont les murs seront composés du sang et des ossements des illustres martyrs Fauste^ Calimène, Nabor et Félix, Gervais et Protais, et qui aura pour clef de voûte saint Ambroise, pour oo-
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lonues trente-trois évéques inscrits au catalogue des saints ; pour enfant Augustin^ le docteur des docteurs ^ et pour; restaurateur saint Charles, l'Athanase du seizième siècle.
Tant de victoires devaient être récompensées par un glorieux triomphe. Néron, Antonin, Commode, Aurélien , Maximien ont émoussé leur hache contre les martyrs milanais; elle est tombée de leurs mains désormais impuissantes, et dans les mains de leurs suc* cesseurs, assemblés sur le théâtre même du combat, voyez la plume qui signe le traité de paix et déclare le monde vaincu par la Croix. Salut, église de Milan ! voici la page la plus solennelle de ton histoire. Au commencement de Tannée 313 deux empereurs romains, Constantin et Licinius, arrivent à Milan. L'empire a les yeux fixés sur leurs démarches; il attend avec anxiété le résultat de leurs secrètes délibérations. Enfin, peu de jours avant les calendes d'avril , vers l'époque où le Christ sortit glorieux du tombeau, un édit paraît qui annonce la fin de la lutte trois fois séculaire du paganisme contre le christianisme, qui permet à TÉpouse de THomme-Dieu de sortir des ténébreuses galeries des catacombes; lui accorde pleine liberté d*exercer au grand jour et son culte majestueux et sa mission bienfaisante, ordonnant en outre de lui rendre, sans exiger aucune rançon, tous les biens que la persécution lui a ravis*.
Le glaive impérial ne fera plus de martyrs; mais Thérésie fera des apostats. Milan devint le théâtre d'une nouvelle lutte. Auxence est vaincu par saint Ambroise;
* Euseb., fl'isf.ylib. X, c: 5; Bar., an. 313, t. m, p. 74, n. 1-8.