PAVIE
chaîne de la tradition scientifique. Entre les illustres élèves qu'elle vit à ses cours, le voyageur chrétien n'a garde d'oublier saint François de Sales.
L'aspect de Pavie n'a rien de remarquable; les rues sont généralement étroites et malpropres , les édifices publics, quelques-uns exceptés, d'une médiocre élégance ; la Strada Nuova mérite seule d'être parcourue. Cette rue, large, bordée de magasins, traverse toute la ville et aboutit au superbe pont du Tessin. Ce monument du quatorzième siècle atteste la puissance de l'art et la grandeur des édifices publics à une époque longtemps accusée de barbarie. Il a trois cents pieds de longueur sur douze de largeur. Cent colonnes de granit soutiennent l'élégante toiture dont il est couvert ainsi que la pieuse chapelle bâtie vers le milieu.
Parmi les églises, Saint-Michel offre de curieux restes de sculpture romane. Grâce à plusieurs restaurations maladroites, la cathédrale ne conserve qu'imparfaitement son caractère gothique; mais elle a plusieurs bons tableaux de Sacchi, de Zingaro et d'Antoine Rossi. Le Saint Syrus de ce dernier est une œuvre capitale; mais la véritable richesse de ce temple, le noble objet de la pieuse curiosité du voyageur, c'est le tombeau de saint Augustin.
L'illustre évéque d'Hippone repose sous le mattreautel. L'art tout à la fois si patient et si poétique du quatorzième siècle s'est, en quelque sorte, surpassé pour orner la tombe de l'immortel docteur. La description de cette épopée en marbre nous entraînerait trop loin; je me ccmtenterai de dire que quatre cent quatre-vingts figures d'un travail exquis décorent les parois du mausolée.
Ce que peut éprouver un prêtre catholique offrant
Tadomble Yictinae sur Iç corps de^aînt Aug[ustin^ les pensées qui lui viennent au souvenir du fils de Monique^ les sentiments que lui inspirent le voisinage^ le contact du gigantesque athlète de la foi, du génie le plus vaste et en même temps du cœur peut-être le plus aimant qui ait honoré l'Église et l'humanité sont des choses qu'on ne peut redire^ même lorsqu'on a eu lé bonheur de les éprouver.
Mais comment ce précieux dépôt se tronve-t-il à Pavie? Depuis onze cents ans l'histoire n'a jamais varié dans sa réponse. A la fin du quatrième siècle, Trasamond^ roi des Vandales, persécuta violemment l'Église d'Afrique. Tous les évoques dont le glaive ne termina pas la glorieuse carrière furent relégués en Sardaigne. En partant pour Fexil, les généraux confesseurs emportèrent avec eux les ossements des martyrs et en particulier le corps sacré d'Augustin, leur père et leur modèle : c'était l'an 405, sous le papeSymmaque. Trois cents ans plus tard, vers l'an 774, la crainte des Sarrasins fit transporter le précieux dépôt à Pavie, où toutes les générations chrétiennes n'ont pas cessé un instant de venir lui rendre leurs hommages*. Or, savez- vous en
^ Vid. S. Fulgent. ep. Husp.; Oldrad. ep. Me^iol., Epist. q4 Car. Ho^fi.; Fnmciâ. Para, i$ Rehus ^aridoU, etc., etc.; Bar., An., t. IX, an. 72$; Paul. Piacon., d« Gesiis lotiyo^rd., lib. vu c. t4 ; Sigonius, de Reg. Jtaliœ; Ado Viennens., /n chronic. , an. 717. Deux témoins illustres , contemporains de la seconde translation , s'expriment ainsi î « Luitprandus, audiens quod Sarra- «r eeni, depopulata Sardhiia, ellam loca fcftdarent îHa ubi ossa <i stueti Augiisiini episocrpiproptor vastatiODem barlMironini Qlia& « taofilata et bpmi^ce fiierunt condita, misit, e\ date m^gao « pretio accepit , et transtulit ea in Ticinum , iblque cum debito « tanto Patri bonore recondidit. » Beda, lib, de Sex. ^tat./u\
l'0NtVÊRÔIÎÉ- 495
quels ternies ûû ailtèUï* français, dont Pouvragé est entre les maîns de la plupart dès pèlerirts dltalle, parle de ce fait incontestable et incontesté t Prêtez iWellle î a Parmi cette foule de débris mensongers qui abondent efl Italie, Pavie en montre peut-être deux des plus brillants et des mieux imaginés. Le premier eât le prétendu et grandiose tombeau dé saint Augustin'. t> Un fkît public traité de fable , les auteurs contemporains accusés de fourberie ou d'ignorance , onze siècles de superstition , les papes de jonglerie , voilà une partie du venin renfermé dans ces phrases, que rendront à jamais inexcusables et la fidélité de Thistorien et la probité de l'honnête homme : jusqu'ici pourtant on a voyagé en Italie avec de pareils guides !
Après un frugal repas, nous visitâmes l'Université. Ce vaste édifice, situé dans la Strada Nnova, offre à l'admiration de l'étranger sa riche façade et ses trois cours environnées d'un péristyle à doubles colonnes. Dans l'intérieur, on trouve une bibliothèque d'envirotl cinquante mille volumes, un beau cabinet de physique et d'histoire naturelle et des salles superbes destinée» à l'enseignement. Les études, dont le programme est
fine, — Le fait quels V. Bède raconte en peu de mots, Oldrade, archevêque de Milan, le décrit en détail dans sa lettre à Charlemagne. Cette pièce capitale, que je regretté de ne pouvoir rapporter, se trouve tout entière dans Bftronitis , Ann,, t. ix > 'an. 725i n. 2 et suiv. ; on y voit et la réœpiion magnifique faite par Ltiitprand et par son peuple au corps de saint Augustin et U$ mitades par lesquels la saint récompensa la piété publique ^ enûji la dépQsition de ses restes sacrés dans Téglise de Saint-Pierrei incielQ d'oro,
' Cet auteur est M. Valeri, dans ses Voyages jprétendus historigues en Italie i
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aussi varié qu'en France, s'y font avec un succès ^al, sinon supérieur^ grftce à la liberté de l'enseignement. On n'y sème pas du grec et du latin pour récolter des bacheliers, mais on y répand Tinstruction pour obtenir de la science.
Le collège Borromée, voisin de l'Université, est une des magnifiques créations de saint Charles. L'illustre archevêque voulut que la jeune noblesse du Milanais puisât à des sources pures la science qui fait les citoyens utiles, tandis qu'élevée sous la même discipline, dans la même province et dans le même établissement, elle se formerait à des mœurs chrétiennes et conserverait avec fidélité Tesprit national , précieux héritage des familles et garantie d'honneur et de prospérité pour les États. Avec l'intelligence et le zèle des grandes choses qui caractérisent les saints, le généreux cardinal s'empressa de mettre la main à l'exécution de son projet; l'énergie de sa volonté et la bonté de son cœur le conduisirent à terme dans le court espace de quelques années. Pavie fut dotée d'un monument dont l'imposante façade, Inélégante architecture, les vastes portiques, les fresques brillantes et la spiendide chapelle sont Torgueil de la cité et la gloire immortelle du fondateur. Fidèle à l'esprit du saint cardinal, la famille Borromée continue encore aujourd'hui d'entretenir à ses frais et le collège et les trente élèves qui le composent.
Les saints bienfaiteurs du monde , tel fut le sujet de la conversation pendant le trajet que nous fîmes à pied jusqu'à la Chartreuse, distante de Pavie d'environ six milles. A moitié chemin , sur la gauche , on montre l'endroit présumé où François P' perdit la célèbre bataille. Le champ fameux porte encore le nom de Ripentita; c'est dans le parc delà Chartreuse que le monarque
GHÀATJUBUSE. 497.
français rendit sa noble épée et devint prisonnier. La tradition du couvent porte que la première chose qui frappa ses regards fut l'inscription suivante : B<mum mibi quia humiliasti me, ut discam justificaiûmes tuas, cr C'est un bien pour moi^ Seigneur, que vous m'ayez humilié» afin que j'apprenne à connaître vos adorables jugements. » À la vue de ce texte divin, le prince se mit à genoux, le répéta avec dévotion^ et écrivit à sa mère : Tout e$tp$rdUy Madame, fors fhonneur. A vingt minutes de la route , au milieu d'une plaine couverte d*arbres fruitiers, se dessiife la Chartreuse. Que dire de cette merveille? sinon qu'elle est la digne sœur de la Chartreuse de Naples. Sur l'élégante façade , ornée de peintures exquises, de bas-reliefe^ de médaillons et de col<»mes en marbre de Carrare, brille au loin l'inscription suivante, écrite en grandes lettres d'or : Virgini Mariœ, FUUBj Matri et Sponsœ Dei ; <x À la Vierge Marie, fiUe^ mère et épouse de Dieu. » Miséricorde pour Galéas Visconti, dont le repentir a élevé ce magnifique sanctuaire.
L'église, mélange d'architecture gothique et grecque^ forme une croix latine dont la longueur est d'environ deux cent trente-cinq pieds et la plus grande largeur de cent soixante-cinq. Elle a trois nefs^ quatorze chapelles, sept de chaque côté, sans compter les deux du transept et le maitre-autel. Tous les murs extérieurs sont ornés de sculptures et de colonnes en marbre blanc, aussi bien que le dôme , dont la forme est de la plus grande élégance. L'intérieur du temple répond à l'extérieur. Du pavé jusqu'à la voûte tout est or, marbre et peinture. Chaque autel^ surmonté d'un tableau, offre à l'œil ébloui l'assemblage des marbres les plus rares incrustés ordinairement de pierre fines. Les principales
IM LBS nOI8 HOME.
frêscfUii «ont de César ai de Camille PfociiÊdni ^ dç lia* ôfino d'Alba, d'Antoine Biisca et de Daniel Grespi. La sainte Yiergci avec Notre-^Seigneur, saint Pierre et saint Paul, par le Gdefchln^ et la sainte Vierge entourée d'Anged qui adôt^Qt l'Enfant Jésus ^ par le Pérugin, sont deux admirables ebeft-^'œuvre de grâce et d'expression. L'habile ciseau d'Amedei et d'autressculpteurs célèbres a peuplé toutes les parties de l'édifice de atatues dont la beauté rivalise avec celle des peintures. Que dire de la gi'ille en fer du choeur, avec des montants en marbre^ des ornements et des figures en bronze doré, sinon qu'elle est peut-être la plus belle qui existe? Dans !ê transept s'élève le mausolée en marbré de Galéas Vi&conti , fondateur de l'église. Ce monument est couvert de sculpturesexquises représentant les actions de Galéas< dont le corps n'a jamais reposé dans ce superbe tombeau, achevé cent soixante ans seulement après sa mort. Qui n'a pas vu le chœur et le maître-autel nn peut s<' former une Idée de leur magnificence. Là étincellent, de toutes parts, les mosaïques les plus fines et les plus brillantes, l'albâtre découpé comme une dentelle, le bronzer animé par le ciseau de Brambilla, le lapis-lazuli formant partout de gracieux dessins et faisant briller sur son fond d*azur une multitude de pierres précieuses, semblables aux étoiles qui scintillent à la voûte du ciel. Le Lavabo des religieux , les deux sacristies sont autant de bijoux. Dans le premier la grande vasque en marbre , les figurines qui lancent de l'eau , le puits en marbre . semblent le démief effort de l'art , tant on y trouve d'élégance et de délicatesse. Par leur grandeur et leur richesse les deux sacristies répondent à ce qu'on a déjà vu. La neuve est un musée de peinture, et l'ancienne possède un ouvrage unique au monde; c'est un cofie
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orué de bas- reliefs en dents d'hippopotame et représentant toute rhistoire de l'Ancien et du Nouveau Testaaient.
£n eortantde Téglise, nous iwitrftnie^ dans le Portique dé Ift Pontftine. Ce Heu rappelle V Atrium des anciens. Au centre jaillit une source linipide^ et sur les côtés règM un portique élégant en terre cuite ^ avec pUfond peint en azur et or et dont tes sculptuttis rivalisent avec les plus beaux ouvrages en marbre. De là nous passâmes dans un autre cloître plus vaste^ mais non moins riche. Le milieu, CQUvert de gazon, e$t le cimetière des ChartreuiL, dont les cellules s'élèvent symétriquement au-dessus du toit avancé qui couvre le portique. Telle est l'imparfaite esquisse de cette merveille de Tart. Le repentir d'un prince Tavait commencée ^ Taustère firugalité des Chartreux l'avait achevée; un prince janséniste, Joseph II, Ta spoliée, et le Directoire français Ta exposée à une ruine complète en enlevant les plombs qui la couvraient. Amour et admiration , horreur et pitié, tels sont les sentiments qu'inspirent Thistoire et la vue de la Chartreuse * et qui nous accompagnèrent jusqu'à Milan.
' Le moyen âge avec sa foi , ses faiblesses et son héroïque pénitence, respire dans Tacte de fondation. « Le huit octobre de Tan de l*incarnation mil trois cent quatre-vingt-seize , Jean Galéas VisGonti posa la première pierre de l'édifice, et trois ans apr^ vingt -cinq cbartreux vinrent s'y établir. Le duc leur assigna pour dotation divers lieux aux environs, dont ils retirèrent un revenu considérable, lequel ne fit que s'accroître par la culture. Jean Galéas, dans son testament, fait à Miligno le 21 août 1402, imposa aux religieux l'obligation d'employer une somme fixe et annuelle à finir cette construction et jusqu'à son plein et entier achèvement ; après quoi , la même somme devait être distribuée aux pauvres chaque année, ce qui ne put avoir lieu qu'en
WO LES TAOIS BOMB.
19 ATril.
Un sennoD. — Bibliothèqae. — Galerie. — {Bibliotbëqae ambrosieDoe. — Léonard de YincL — Sainte-Marie des Grâces. — Fresque de la Cène. *- Arc de la Paix. — Cirque. — Grand Séminaire. — Palais archiépiscopal. — Première maison d*orpbelins. — Grand hôpital. — Frères de Saint-Jean de Dien. — Salles d'asile. — Oratoire de Saint- Charles. — Pieax institot de Sainte-Marie de la Paix. — Collège militaire. — Hospices Martineili , — de Sainte-Marie délia Stella , — di Loreto, ~ délia f^ergine Addoloraia. — Pia casa d'industria.
En passant près de l'église de Saint-Fidèle^ nous fûmes attirés par la voix d'un prédicateur qui , je ne sais à Foccasion de quelle fête, prêchait sur la sainte Vierge. L'auditoire était nombreux et très-recueilli. Suivant Tusage d'Italie^ Torateur allait et venait librement sur le PalcOy distribuant aux fidèles les trésors de sa piété et de son éloquence : il ne manquait ni de l'une ni de l'autre. Sa parole vive et figurée^ son ton de voix onctueux, ses gestes pittoresques, le laisser-aller de ses pensées et de ses sentiments convenaient on ne peut mieux au carac- . tère de rassemblée. En général, j'ai remarqué dans les prédications italiennes beaucoup plus d'abandon et de naturel que dans les nôtres. La méthode symétrique, la froide unité, toutes ces choses de l'art humain, que nous devons, en partie , à notre éducation classique, la chaire italienne est loin de les admettre au même degré. II en résulte que la prédication atteint mieux son but,
Tannée 1542, Tédiflce n'ayant été entièrement fini qu'à cette époque. Mais le reliquat devenant tous les ans plus œnsidérable, il donna le moyen aux religieux , tout en satisfaisant à Taumône prescrite, de continuer à embellir et à enrichir le superbe monument. » — Caval. Malespina di Sannazaro , Descriz. deUa Certosa diPavia.
BIBLIOTHiOUE AUBBOSIBKNE. 801
c'est-à-dire qu'elle est ensemble plus populaire et plus utile.
De Saint-Fidèle nous nous rendîmes à la bibliothèque . Ici^ comme dans la plupart des grandes villes dltalie, la bibliothèque est un palais et un trésor* Deux beaux escaliers de marbre conduisent dans de vastes salles or^ nées de boiseries délicatement travaillées. Environ cent soixante mille volumes et mille manuscrits sont rangés dans de superbes armoires; puis vient le Cabinet des médailles et l'Observatoire^ un des plus remarquables de l'Europe. Ce dernier a été illustré par un des meil* leurs astronomes des temps modernes y l'abbé Oriconi ^ qui le dirigea pendant cinquante ans. Après avoir refusé d'être sénateur de l'empire^ Thumble et pieux ecclésiastique mourut en 1832. Dans le même bâtiment se trouve la galerie. Comme tout le monde ^ nous y vîmes avec bonheur le Mariage de la sainte Vierge, ouvrage plein de grâce de la jeunesse de Raphaël y et VAgar renvoyée^ par Abraham y du Guerchm; ce tableau produit une vive impression. Saint Pierre et Saint Paul, par le Guide ; Saint Mare préchant dans Alexandrie , par Gentile Belilini ; la Madeleine aux pieds de Notre-Seigneur, la Sainte Famille y par l'Âlbane ; plusieurs autres compositions de Gaudence Ferrari^ de Bernardine Luini^ du Bramantino sont autant de chefs-d'œuvre de goût, de naïveté, d'expression et de perspective.
Si la galerie de Milan tient une place distinguée parmi les galeries de l'Europe, la bibliothèque ambrosienne figure en première ligne parmi les trésors Uttéraires de l'Italie. Due en partie à la munificence de saint Charles^ elle compte environ soixante mille volumes et plus de dix mille manuscrits. Nous vîmes quelques paUmpsestes d'un grand intérêt. Je citecai entre autres celui des Plai-
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doyet^deClcéMû pôUt ScâUru^ el Plâceuî5, sUi» le^Uêls on avait écrit les vers de Sédulius , notre poète chrétien du Sixième siècle. Celui des Lèttfëâ de Màrc-Aurèle et de Pf onton , retrouvées Sôus une histoire du Cioncile dé Chàlcédôiné : cette double découverte est due au cardinal Mai, qui semble avoir reçu la mission de faire à l'égard des vieux manuscrits cô que Cuvîer a fait à l'égard des fossiles. Les ouvrages de Josèphe , écrits sur papyrus, sont un des manuscrits Ips plus précieux qu'où connaisse t ce manuscrit daté de dou2e siècles au moins. Une salle magnifique contient plusieurs chefe-d'oeuvré de peinture ; tels sont le Christ yd\x Guide, et VÉeole d'Athènes, de Raphaël.
Léonard de Vinci fie doit pas être oublié. Peintre , littérateur, mécanicien, ingénieur, architecte, Tami de François F"* conduisait de front tous les arts , et dans tous il laissa les traces lumineuses du génie. Le père des lettres eut pour ce grand homme plus que de Tadmiration ; il l'honora d'une constance amitié. Ayant appris que Léonard de Vinci était mourant & Fontainebleau , le roi vint le voir et le soutint sur son séant pendant qu'od lui faisait prendre un bouillon. Tant de bonté excita la surprise d'un courtisan : « Sacheis, lui dit le roi , que je puis fbire des grands seigneurs tous les jours; mais Dieu seul peut faire l'homme que je perds. »
La Cène passe pour le chef-d'œuvre de Léonard de Vinci» Elle fut faite pour le réfectoire des Dominicains de Notre-Dame^des^Gràces , et on nous dit que la tètê seule de Notre^Seigneur avait occupé Tartiste pendant trois ans. Cette fresque admirable est malheureusement perdue ou à peu près. En 1796, les Français, devenus maîtres de Milan, profaqèreut l'église des Dominioaius et changèrent le rôféotoire an éOuria, L'humiditA et le salpêtre.
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se commuiiiquaQt aux oiuvs^ réduisirent bientôt rimmortelle composition à l'état déplorable où nous Tavons vue. Il n'en resterait pas de vestige si un jeune officier, visitant les casernes, n'avait fait immédiatement retirer les Ghevau3^ et pourvu > autant qu'il était encore possible , à la conservation du obef-d'ouvre.
Au sortir de Notre*Dame-de«-Gràces nous salu&mes rArc de la Paix commencé par Napoléon et le cirque achevé par ce même conquérant. Ce cirque moderne imite parfaitement les anciens, et sert comme eux aux courses de chars et aux naumachies; il peut contenir trente mille spectateurs. On dirait que dans ce beau pays dltalie les monumeuts sortent de dessous terre et ne coûtent rien à construire, tant le nombre en est considé** rable. Les ponts, les églises 9 les palais, les statues, les arcs de triomphe^ les portiques, les fontaines, qu'on ren^ contre dans les moindres villes , sont d'une perfection admirable et d'une solidité qui défie les siècles^ L'amour des arts est la gloire des Italiens : elle en vaut bien une autre; celle-là du moins ne fait pas de malheureux.
Le grand séminaire et le palais archiépiscopal sont deux autres monuments qui honorent la cité qui les possède et le grand saint qui en fut le fondateur. D'une architecture noble et sévère, ils réfléchissent le génie de l'illustre cardinal et indiquent le but auquel ils sont destinés. Les vastes salons de l'archevêché, autrefois tendus de riches tapisseries, en furent dépouillés par saint Charles pour habiller ses pauvres diocésains pendant la peste; on les a laissés dans le même état. La nudité de ces grands murs a je ne sais quoi de saisissant qui devient de l'éloquence lorsqu'on la contemple en se rappelant le foit dont je viens de parler.
Réchauffé par saint Charles , l'esprit de charité con-
S04 ' lES TROIS ROME.
tinue d'inspirer les Milanais. Il faut dire à leur gloire que le premier établissement régulier en faveur des enfants abandonnés prit naissance dans leur ville. L'honneur en revient à un saint prêtre nommé Dathéus ^ dignitaire de l'église de Milan; voici l'acte même de cette fondation mémorable^ qui eut lieu en 787 : a Moi Da« théuSy pour le salut de mon âme et celui de mes concitoyens^ j'ordonne qu'on fasse de la maison que j'ai achetée et qui est contiguë à l'église un hospice pour les enfants trouvés. Je veux qu'aussitôt qu'un enfant sera exposé dans l'église il soit reçu par le préposé de l'hos* pice et confié à la garde et aux soins des nourrices qui seront payées pour cela. Ces enfants apprendront un métier, et lorsqu'ils seront parvenus à l'âge de dix-huit ans je veux qu'ils soient dégagés de toute servitude et libres d'aller et de demeurer où il leur plaira ^ »
Il serait agréable de suivre à travers les siècles cette longue chidne de bienfaits publics dont rétablissement de Dathéus fut conune le premier et brillant anneau. Si les bornes d'un voyage nous interdisent un semblable travail, elles permettent au moins de l'esquisser rapidement ^ je dirais volontiers qu'elles le commandent : en général , l'Italie charitable est trop peu connue. Toutefois, en présence du paupérisme qui envahit les sociétés modernes, en face de ce formidai)le problème dont la solution tourmente l'Europe actuelle, à la vue du malaise et de la fermentation qui travaillent les classes inférieures et qui peut, dans un moment donné, étabih* un
* Muratori, ilnticfc. itof., t. iv, 37. — L'épitaphe de ce saint prêtre est simple et suhlime comme sa vie :
Sancte , mémento y Deus , quia condidit iste Dathœus Hanc aulam miseris auxilio pueris.
PBimlBBS IfiiSONS D'OBPBBLmS. 505
duel à mort entre celui qui ne possède pas et celui qui possède : n'est-ce pas un devoir impérieux de rechercher comment la plus ancienne , la plus parfaite des sociétés ^ l'Église catholique^ a prévenu la cause et paralysé les effets de ce terrible antagonisme? Or, peut-être nuUe part son esprit ne s'est fait sentir plus vivement qu'en Italie; et le voyageur qui révèle à son pays quelquesunes de ses inventions salutaires mérite presque une couronne civique. Mieux vaut mille fois publier une bonne œuvre que de décrire une statue; d'ailleurs il est juste de faire pour &iilan ce que nous avons fait pour le reste de l'Italie : tels sont les motifs qui, contrairement à nos projets, retardèrent notre départ de vingt-quatre heures»
Notre première visite fut pour le grand Hôpital : c'est le plus beau palais de la ville. Les marbres, les colonnes, les ornements d'architecture y sont prodigués. Bâti par le duc François Sforza, il a été, depuis son origine, considérablement augmenté, n contient huit cents lits, sans rideaux et qui me parurent trop rapprochés. On y reçoit sans distinction tous les pauvres malades. Outre les médecins et les chirurgiens ordinaires, des professeurs y enseignent l'art de guérir à de nombreux élèves, qui joignent constamment la théorie à la pratique. Il n'y manque qu'une chose, nos sœurs de Saint- Vincent de Paul. Puisse l'heureuse contagion qui de Gènes les a fait passer à Plaisance gagner bientôt le Milanais ! Les soins matériels y sont donnés avec tout le zèle et l'intelligence qu'on peut attendre d'infirmiers et de femmes à gages; s'il y a un peu d'encombrement , la propreté des vastes salles ne laisse rien à désirer. Il en est de même des secours spirituels. Sous ce dernier rapport les hôpitaux. d'Italie sont des modèles qu'on ne saurait trop étudier* T. m. 39
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La chflrité milanaise a bfttt pbnt le ^ttvre malade an autre palais moins somptueux que lé premier^ mais II est administré avec un dévouement plus sublime. Dans la pue Fatt^Ben-FraMli vous voyez un grand édifice^ dont le vestibule est orné d'une belle statue , en marbre blanc^ de saint Jean-de-Dieu. C'est là que les dignes en^ fants du saint Vincent de Paul de TEspagne et de l'Italie soignent paternellement quatre-vingt-dix malades. Comme le cœur des bons religieux, les portes de leur maison restent toujours ouvertes : quel qull soit , Knflrme peut entrer, certain d'être reçu avec un empressement cordial : voilk pour les malades.
Mais Tenfance , la pauvreté , la vieillesse , de quelle manière la charité milanaise vient-elle à leur secours? Ici, comme partout où il règne, le catholicisme produit des miracles et embrasse toutes les misères humaines, depuis le berceau jusqu'à la tombe. Outre un grand nombre d'écoles gratuites. Milan possède, pour une population de cent quarante-huit mille âmes, sept ou huit salles d'aâle. Elles doivent leur existence à l'excellent abbé Âporti. La méthode est la même que chez nous^ et la tenuene laisse rien à désirer. L'Oratoire de Saint-Charles reçoit, les dimanches et jours fériés, de jeunes apprentis auxquels on fait passer le temps en exercices religieux eten divertissements honnêtes. LepîeuxInstitutdeSainte- Marie de la Paix élève les enfants incorrigibles de dix à quatorze ans. Un des grands moyens d'amélioration, c'est le silence auquel on est obligé pendant toute la durée du travail. Lorsque nous le visitâmes^ l'Institut venait d'être fondé; néanmoins il comptait déjà bon nombre d'enfants, ^ le vertueux directeur is'applaudissait des résultats obtenus.
• Louis XIV établit THôtel des Invalides, où les braves
HOSMCB MARTINBTtï. AOl
Mit ttotirris dans leur vieillesse et soulagés dans leurs intlrmités aux frais de la patrie^ pour laquelle ils ont versé leur sang et perdu leurs membres; Napoléon fbnda la maison impériale de Saint-Denis pour les filles des Légionnaires; et toute l'Europe applaudit à ces nobles înstltulions. n restait une lacune : l'empereur d'Autriche Ta comblée. Milan possède un Collège militaire , destiné aux enfants des soldats des huit régiments italiens : nous y trouvâmes trois cents élèves. Les services, les blessures, la mort des pères sur le champ de bataille sont les titres d'admission pour les enfants. On nous dit qu'il existe ciwiuante Instituts semblables pour les autres r^îments de Tarmée autrichienne. Il est facile de comprendre combien ces institutions de bon sens et de charité doivent attacher le sous-ofBcier et le soldat à son drapeau, puisqu'on son absence Vabandon et le besoin ne menacent plus sa famille.
Mais l'enfant du simple citoyen à qui la mort ravit les auteurs de ses jours, que devient-il t La charité lui ouvre ses bras et lui tient lieu de mère. Son collège à elle, c'est l'hospice des Orphelins , appelé Martinetti, du nom de son fondateur. Dans cette belle et vaste maison nous trouvâmes environ deux cents enfants au teint rose, à la figure épanouie. Ils y sont reçus de l'âge de sept à treize ans, et y restent jusqu'à dix- huit ans. On les forme pour les professions industrielles, et on les envoie en apprentissage chez les meilleurs artisans; ils sTiabituent ainsi peu à peu à la vie de l'ouvrier. C'est le système tout à la fois économique et paternel de l'hospice romain de Tata Giovanni. La condition essentielle de succès se trouve dans le choix des maîtres. Les avantages que l'hospice Martinetti procure aux orphe- Vm^, 1rs jeunes orphelines en jouissent dans la maison
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de Sainte-Marie délia" Stella , vis-à-vis de Notre-Dame des Grâces. Fondé par le cardinal Borromée , cet asile reçoit de trois à quatre cents orphelines. Elles y entrent depuis sept ans jusqu'à dix, pour n'en sortir qu'à vingt et un. Sousle rapport delà religion^ des bonnes mœurs et du travail, leur éducation ne laisse rien à désirer. Aussi les Stellines sont-elles recherchées en mariage par les artisans honnêtes. Quand elles s'établissent, onleurfaitunedotde trois cent treize francs. Ne trouventelles ni à se marier ni à se placer, Sainte-Marie di Loreto leur ouvre ses portes; là elles peuvent passer leur vie au sein de la paix et de l'innocence. A l'époque de notre visite^ Sainte- Marie delta Stella comptait trois cent quarante orphelines; nous en trouvâmes cent vingt au Loreto. On le voit, le système d'une double adoption se pratique à Milan comme dans la plupart des autres villes d'Italie; rien n'est plus moral et peut-être plus économique. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit ailleurs , sur le même sujet.
Milan se distingue encore par l'aumône favorite de la charité romaine. Sur le revenu de plusieurs fondations, on y distribue annuellement plus de mille dots, et chaque semaine des secours individuels pour plus de trente mille livres italiennes. La vénérable congrégation de Santa-Corona fait soigner gratuitement les malades à domicile. La pieuse Union visite les malades du grand hôpital^ prend soin des femmes et des filles en danger, cherche à les marier ou à les placer ; dirige le Refuge de la Beata Vergine Addoloraia; y reçoit les jeunes filles nubiles âgées de moins de vingt ans, les entretient jusqu'à vingt-six^ et leur fait une dot à leur sortie. Elle dirige aussi le Refuge destiné aux jeunes filles de cinq à douze ans. Elles y restent jusqu'à vingt ans et n'en sor-
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tent que pour être femmes de chambre ou maltresses d^école : si elles se marient^ elles reçoivent une dot de deux cents francs. Il existe encore à Milan plusieurs autres associations charitables entre les diverses professions. Je me contenterai de citer le pieux Institut de secours pour les médecins, le pieux Institut philharmonique, le pieux Institut typographique^ le pieux Institut pour les chapeliers; c'est ainsi que dans tous les pays catholiques on lutte par des associations pieuses et charitables contre l'individualisme^ qui produit Tégoïsme d'abord ^ puis le paupérisme. Mais pour être utiles, c'est-à-dire morales et durables, les associations doivent être fondées sur le double lien de l'intérêt du temps et de Tintérêtde l'éternité ; c'est dire assez qu'elles sont impossibles en dehors de l'inspiration chrétienne. Mais la gloire de la charité milanaise est la Pia Casa éTIndusiria. La visite de cet établissement modèle termina notre longue et riche journée. Empêcher les pauvres de mendier, mais aussi de souffrir, sans porter atteinte à leur liberté ; ainsi se pose au point de vue de l'économiste chrétien le grand problème de l'extinction de la mendicité. Or, il nous semble trouver ici sa véritable solution. La Pia Casa empêche les pauvres de mendier, c'est-à-dire qu'elle ne leur laisse aucun prétexte de le faire. On a dit aux pauvres : Ou vous êtes valides ou vous ne l'êtes pas. Si vous êtes valides, travaillez chez vous ou chez les particuliers; si l'ouvrage vous manque, venez à la Pia Casa; elle vous en donnera, quels que soient votre âge , votre sexe ou vos forces. Quand Touvrage reviendra chez vous ou chez les particuliers, vous aurez toute liberté de le reprendre. Si vous êtes invalides, vous serez secourus à domicile ; mais dans aucun cas il ne vous sera permis de mendier. Si vous le
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(émet malgré toiu les moyens de iie pas le faire» vous oommetirieii ua délit également contraire à l'Évangile, qui déclare indigne de manger celui qui refuse de travaiUer> et à la loi civile^ qui doit réprimer la fainéantise^ mère de tous les vices. Coupablesi vous séries punis par la réclusion p dans une maison d'arrêt ou un dépôt de mendicité.
Ce qui précède montre que la Pia Casa empêche aussi le pauvre de souffrir en lui procurant toujours de l'ouvrage à lui, à sa femme et à ses enfants. Nour-seulement elle lui assure le salaire exigé pour la subsistance de sa famille $ elle respecte encore sa liberté. Le pauvre arrive le matin à son ouvrage; on lui vend, s'il le désire y une excellente soupe au prix de neuf centimes la ration de vingt-huit onces et de cinq centimes la demi-ration. U peut acheter au dehors ce qu'il lui convient d'y ajouter^ et peut même prendre ses repas en ville avec sa femme et ses enfants; cai* chaque jour il a» comme l'ouvrier ordinaire y une heure le matin et une heure le soir dont il peut disposer. Sa journée (inie^ il se retrouve le soir avec sa famille^ et sa condition ne diffère en rien de celle de l'artisan. Quelle différence entre la Pia Ca$a et nos dépôts et surtout les work-houses de l'Angle^ terre^ où la Uberté du pauvre et les joies de la famille sont si horriblement sacrifiées ! Mais aussi quelle différence dans les résultats ! Ici le pauvre bénit l'autorité et la richesse; là il les maudit. Ici le pauvre conserve sa dignité et son honneur en conservant sa Uberté; là il s'abrutit en perdant l'un et l'autre. Ici la lutte entre le pauvre et le riche serait difficile à provoquer; là elle ne semble attendre qu'une occasion pour éclater en sanglantes représailles ; en désordres^ en anarchie.
l«a C<k$a d^if^àmtria, établie en 1784f sous la dépomi-
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QHtioa de Maiêw du Travail libre, vit en 1815 une succursale se former à Tautrc extrémité de la ville, près de réglise Saint-Marc. L'établissement reçoit des internesy ricaueraii, et des externes^ intervênienHn Les premiers sont à demeure; mais ils sont libres de quitter l'établis* sèment quand ils veulent et sans être astreints à justifier de leurs moyens d'existence : ils travaillent à la journée ou à forfait. Leur salaire est de quarante centimes pour les hommes et de trente pour les femmes. Celui des seconds n'est que de trente-cinq centimes pour les hommes^ vingt-cinq pour les femmes; mais ils y joignent tout le produit du travail qu'ils peuvent faire en sus de leur tâche. Par ce moyen leur journée est loin d'être mauvaise. Quelques individus sont à leurs pièces et peuvent gagner jusqu'à deux francs par jour. Les enfants n'ont aucun salaire; leur travail est accepté pour leur nourriture^ qui se compose de soupe ^ pain et viande; deux fois la semaine on y ajoute du vin.
Les hommes et les femmes travaillent dans des salles séparées; et il y a de l'ouvrage pour tout le monde. Le tissage de la toile et des étoffes, accompagné de toutes les opérations qu'il suppose, telles que carder, filer, blanchir, teindre, etc., avec la fabrique de nattes de jonc, dont il se fait une grande consommation dan$ le Milan^iis, forment les deux principales occupations de la Pia Casa. Le nombre des internes est d'environ cinq cents; celui des externes varie de cinq cents à mille , suivant les saisons, l'activité des travaux et la cherté des vivres* a Ajoutons que l'établissement fournit du travail à domicile à quatorze mille personnes environ chaque année. Toutefois , grâce à la spécialité de ses produits, il ne fait aucune cpncurrence ruineuse à l'ouvrier libre ni à l'industrie privée. C^est ainsi que le système milanais pé^ou^
M'a Les trois rome.
le problème de l'extinction de la mendicité et concilie les intérêts de tous, ceux de la société en détruisant la plaie du vagabondage, ceux du pauvre en lui offrant un asile tout en lui 'laissant et sa dignité^ et sa liberté^ et sa famille, ceux de l'ouvrier libre en dirigeant les travaux du refuge de manière à éviter une concurrence nuisible à son industrie. En sortant de la Pia Casa, on ne peut que répéter aux économistes le mot de Bacon aux pédagogues de son temps : a Vous cherchez des systèmes d'éducation ; voyez les écoles des jésuites , c'est tout ce qu'on a réalisé de meiUeur^ »
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Pépart de Milan. — Système d'irrigatioo. — Pont du Tessin. — Aneodote. — Novare. — Diptyque consulaire. — Baptistère. — Saint-Gaudens. — Souvenirs. — Saint-Laurent. — Le Piémont. — VeroeiL — Souvenirs de Marius et de saint Eusèlw. — Catliédrale. — Tombeau du B. Amédée, — de saint Eu8èl)e. — Manuscrit de saint Mars. — Église d»^ Saint- André. — Tombeau de Tliomas Gallo.
Nous quittâmes la capitale de la Lombardie par une belle journée de printemps. Les cultivateurs étaient dans les campagnes; ici on ensemençait les rizières; là on fauchait les luzernes. Les oiseaux, revenus de leurs migrations lointaines, réjouissaient par leurs chants les nombreuxtravailleurs, et degrands troupeaux de bœufs, bondissant autour de nous, animaient le paysage. De toutes parts des canaux gracieusement tracés portaient dans tous les héritages le riche tribut de leurs eaux limpidest On ne peut qu'admirer ^intelligence i^vec laquelle la science des eaux et de l'architecture hydraulique est
* Gonsule Jesuîtaram scholas ; his enim quod in nsum venit nibil melius. De aug. icîfitU,