DÉPART DE TURIN
doux et riant; aux manières affables^ au maintien simple et modeste; un homme qui ne parle de ses prisons que pour bénir la Providence et excuser ses bourreaux; qui joint à rhumilité d'un enfant la piété d'une jeune fille, et le courage patient d'un solitaire ! Pour découvrir un conspirateur digne du earcere dura dans une semblable créature il faut avoir les yeux de la police autrichienne : tel fut le premier mot qui s'échappa de toutes les bouches en sortant de l'hôtel.
L'heure du départ était arrivée. C'est avec bonheur que nous prîmes place dans la voiture^ dont le dernier tour de roue devait s'arrêter sur le sol de France. En sortant de Turin par la porte de Suze , on s'incline devant la pyramide de Beccaria ; puis^ entrant dans une plaine richement cultivée , on laisse à gauche Pignerol et Fenestrelles, qui rappellent au voyageur le mystérieux Masque de fer, et Fouquet etLauzun, prisonniers de Louis XIV, et le vénérable cardinal Pacca, prisonnier de Napoléon. Fenestrelles redit encore le passage de l'armée française en 15i 6 , glorieux prélude de l'escalade du Grand Saint-Bernard. Au fond des vallées voisines subsistent depuis sept cents ans les restes des Vaudois. Ces hérétiques , si redoutables et par leurs excès et par leurs doctrines subversives de tout ordre religieux et civil , forment eux-mêmes une société et une religion qui compte environ vingt mille adeptes. Ils sont en général agriculteurs et bergers^ ils vivent de la culture de leurs vallées et du produit de leurs troupeaux. Ils ont des temples et des ministres appelés modérateurs ou barbes, communiquent peu avec les pays voisins et se montrent très-attachés à leurs erreurs.
Sur la route, voici Rivoli dont le château servit de prison à Yictor-Âmédée H; plus loin on aperçoit à tra-
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vers le§ pisiite pressés de loùri^ps la ^racieax vHkig» d'Âvigliaôo , renommé par ses soieries : deux lieues au delà, près du bourg Saint- Ambroiseï s'élève sur le sommet pyramidal du Saint-Michel un couvent de Bénédictins f qu'on prendrait pour un donjon menaçant du moyen âge. Enfin, côtoyant les bords escarpés de la Doire et contemplant une dernière fois la vigne nmriée à l'ormeau, nous arrivâmes à Suze. Salut à la jolie petite ville! Salut à son Pas, si difiicile et si fameux dans les annales de nos guerres! Salut à son Arc de Triomphe en marbre dédié à Auguste et dont la frise aérienne offre l'image sculptée d'un triple sacrifice : partout où le peuple--roi laissa des monuments de sa puissance^ il grava un hommage à la religion* La nuit vint nous surprendre dans ces Thermopyles de l'Italie, mais elle ne devait pas nous arrêter. Tandis que nous devisions assis autour d'un large foyer, on transportait la caisse de la voiture sur un traîneau, seul moyen de continuer le voyage au milieu des neiges.
9m AvrU.
Adieut à ntâlie. — Plateau du Blont^Cenû. «- Hospioe des Pèlerins. —
I^ns-le-Bourg. — Route des Alpes. — Saint-Jean de Haurienne. — Chambéry. — Passage des Échelles. — Pont de Beauvotsin. — Lyon. — MUmr I Strem
La lueur douteuse de nos lanternes ne nous permit pas de voir l'emplacement du fort de la Bruoette ; mais le voyageur chrétien et français ne peut oublier le brave obevalier de Bellelsle , père de rexceUent maréchal de ce nom^ qui mourut ici en 1747» victime de son courage. Il est dono dit qu'on ne peut ftiire un pas n'importe dans queUe partie de l'Italie, depuis les iUpes jusqu'aux