LES T]U>IS HOMS
lice. Ce qui re^ à Saleroe^ c'est la gkHre de posséder le corps de l'apôtre saint Matthieu et du pape saint Gré^ goire VU. Rapportéesdu pays des Parthes, où le pécheur évangélique avait tendu ses filets et terminé sa carrière^ les reliques de saint Matthieu furent déposées à Salerao Tan 1080. La reconnaissance authentique de ce pré^ cieux trésor eut lieu par les soins de Tévéque Alfano, Ce prélat écrivit en cette occasion une éloquente lettre au pape saint Grégoire VII, que Baronius a pris soin de nous conserver avec la réponse du Souverain Pontife ^, Appuyé sur ce double témoignage, que justifie la constante tradition et l'éclat des miracles, le voyageur cathc^ lique se prosterne respectueusement devant le tombeau du glorieux Apôtre, et il ne se relève que pour répandre son âme devant une autre tombe également illustre. Dans la même église est le mausolée du pape saiat Grégoire Vn. Une statue de marbre représente Fillustre Pontife debout, dans une attitude pleine de force et de * majesté : on croit voir encore le Moïse du moyen âge« protégeant Israël contre les fureurs ambitieuses des Pharaons du Nord. Son historien protestant nous dispei^e de répondre aux plates invectives lancées, par certain guide en Italie, contre le saint Pontife qui, par douze années de luttes continuelles, conquit la liberté de l'Église et sauva la société. On aime à voir reposer Tua auprès de l'autre saint Matthieu, qui mourut martyr pour avoir prêché TÉvangile, et saint Grégoire YII, qui mourut en exil pour avoir soutenu rédifice ébranlé de la religion^ : mêmes combats, même; gloire. Pour con-
< AnnëL, t. xi, an. 1080, G. D.
' « DU^ jas(iliam;et odivi iniquitatem, propterea morior « in exsilio; » l^es furent les dernières paroles de ce grand pape.
TOMBEAIT m 611É60IR£ VU. 38
tinaef le trimniAe de saint Matthieu sur le paganisme, de nombreuses eotonnes de vert antique et d'autres marbres précieut^ enlevés aux temples de Pasium, dé^ ooreat la cathédrale , tandis que la victoire immortdie de saint Grégdre YII contre les oppresseurs de TÉglise est rappelée dans une inscription contemporaine. Sur un bas-relief antique, servant d'omemeot au tombeau dn cardinal CarafTa, Tami et l'admirateur du puissant Pontife^ on lit ces mots, qui font allusim à la statue dont j'ai parlé : Bie morttÊUSjaeere delegit vitm, Irfti Orêfth f^ feptimmêPontifexmaûsifnus libertatis efuséêm [ee* ehHastieœ) f^ffit assidnas exeubat adhue, lieet cubet *. Nous qnitftmes Salerne pour nous rendre à Amaifl. L'Athènes du moyen ftge et la rivale de Venise par l'étendue de son commerce n'est aujourd'hui qu'un pit« toresque village. Au souvenir de tant de gloire éclip^ sée^ c'est à peine si on peut admirer les beautés ravis^ âantes da paysage, les bois de myrtes et d'oliviers, les grottes, les ruines^ les blanches maisons autour des- 1' quelles serpentent les ceps tortueux de la vigne et les branches dorées de l'oranger. Bâtie sur l'emplacement d'un temple païen^ la cathédrale est la seule trace de magnificence de l'ancienne Amalfi. Nous y vîmes deux belles colonnes de granit rouge , deux sarcophages antiques, un bas-relief de sculpture grecque^t un vase antique de porphyre servant de baptistère. Mais elle possède un trésor qui vaut mieux que toutes les richesses de Part : dans un superbe tombeau repose le corps de l'apôtre saint André. C'est le cardinal Pierre de Capoue
' « Vivant, il voulut reposer après sa mort là ou Grégoire VII, SoQTeraia Pontife» gardien vigilant de la liberté de rfiglise, la protège encore debout, quoique couché dans la tombe. i^
36 LES TBOIS BOME.
qui> après la firise de Gonstantinople par les Français^ rapporta en Italie et le déposa dans la cathédrale d'Amalfi '• Gomme ceux d'Elisée^ les ossements de T Apôtre prophétisent : il en sort une vertu miraculeuse qui guérit les malades et une voix qui répète les immortelles paroles du Martyr en voyant sa croix : a Je te salue, croix précieuse, croix si longtemps désirée. Reçois-mm dans tes bras, et présente-moi à mon Seigneur. »
Bien qu'eUe ne soit plus qu'une ombre d'elle-même, Amalfi exerce encore une grande influence sur le voyageur par ses nobles souvenirs et sur le monde par une découverte fameuse dont elle fut le théâtre. En iOSO, ses riches navigateurs fondèrent à Jérusalem un hôpital qui fut rorigine de Tordre à jamais illustre des chevaliers de Malte. Trois siècles plus tard, un autre navigateur d'Amalfi, Flavio Gioia, inventa la boussole '. Merveilleux génie de Thomme ! une aiguille aimantée est devenue la clef qui ouvre l'univers et un peu de vapeur l'agent irrésistible qui rapproche toutes les distances. Pour apprendre à la postérité que la boussole était due à un sujet du roi de Najdes, alors cadet de la mmson de France, Gioia marqua le nord avec une fleur de Us. Cet usage estencore imité par toutes les nations, qui fort heureusement pour notre gloire en ont oublié l'origine ! Immortalisée par l'invention de la boussole, Amalfi peut dormir en paix dans la tombe sanglante que lui creusèrent les Pisans. Toutefois elle possède un autre titre au souvenir de la postérité : dans ses décombres fumantes on trouva les Pandectesde Justinien, qui, sauvées delades-
^ Ughelli, Italia sacra ^ t. viu.
^ On a prétendu que la boussole a été inventée par les Chinois; cette opinion sent un peu trop la philosophie pour être probable.
AMÀIFI. 37
inictioii, donnèrent une û heureuse impulsion à l'éiude du droit romain.
A peu de distance d'Amalfi^ nous traversâmes presque au pas de course le petit village d'Atrani^ patrie de Maza* niello; il nous fut seulement possible de jeter un coup d'œil sur les bas-reliefs des portes en bronze de Téglise San Salvaiore. Fondues en 1087, elles sont les plus anciennes portes en bronze de l'Italie; n^ayant pas le temps de les étudier en artistes, nous les examinâmes en chrétiens. Une inscription nous apprit qu'elles furent commandées par Pantaléon^ fils de Pantaléon Yiaretta, pour le rœhal de son âme * .
Redoublant le cap Campanelia de toute la force de sa machine, notre pyroscaphe passa rapidement devant Sorrento, dont nous saluâmes le site magnifique; les ruines de ses temples^ dédiés à Neptune et à Diane; la piscine d'Antonin le Pieux et la maison ou plutôt remplacement de la maison où naquit Le Tasse. Bientôt se succédèrent le Quisisana {ici on guérit), magnifique casino du roi de Naples, renommé par la salubrité de Tair qu'on y respire ; puis Castellamare, remplaçant de Stabia, troisième victime du Vésuve, avec ses eaux minérales, ses manufactures et ses charmantes villas, semées sur le versant ombragé de la montagne ; enfin, la célèbre colline de Pozzano, où l'image miraculeuse de Marie a pour piédestal un autel de Diane.
Ck>mme nous cinglions vers le port de Naples, voici venir une forte embarcation montée par un grand nombre de personnes. Les cris et les gestes tout à fait napolitains des rameurs et même des pasagers attirèrent tous les regards. Un matelot que nous voyions circuler dans les
« Pro mercede anim» suae,
38 LES TtOn ftOME.
pwpe&, leiiaBi à la mam une etfèm d» liietir^ print»
de flammes, devint l'objet de la plus vife e«rio»ité« J6 dem&Ddai quel était oe persomage et ce qvU'A faisait. « Cette barque^ me dit le capîtMne, eat une Ijarqoe mar-» cbande qui va de Naples à Sonrento. Elle prend à bord quelques voyageur» pour cette dernière viUe, d'oii eUé revient chargée d'orange». Le mateki que vous Toyec fait la quétej afin de faire dire des messes pour les àœea du purgatoire. C'est un anciea uaage relipeusement conservé par la piété enversles morts, qui est id tout à fût populaire. » Ce touchant spectacle fut le dernier dont nous jouîmes sur le golfe de Naples : une demiheure s'était à peine écoulée que nous étions de retour » l'hôtel de la Spef(mMella.
Départ de Napira. *-» ObtefvilloB far te pcspic mpoliMa. ^ Capooe. — Anecdote. — CalW. — Ponte Storto.
C'était le jour du départ et par conséquent le jour des adieux. Adieu à quelques-uns de nos compagnon de pèlerinage, que nous allionsquitter pour longtemps I . . • pour toiyoursl... adieu au Toledo; adieu à la SperanzelUl adieu bientôt à Naples. Adieu I oe mot revient chaque jour en voyage , mot plein de mélancolie^ qui nous rappelle , midgré nous, que l'homme ici-bas n'est qu'un être d'un jour, devant qui tout passe comme une ombre vaine et qui passe lui-même, laissant à peine quelques traces; bientôt effacées^ de son ra]»de passage. Déjà nous étions sur le quai de Ckiaja, attendant un voyageur retardataire. Les lazzaroni^ qui, les premiers, avaient salué notre arrivée^ assistaient les denuers à
OBSERVATIONS SVl LE nCRfi NAPOLITAIN. 39
flotr» âépftrl. fis swirUûiat par fffoape», et se rendaiffit au port^ au marché^ sor les places^ partout oà leor i»« diM^e poorrait s'exercef .
Un d'entré em, grand jeune bomitie aux allures dégagées^ à la physionomie stipérieurement mîiniqite^ Tînt à ia portière, salua respeoliienseiiient nos Exeellenoss^ et nous fit mille souhaits de bon voyage et d'heurenx retour auprèi de n^s pères^ de nos mères^ de nos frères^ de nos sœurs^ de nos aïeux josqu^à la ({ttatrième génératioti. PourtOQt cela^ que demandait^! t une shn^e b&ttfglia. Ajoutez qu'il nous exprimait sa {>rière non en paroles, mais par des gestes tellement poétiques qu'ils valaient dix fois mieux que l'objet de sa demuade. Nous le toi donnâmes de grand cerar, je dirais même avec un sentiment marqué de reecmnaissanee. Voici pourquoi : en partant de Home^ on nous avait annoncé que nous ne sortirions pas de Naples sans être tolés. A entendre les mauvaises langues^ on ne pouvait parcourir les rues napolitaines sans coudoyer des filous^ et à moins d'attacher son foulard dws la poche, il é^i impossible d'en rester possesseur pendant une journée. Ces propos ressemblaîent trop aux récits de certains guides en Italie pour ne pas les trouver au moins étranges. Mes jeones arais parièrent pour la proUté des laszaroni : l'enjeu consista en deux bouteilles de Champagne^ payables à Rome^ si nous reventons avec armes et bagages : or^ le pari était gagné. Nous avions visité Naples dans tous ses quartiers ; nous n'avions ni attai^hé ni caché nos foulards^ et^ en faisant nos malles^ tous avaient répondu à l'appel ; enfin nous étions bien et d&ment fermés dans la voiture de voyage : partant plus de danger. Comment ne pas aecueillir gracieusement le lazzarone et'ne pas donner de quoi boire un fiasco de
son vin sucré à celui dont la probité nous valait deux bouteilles de vin de Champagne?
Pendant qu'on stationnait à la barrière pour remplir les dernières formalités de police, j'examinais ces lazzaroni^ groupés autour de notre équipage. Vrais fils des Étrusques et des Grecs^ venus sur ces bords il y a deux mille cinq cents ans^ ils ont conservé en grande partie et le costume^ et les habitudes, et les goûts de leurs aïeux. Croiraitp-on qu'ils portent encore le bonnet phrygien, tel que s'en étaient affublés nos classiques démagogues de 93 ? Ce bonnet de laine rouge s'élève en forme conique et retombe par devant, ou par derrière, ou sur l'oreille^ suivant le caprice ou la mode. Bien aveugle qui n'y verrait pas une preuve sans réplique de la ténacité des habitudes populaires; Naples en fournit bien d'autres^ dont plusieurs me revinrent à la pensée. On sait que les Romains pavaient leurs voies de larges dalles^ et qu'ils couvraient de peintures à fresque toutes les parties de leurs habitations. Pompéi est un monument irrécusable de ce double fait. Or, vous voyez encore les rues de Naples et les grandes routes qui viennent y aboutir pavées de la même manière : le badigeon remplace dans les habitations les plus pauvres les fresques antiques. Le langage figuré desCampaniens', la forme des magasins, le genre de vie et de culture, le dirai-je? la soif des plaisirs et même du sang sont autant de témoignages qui ne sauraient échapper à l'œil exercé Je l'observateur.
* Tout le monde sait que Fillustre chanoine de Jorio a retrouvé, dans la mimique du peuple de Naples, Texplication fort naturelle des ûgures et des emblèmes peints sur les vases étrusques.
GAPOUE. 4]
A la vue de cette étonnante fidélité^ on ne peut s^empécher de se dire à soi-même : » Si l'homme tient avec tant de force à des habitudes purement matérielles ^ que Texpérience^ la mode^ une connaissance plus approfondie de son bien-être tendent sans cesse à modifier, avec quelle énergie ne devait-il pas tenir ^ il y a dix-huit siècles, à des habitudes morales^ chères à ses passions, fortifiées par l'éducation et consacrées par la religion même? Si, approfondissant cette pensée, on réfléchit au caractère et au tempérament de ce peuple, à la nature du climat et à la magnificence du pays qu'il habite, le miracle de sa conversion au christianisme grandit dans des proportions immenses. Ces proportions atteignent l'infini quand on ajoute : Et pourtant le christianisme a changé les habitudes, les croyances, les lois et les usages non-seulement des Napolitains, mais de tous les peuples !
Mal conduits par un voiturin maussade, nous n'arrivâmes àCapouequ'à onze heures. Les chevaux, déjà vieux et usés de longue main par la fatigue , refusaient de marcher : continuer avec un semblable équipage, c'était nous exposer à toute espèce de désagréments, dont le moindre était de coucher à la belle étoile. Nos craintes étaient d'autant mieux fondées que nous devions retourner à Rome par la route difficile et presque déserte des Abruzzes et du mont Cassin. Nous invitâmes le conducteur à nous donner des chevaux frais, ou du moins à prendre un cheval de renfort, ainsi que nous étions convenus. Il refusa sèchement; nous portâmes plainte au Podestà, qui fit venir notre Automédon. Les parties entendues, le juge nous donna gain de cause, et termina son verdict par ces mots : « Ces Messieurs sont prêtres, ils méritent toute confiance; toi, tu es un vau-
4S LES TftOtt HOME.
ri«0. 9 A quoi le ¥Ottiifi«r répondit : « Mai» 6'ito sont prâtreg, je ws ehrétien, mai y SesoMs^^oerd^i, 00^0 crîêHam, io. -^ BirbmU, reprit le joge, tw^toi, et Um 06 ^ue je le aooimaode. » Nouaeiunw ua cbevuldeplm».
A trois milles de Capooe , \% «Mite bifurque. De «es deux prdaDgeœeotSi i'ua se dirige v^rs limoe par Ifola et Terracioe ; nom ravions suivi ra venant à Ni^ples. L^autre , qui tcNima sur la droitaj conduit à Aquila par bemia et YeQafro, Au point de sei^OQ s'élève y parmi des ruines, un bourg insalubre et n^U propre : c'est tout oa qu'il reste de Tancienne Calvin cité jadis célèbre, dont le vin, chanté par Horace, éga^ lait celui de Faleme* La nouvelle roirte que nous aviona prise traverse oonstanMsent de^piaînes bordées à droite par une chakie de mimtagnes bien cnltivées; mais in mreté des habitations répand sur ces lieuii une certaine tristesse et inspire presque de l'effroi. 11 était nuit cloae lorsque nous arrivâmes à une auberge isolée, appdée, je crois, PeiUe Stario.
Si les relations des voyageurs en Orient sont (idèlea, nous pouvons nous flatter d'avoir vu un véritable caravansérail : maison complètement solitaire , établie sur le bord d'un chemin; vaste cour carrée, semblable an cloître d'un couvent, moins l'élégance des portiques ; loeendn ouverte aux quatre vents et peuplée passagèrement de toute espèce d'hommes et de quadrupèdes , ânes, chevaux, boeufs, buffles et mulets; il ne manquait que le dromadaire. Nous y trouvâmes cent à cent cinquante; conscrits : les uns, rangés autour d'un large fioyer, gardaient tristement le silence ; pauvres jeunes gens, ils pensaient peut-être à leurs mères! les autres^ assise de longues tables, devisaient du pays, portaient de bruyantes santés ou prêtaient l'ordlle au sergent
U» GKftMANO. 43
r^rutour, vmji sokki qui en avait plus d'une à raconter. Parmi nos ooœpagncms de voyage se trouvait un jeune peintre écossais. Le spectacle de cette scène faiblement éclairée par les flammes du foyer presque éteint lui parut digne de son crayon; il est difScile^ vraiment^ même en Italie , de trouver des sujets plus pittoresques. Du souper qu'on nous servit je n'ai rien à 4&e, attmidu qu'il nous fut à peu près impossible d'y toucber. Les provisions avaient été épuisées par nos nombreux devaneîers; et malgré notre hôtesse^ excdlente femme d'ailleurs^ il nous fallut subir l'adage : Tarde venieniibm osm. Quant au sommeil , même silence; il Alt tenu pendant toute la nuit, h une distanoe plus que respectueuse , par le bruit continuel de& cha* riots, par les cris des muletiers qui arrivaiait ou qui partaient, par les chants des conscrits et par le mou*vement saccadé qui régna dans toutes les parties de lu hcanda jusqu'à la pointe du jour : tout n'est pas rose d«is les voyages]
9 llars*
Sm Gemauo. — lahiet. -- Mont Caflski. — ÊgHie. — tibfiothèque. — Souvenir. — Anecdo(«, «- B^(^ iMI* Aiaaia.
Avant l'aube du jour nous étions sur la route de San Germano et du montGassin : même paysage que la veille. Seulement la vallée se resserre, et de distance en distance on voit de petits villages, ou plutôt des groupes de maisons blanches suspendues au flanc des montagnes, eomn^e les nids d'hinondeUas aw muraillai noircies d'un vieux chftteau. Le temps était superbe, et d^ » domi que l'innocente aiouetta chantait au-dessus de M» Mes le r#Urar du printemps, QoMe dififiérence
li LES TROIS ROME.
entre ses gracieux accords et les cris sauvages et le tumulte horrible qui ébranlèrent tant de fois les échos de la vallée solitaire ! Ici passèrent tour à tour, en vainqueurs et en vaincus^ les Samnites^ les Romains, le^ Lombards^ les Sarrasins^ les Normands; et le sol couvert de ruines montre encore Tesprit de destruction dont ils furent animés.
San Germano^ que nous découvrîmes au détour de la vallée , en offre ifne première preuve. Ce bourg élégant^ bâti en 866^ par Bertaire^ abbé du Mont-Cassin^ s'élève sur les ruines de l'ancienne Gassinum. Ville importante des Samnites^ Gassinum devint la conquête des Romains^ puis la proie des barbares. De son antique splendeur il ne reste que des souvenirs, quelques colonnes de granit placées dans Téglise de Saint- Germain et un amphithéâtre assez mal conservé. Ummida Quadratilla le fit construire à ses frais et le donna aux habitants. Quelques siècles plus tard^ cette femme aurait peut-être prodigué sa fortune à bâtir des hôpitaux : voyez poui*tant l'influence des doctrines religieuses ! Quoi qu'il en soit, l'inscription qui rappelle la fondation du sanglant édifice se conserve au Mont- Gassin. Elle est ainsi conçue :
YMMIBA G. F.
QVADRATILLA
AMPHITHEATRVM ET
TEMPLVM GÀSINATIBYS
SVA PECVNIA FECIT.
Quant au temple païen dont la même inscription révèle l'existence^ il n'en reste pas de vestiges.
Après un frugal déjeuner^ nous descendîmes dans la cour de Valhergo, où nous attendaient les pacifiques
SAN GEBMANO. 45
nHHituies qui devaient nous porter au monastère^ assis sur le sommet de la montagne : ces montures , ne vous en déplaise y étaient des ânes. Pas de moqueries , s'il vous plait : qui que vous soyez ^ philanthropes^ touristes, amateurs^ l'âne doit vous être respectable. Il est le cheval du pauvre et presque toujours la monture obligée du pèlerin des montagnes : un jour peut-être vous reconnaîtrez que des humbles services ^;alent souvent ceux des coursiers du désert. Notre caravane se composait d'Européens et d'Américains : les deux mondes s'étaient donné rendez-vous pour faire ensemble un pèlerinage à l'antique sanctuaire de la science et de la civilisation. Vu du bas de la montagne, le monastère du Mont-Cassin présente l'aspect sévère d'une citadelle. Ses larges voûtes, ses hautes murailles, et tout cet appareil de la force ne sont que trop justifiés par les circonstances qui accompagnèrent sa fondation et par les événements dont il fut le théâtre durant les premiers siècles de son existence.
Au pied de cette montagne, dont la cime élancée domine toutes les montagnes d'alentour^ arrivait , en 529, un homme jeune encore ^ il s'appelait Benoit. Vêtu d'une longue robe noire, un bâton à la main , il vient seul , à pied , du désert de Subiaco : mais où va-t-il ? lui-même peut-être il l'ignore. Tout ce qu'il sait , c'est qu'il va , comme ce conquérant fameux , où Dieu le pousse, quo D^s impulerit. £n effet. Dieu le conduit par la main; car une grande mission lui est confiée. Au temps où il traversait solitairement les profondes vallées de l'Apennin, on entendait, d'une part, le bruit de l'empire romain qui tombait avec fracas sous les coups répétés des barbares ; de l'autre^ les cris sauvages de nouvelles bordes accourant du fond de l'Asie
46 LEg TBOIS BÙMM.
pour partager l06 lambeaux MaglMta cki vaate oatoata : la destructioii marchait à leur anite, parient où eliaa avaient païaé régnait le ailenee dea ruses. Or, Diea voulait sauver de ee vaste naufrage la science et la chir lisation^ gages précieux d'un «onde nouveau. LiiunaUe pèlerin avait reçu ordre de les prendre dans les paaada sa robe de bure et de les y cacher^ comme Israël y partant pour la captivité de Babylone ; cacha dans la terre rétincelle du feu sacré. Or, Benoît cherche un asile pour y déposer son double ^ésor. Arrivé au pied de cette montagne^ il apprend du Ciel que c'est là qu'il doit s'arrêter. Il monte au sommet renverse un temple d'A» pollon, et le remplace par un sanctuaire au vrai Dien y accompagné d'une humMe demeure pour ses serviteurs. Encore aujourd'hui une belle fresque de Tégiise np^ pelle ce fait mémorable.
Le Mont-Gassin ne tarda pas à devenir l'asile de la science et de la civilisation^ saseour^ ainsi que de la Religion, leur mère commune. L'Italie, TAngleterre, TAllemagne ont été tour à tour éclairées par des missionnaires descendus de la célèbre montagne. €k>mment n'être pas touché de Tà-propos qui conduisait le même jour, à la même heure, sur cette cime lancée, antique foyer des lumières de TOcident, trois Français, un Prussien, deux Anglais et un America in ?
A mi-côte s'élève une chï^pelle dédiée à sainte Soo* lastique, sœur jumelle de saint Benoit ; puis une seconde consacrée à saint Maur, un des premiers et des plus glorieux enfants du vénérable patriarche ; enfin , avant d'arriver au couvent, on rencontre l'hôtellerie. Elle est vaste et bien tenue; les étrangers y sont reçus gratuitement avec cette cordialité qui caractérise les siècles de la toi. Une longue et sombre grotte, faite de cailloux, sert
d'entrée au monastère. La cour^ Tescalier du premier parvis, l'imposMle façade de la basilique élevée au sommet de la montagne et dans la solitude sauvage de TApennin ont quelque chose de solennel qui produit une grande impression. Â droite et à gauche du parvis apparaissent les statues colossales de saint Benoit^ de sainte ScQbwrtique^sitcœur^ et de sainte Abbondantia, leur mère. Sous les regarda de cette famille de héros^ on arrive par un 9uperbe escalier aux grandes portes de l'église ; eUes sont m bronze et ornées de b«s-4!eliefs d'un travail rs^ o^rquable. Celle du milieu fut apportée de Constanti-* no{de en 106@. Sur odle de gauche sont inscrites en lettres d'argent les donations de terres, de villages et de cbAteau9i fattas à l'abbaye. La troiaième présente This-* toire' ebfondogique des restaurations de l'église et du couvent. Dif^e soeur de Saint-Martin de Naptes par ses richesses^ la Basilique du Mant*Cassin brille d'une gloire exclusive par ses sculptures sur bois et par ses magnifiques livres de chœur, il a fallu des Bénédictins pour écrire, anlnminer^ orner de milliers de vignettes plus poétiques et plus briUsoites les unes que les autr^ ces formes feuilles de vélin dont le dévdoppement eouvri* mit peut-ét^e le tiets ou le quart d'un arpent de terrain. Au*dessus de la crypte ou Soecorpo dans laquelle sont les tombeeux de saint Benoît , de aainia Scolas* tîque^ de saint Maur et de saint Placide, s'élève le mai* ti^-autely tout resplendi^ant de marbre , de pierres pré* cieosas^ d'albfttre^ de vert et noir antiques, de lepis4ajEuli et de broeatdle. La tombe qui renferme le corps du frère et de la aœur porte e^ite belle inscription :
JUSN^PIGT. ET SGHOiSAM
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UNA IN DEUM FIETATE GOBLO RBDBITOS