‹ Les trois RomeChapitre 68 sur 75 · DÉPART BB MILAN · texte numérisé non relu

DÉPART BB MILAN

employée dans ce charmant et fertile pays. De grands réservoirs sont établis sur le flanc éloigné des montagnes, de manière aménager un niveau safflsant pour Tirrigàtion de la plaine. L'eau descend par des canaux qui la divisent en circulant autour des propriétés. De distance en distance sont des retenues et des empelleraents destinés à la faire déborder sur le sol ; de telle façon qu'aucune partie de la surface ne puisse échapper au bienfait. Léonard de Vinci n'est pas, comme on l'a cru, l'inventeur de ces canaux ; on ne lui attribue que l'invention des écluses.

Outre ces rigoles , qu'on prendrait à leur couleur argentée pour les mailles d'un vaste réseau étendu sur le vert gazon , Milan possède deux grands canaux^ qui forment sa véritable richesse : celui du Tessin,flni en 1271, et celui de l'Adda creusé en 1457. Venus de points opposés, ils se réunissent dans la ville, l'embellissent, la rafraîchissent, en fertilisent les jardins , l'unissent à l'Adriatique, dont ils attirent le commerce , et la mettent en communication avec les contrées voisines et avec les vallées du lac Majeur. C'est de là qu'ils apportent, à des prix très-modérés, les vivres, les charbons, les bois de chauffage et de charpente, les matériaux de tout genre, mais principalement le miarolo, superbe granit dont sont faites les cinq ou six mille colonnes qui ornent la royale ^ cité.

Adieu au Milanais; adieu aux belles eaux qui fertilisent le sol, aux bonnes œuvres qui fécondent les âmes de la Gaule cisalpine! Adieu bientôt à l'Italie. Déjà nous avons passé Magenta, la Maxentia des Romains, gros bourg, placé au milieu des vertes campagnes comme une brillante oasis : nous voici sur les bords du Tessin. A l'autre extrémité du pont , le plus beau de l'Italie , nous

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ne vtmes qiM par les yeux de l'imagioatioa Aanilml ai ses éléphants descendu des Alpes et se préparant à fraor chir le fleuve» malgré la défense de l'armée romaine i œ que nous vîmes des yeuK du corps » c'est la douane piémontaise> rangée en ordre de bataille et nous attendant de pied ferme. Il fallut subir sa visite , exhiber les/Mw*- Mporii et remplir pour la cinquantième fois les formai lités d'usage. On daigna nous trouver en règle^et laper*mission de trotter vers Novare nous fut donnée par éorit. Dans la voiture prit place un chanteur bergamasque, qui venait à Turin ; son vœu le plus ardent était de franchir les Alpes avec nous et de voir Paris, a J'ai là un compatriote» sjoutait-il, je serais heureux de le revoir. -^ Quel est son nomt *-- Vous ne le connaissez pas, mais toute TEurope le connaît} c'est Rubini. — Il est de Ber* game? — Certainement^ et nous sommes nés dans la même rue. Il n'était pas riche > le brave garçon; mais il avait une jolie voix. Pour aider sa vieille mère il cumulait les fonctions de choriste et celle plus lucrative de garçon tailleur. Un jour^ comme il était allé essayer des pantalons à Nozari, notre excellent viriuoso le regarda fixement et lui dit avec bonté : ce II me semble , mon garçon, t'avoir vu quelque part? — C'est possible, Mon* sieur, vous m'aurez vu au théâtre , où je fais ma partie dans les chcmirs. — As-tu une bonne voix? — Pas fameuse, Monsieur, je monte avec peine au soL — Voyons, fit Nozari en s'approchant du piano : commence-moi ta gamme. — Le jeune choriate obéit; mais arrivé au soi, il s'arrêta tout essoufflé, — Donne le la, voyons L... — Monsieur^ je ne puis. — Donne le la, malheureux. — La, la, la. — Donne le si. — Mais, Monsieur... — Donne le si, te dis^je, ou sur mon âme... — Ne vous fàcbex pas. Monsieur, j'essayerai : la, si, la^ ^i, do. — Tu voia

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bii^n , dit Nozari tf une voix triomphaate'î et nialatenant, mon garçon, je ne te dis qu'un mot : si tu veux travailler, tu deviendras le premier ténor d'Italie. » Nozari ne s'est pas trompé ; le pauvre choriste, qui, pour gagner sa vie, raccommodait des culottes, possède aujourd'hui deux millions de foilune et s'appelle Rubini'. »

 quoi tient la réputation ! Et le chanteur, fier de son compatriote, se mit à nous parler de Donzelli , de Crivelli, de Léodaro, de Bianchi> de Mari, de Dolci et de toute cette volée de rossignols partis de Bergame a dont les accents ont charmé tour à tour les capitales de l'Europe. »

Cette conversation mondaine venait de finir lorsqu'à l'extrémité d'une plaine grasse et fertile, coupée par le Terdoppio et le canal de Sforzesca, nous découvrîmes, assise sur un monticule, l'antique Novare. Son vieux château, ses remparts , ses grosses portes lui donnent un aspect menaçant : on dirait de loin un donjon du moyen âge. La Novaria des Romains conserve plusieurs monuments curieux de leur domination. La religion du pejuple-roi se trouve dans les nombreux autels votifs rangés vers l'ancien portique de la cathédrale. Son amour pour les jeux publics est rappelé dans un diptyque consulaire de la sacristie de Saint-Gaudens. Sur ce libretto d'ivoire sont sculptés deux consuls donnant le signal des spectacles. Ces différentes reliques composent, avec bon nombre de pierres sépulcrales, d'urnes et d'inscriptions romaines, un musée fort curieux; mais le principal objet de notre attention fut le superbe columbarium changé en baptistère : un sépulcre païen devenu le berceau des

' Cette anecdote a été depois racontée bieu des fois, eati*t autres par Fiorentiiio.

fidèles 1 voilà un de ces beaux et puissants contrastes dont ritalie possède si bien le secret et dont la vue produit toujours une vive impression. Quelques bonnes toiles décorent la cathédrale^ et les archives du chapitre conservent un des manuscrits les plus anciens de toute ritalie : c'est la Vie de saint Gaudens et d'autres saints de Novare, écrite en 700. La basilique dédiée au saint évéque est le plus bel édifice de la ville. Les brillantes et gracieuses peintures du Moncalvo , de Brandi , de Gaudens Ferrari , de Stéphane Legnani et des meilleurs maîtres de l'école milanaise resplendissent à la coupole et dans les chapelles^ tandis que le maître autel éblouit par ses marbres et ses bronzes. Toutefois la magnificence de l'église le cède à celle du tombeau ^ un des plus splcndides de l'Italie. Quel était donc ce pontife dont le corps est environné de tant de gloire?

Comme un ouragan formidable , Tarianisme, soutenu de la puissance impériale, menaçait de renverser, de déraciner sur toute la face du globe l'arbre encore jeune de la vraie foi. Déjà l'Afrique, l'Asie, une partie même de l'Europe, ébranlées jusque dans leurs fondements, se couvraient de ruines sanglantes; les ténèbres de l'erreur s'étendaient comme de sombres nuages sur les chrétientés les plus brillantes; le monde descendait peu à peu dans la nuit de l'hérésie pour retomber ensuite dans l'abjection païenne. Mais la Providence veille sur son œuvre. Athanase en Orient, Hilaire, Martin, Ambroise en Occident luttent au nom des peuples contre la violence de la tempête. Ils sauvent l'Église, et avec elle la foi, la civilisation, la Uberté du monde; et toutes les générations reconnaissantes proclament depuis quinze siècles leur courage et leurs vertus. Tels sont les titres que saint Gaudens, évêque de Novare, présente à la vénération

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