‹ Les trois RomeChapitre 8 sur 75 · UNUS HIC BXCIPIT TUMULUS · texte numérisé non relu

UNUS HIC BXCIPIT TUMULUS

MORTALIS BEPOSITI PRO JETERNITATE

GVSTOS.

Les chapelles latérales^ainsi que les mausolées du prince de Mignano et du jeune Pierre de Médicis, sont d'une bonne architecture et d'une rare magnificence. Toutefois ces beautés extérieures ne sauraient faire oublier à l'âme chrétienne la sainteté séculaire du lieu qu'elle visite. Chaque autel^ chaque tableau y chaque sculpture lui rappelle quelque trait d'une vie héroïquement chrétienne. De toutes parts une nuée de saints la contemple^ et la basilique tout entière semble retentir encore des voix mâles et nombreuses de ces fils de la solitude^ dont les accents^ partis du sommet de la montagne^ élevaient jusqu'au ciel les soupirs de leurs frères errant au-dessous d'eux dans la vallée des larmes.

De l'église^ nous passâmes dans l'intérieur du couvent^ conduits par l'aimable et savant archiviste. A l'émotion i*eligieuse produite par la visite de l'église l'intérieur du couvent vient mêler d'intéressants souvenirs. Essentiellement conservateurs^ les anciens ordres religieux sont dans leurs habitudes^ leurs langages^ leurs costumes et même dans la disposition de leurs demeures les témoins fidèles d'un monde qui n'est plus. Chaque couvent de bénédictins, en particulier, est une page de l'histoire ancienne, non-seulement pour le chrétien, mais encore pour le philosophe et souvent pour l'artiste.

« L'architecture des monastères, écrivait Tabbé Fleury , est celle de la maison romaine. » La vérité de cette ob^ servation est si frappante au Mont^Cassin que le voya-

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geur tant soit peu attentif ne saurait s^y méprendre. « Le monastère du Mont-Cassin, dit un de nos guides français, véritable colonie religieuse et savante, réunissait dans son enceinte tous les arts , métiers et professions, logés à leur aise dans des bâtiments séparés. De même que chez les anciens^ si la partie publique de la maison était grande et la partie privée petite^ ainsi dans le couvent le vestibule^ les portiques, la salle du chapitre , le réfectoire, tout ce qui sert à la communauté est vaste et magnifique. La société seule compte, Tindividu disparaît; et la cellule de l'abbaye ne tient pas plus de place que la chambre de Pompéi. Les monastères seuls avaient perpétué ces vénérables coutumes de l^antiquité, si opposées aux noKBurs et aux usages de quelques époques modernes, où les besoins et les jouissances de l'homme se sont étendus et multipliés à mesure que Fétat et la société se rappetissaient. »

La bibliothèque, belle et vaste pièce, ornée des statues des grands hommes de Tordre de Saint-Benoit, contient vingt mille volumes. Quelle que soit la rareté de ces ouvrages , les manuscrits forment la véritable richesse de ces précieuses archives. On y compte huit cents diplômes originaux^ dont plusieurs remontent au neuvième siècle.

Après nous avoir parlé des travaux du célèbre P. Frangipani sur saint Augustin et montré les volumineux manuscrits d'ouvrages trop légèrement attribués à ce grand docteur, notre aimable guide ouvrit une armoire en disant : a Voici qui n'est pas de l'évoque d'Hippone; b et nous avions entre les mains une lettre originale du terrible Mahomet II au pape Nicolas Y. Le sultan prie le pape de faire cesser les armements des princes chrétiens, contre les Turcs. Le faste oriental respire tout en-

tm é^wlm premèMi lignes de eetto fiièee ; nWÀim vmf i^eignaur da» mgomn, MaolHibitb» tmml, grasd sultan Béigri, fils du grand «ultao Maralki serviteur des sapt Musapby, donne la aalut dont il aat digoa à Itieaias« vîcaira da Jéa«M#hnat, crucifié par lea Juifs, a Na croitun (MIS aûtendre Nabuobodonoaor? La réponse du Souverain Pontife, jointe k la latti«du sultan^ commeocc ainsi : « Nicolas , serviteur des serviteurs de Dieu, salua cordialement Machabetb, seigneur des Turcs et prince des infidèles» » Quel contraste ! Le Pape entre ensuite dans le détail des gnefa du monde chrétien contipe la puissance ottooMuae, et déctee avec une grande énergie qu^ les feintes promesses du sultan ne lui feront pas prendre le change. Pourqucd les détracteurs de la pa« pauté ne vont*îls pas fouiller nos vieilles archives?

Ce cpie nous visitantes ensuite, pénétrés d'un respec^ tueux amour, eat la chapelle étroite et basse qui fut la edhile de saint Benoit. Une belle peinture r^réswte le vénérable patriarche contemplant Tàme de sa scwir cbé* rie qui s'envole au ciel sous la forme d'une colombe. Sortis des <Mtres, nous voulûmes parocmrir les environe du emtvent, moins pour jouir du vaste horizon que l'oail paut à peme embrasser que pour glaner quelque$-«iiis des nobles souvenirs dont cette terre abonde : il ea est deux surtout qui sataiisent le voyageur français,

A Fombre de ces grands murs, sur un large tapis de vert gaion, aux bords de ces bois de chênes et d'oÛviera sauvages, s'ébattaient, il y a six ou huit siècles, des troupes sémillantes de jeunes enfants, joyeux écoliers, fils degnmds seigneurs du pays, que leurs parents con« fiaient aux religieux de Saint-Benott pour en faire des hommes, et des homniéa comme on l'entendait idors. Une éducation aéirère et duéti^anemai^ inteUigente

4iÊmtimA<m immm imm, Im kemféi tortêmmA «( }m Ai<f»«it de knto pièees pour iasfriiBdeg luttes «k k vie, B (wi hkû le racaoBetli^^ k mej^ea âge, «vee ses sUures moitié ohevatamiques, »K)Uié oiOQSfiticpies et k»q«ifs pro£(MiidÀiieni empreintes d'un deoble osrse» t^ de fsIigicHi ei de grandeur^ fitt^ en Ixmne partie^ Féiève des Bénédieiks. Au aambre de oes nddes écolien le Mûnt^dCsssin mmitre aveo on orgueil paternel le jeune Thonfias^ fils du eomte d^Aqaino, dont le château est sKué dans le voisinage. A Tàge de dnq ans lui aussi Jouait sous les vastes cloîtres, au sommet de la haute montagne, d'où il ne devait descendre que pour devenir k gloire de l'ordre naissant de (Satnt-Ikuniniqiie, l'astre le pks brillant de l'Université de Paris et sous le nom de Doeteur aagéliqiie l'éternelle admiration du monde

Ces Ueux parient eneore d'un autre personnage que BOUS ne pouvions oublier, L'ordre de 8aintrBei|ott par* courait le second sièok de sa ^orieuse existence, lors* qu'un jour, vers le coucher du soleil, deux pèlerins inc(»nus gravissaient le flanc roeaiUeux du mont Gassin, puis frappaient à la porte du couvent. « ^es les bienvenus, mes frères, leur dit le père hAtdier. — IMeu vous bénisse de votre charité. -«•Frères, que demandes-^-vous, leur dit l'aUié. — Nous sommes venus, reprennent les étrangers, pour servir Dieu avec vous dans cette sainte maison. » Ils sont admis au nombre des frères; mais ordre est donné de veiller avec soin sur leur conduite, et d'éprouver leur vocatim. L'abbé lui-même veut se charger de l'un d'eux. Pour exercer sa patience et son humilité, il l'envoie garder les brebis; l'étranger obéit avec grâce. Chaque matin il conduisit sur le plateau que BOUS parcourions nous-mêmes son petit troupeau

qu^l surveille avec amour et qu'il ramène chaque sdr au monastère. Un jour^ des larrons, sortis brusquement de la forêt ^ veulent lui enlever une' de ses brebis; il court à eux et leur dit : a Faites de moi ce que vous voudrez; mais je ne souffrirai pas que vous preniez rien de ce qui m'est confié. » Alors ces méchants le dépouillent de ses habits et se retirent : le pauvre berger revient au couvent presque nu. Pour l'éprouver, Pabbé, loin de compatir à ses peines, le traite d'homme lâche et sans conduite; à quoi Tinconnu répond humblement : a Je sais bien que je ne suis qu'un pécheur qui commet beaucoup de fautes. »

Quelque temps après , l'abbé le met à une autre épreuve et lui ordonne d'aller aider le frère qui sert à la cuisine. L'étranger s'incline profondément et se rend à son nouvel emploi; mais, ne l'ayant jamais pratiqué , il entasse les maladresses. Le frère cuisinier s'impatiente si fort qu'il en vient à le frapper. L'inconnu tie répond rien ; mais l'autre étranger, ne pouvant contenir son indignation, dit au cuisinier : « Frère, que Dieu et Carlomau vous le pardonnent, Frater, ignoscat Deus et Carlomanntis. » Â quelques jours de là , une nouvelle faute provoque la même scène; et le compagnon de l'inconnu dit encore : « Frère, que Dieu et Carloman vous le pardonnent, Frater, ignoscat Deus et Carlomannus, d Enfin, une troisième maladresse attire le même traitement au pauvre novice. Alors son compagnon, emporté par la colère, saisit un pilon, en frappe le cuisinier et lui dit : «Méchant serviteur, que ni Dieu ni Carloman ne te pardonnent, Nec tibi Deus parcat, serve nequam, nec Carlomannus ignoscat. »

L'abbé, ayant appris cette querelle, fit mettre, en prison le compagnon de l'inconnu, et le lendemain il le

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