‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 102 sur 155 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

du spoliarium encombré de cadavres, voilà bien la société païenne.

Avant d'entrer dans l'intérieur du Colisée, nous nous rappelâmes qu'il servait non-seulement aux combats d'hommes et d'animaux, mais encore à des batailles navales. II restait à nous expliquer comment on introduisait les eaux dans l'arène. Sur Jes pas du guide intelligent qui nous dirigeait, nous nous avançâmes à une légère distance sur le versant du Cœlius, du côté de Saint- Jean de Latran. Là, on voit un grand mouvement de terrain, qui, au dire des archéologues, indique la place d'un vaste réservoir. Alimenté très-facilement par l'aqueduc de Claude, ce réservoir communiquait, ainsi qu'on le voit encore, par de larges canaux avec l'amphithéâtre. Des échappements ménagés de distance en distance donnaient passage au fleuve improvisé, dont ils augmentaient la vitesse, et en quelques minutes l'arène était changée en lac. L'eau y séjournait à volonté; car le fond était un pavé de marbre parfaitement cimenté et recouvert d'une épaisse couche de sable.

Enfin nous pénétrâmes, non sans éprouver un mouvement de terreur, dans le formidable Colisée. On y distingue Varène, le podium, les gradins et les terrasses. L'arène, arena, cavea, est l'espace vide dans lequel combattaient les animaux et les hommes. Au milieu s'élevait l'autel portatif sur lequel on commençait par immoler une victime humaine, quand les jeux devaient se célébrer en l'honneur de Jupiter Latiale^. Sur Templa-

* Tertul. Apol. — Chose trop peu remarquée et pourtant très-digne de l'être : ces grands spectacles du Cirque et du Colisée étaient fêtes religieuses, ou du moins inaugurées par la religion. Le principe abJoveprincipium s'appliquait rigoureusement à tous les actes de la vie publique et de la vie privée. Rome païenne se trompa dans l'application du prin-

360 l-ES TROIS ROME.

cernent de cet autel s'élève aujourd'hui la croix du Dieu Rédempteur, devant laquelle le premier mouvement du voyageur est d'aller se prosterner, tant son âme est oppressée par ce premier souvenir et par mille autres qui surgissent en foule du spectacle qu'il a sous les yeux. L'arène du Colisée a 288 pieds de longueur sur 182 de largeur, et 748 de circonférence. Elle est recouverte d'eiviron quinze pieds de sable. D'une part, les souverains pontifes n'ont pas voulu que la terre qui a bu le sang des martyrs fîit foulée par les pieds des voyageurs et des curieux ; d'autre part, la conservation des ruines rendait cette précaution nécessaire.

Autour de l'arène règne le podium, revêtement en marbre d'environ huit pieds d'élévation. Composé de larges tables de marbre fortement fixées dans le mur, et de colonnes en guise de pilastres, il était surmonté d'une pesante grille en fer, armée de pointes et penchée sur l'arène. A l'extrémité supérieure de la grille étaient attachées des pièces de bois, roulant sur des tourillons, en sorte que l'animal qui tentait de s'y prendre retombait aussitôt. La sûreté des spectateurs commandait ces précautions.

En faisant le tour de l'arène, on voit de distance en distance de larges ouvertures, pratiquées à la base du podium et fermées par de fortes grilles en fer. Ces grilles se levaient et s'abaissaient comme les herses des portes dans nos anciennes villes, et donnaient passage aux ani-

cipe, mais faire intervenir la religion dans toutes les choses de la vie est un principe vrai, un devoir sacré. Chez nous la religion ne se mêle plus à rien. Si donc tous les grands peuples, comme tous les grands hommes, furent des peuples et des hommes religieux, que faut-il penser, que faa^il attendre de nous?...

maux renfermés dans les carceres. Lorsque le moment était venu, les bestiaires venaient exciter ces terribles combattants à coups de lance, quelquefois avec des tisons enflammés, pour les rendre furieux et les faire bondir dans l'arène.

Sur le podium était le pavillon de l'empereur et des Césars. A droite et à gauche venaient les sièges des préteurs, des douces vestales et de tous ceux qui avaient droit à la chaise curule. Plus haut s'élevaient, en guise de vaste fer à cheval, plusieurs rangs de gradins. Séparés par des couloirs, ils formaient autant de compartiments qui allaient en s'élargissant à mesure qu'ils s'élevaient : de là le nom de cunei qui leur fut donné. Sur les quatorze premiers gradins, au-dessus du podium, étaient placés les sénateurs, les chevaliers romains, les ambassadeurs étrangers et les principaux magistrats ; tous les autres étaient occupés par le reste des citoyens.

Placées aux gradins supérieurs, les dames romaines formaient un brillant cordon tout autour de l'amphithéâtre, et pouvaient voir d'une manière très-commode, non-seulement les combattants, mais encore les spectateurs. Les degrés étaient tous recouverts de planches ou de riches coussins, afin que tous, hommes et femmes, pussent voir égorger leurs semblables sans compromettre leur santé.

Mais cela ne suffisait pas ; à l'odeur du sang devait se mêler l'odeur des parfums. Depuis le podium jusqu'à la terrasse s'élevaient, de distance en distance, des tubes de métal doré, d'oîi jaillissaient des eaux de senteur qui retombaient comme une fine rosée sur les assistants. C'était ordinairement une composition de safran et de baume; on aperçoit encore la place des tubes par oii elles s'échappaient.

T. I. 'iV

La terrasse formait une large esplanade bordée d'une galerie en parapet, et donnait place à dooze mille spectateurs. C'est de là, comme je l'ai dit, que s'élançaient les nombreuses poutres qui retenaient les cordes et les poulies destinées à ouvrir ou à fermer le velarium. Le velarium était un immense voile de pourpre semé d'étoiles d'or qui couvrait l'amphithéâtre tout entier, auquel il donnait la forme d'une tente. Il servait à embellir la scène, à rafraîchir les spectateurs par ses ondulations, aies protéger contre les ardeurs du soleil. Une foule de jeunes matelots, la plupart Numides, manuales, attachés aux cordages, faisaient les manœuvres avec une agilité surprenante.

Le Colisée contenait quatre-vingt-sept mille places, tant sur le podium que sur les gradins * ; si on ajoute les douze mille de la terrasse, on aura près de cent mille spectateurs, sans compter les hommes de service. Souvenez-vous maintenant que le Colisée a 157 pieds d'élévation sur 1,641 de circonférence ; et, si vous le pouvez, imaginez quel spectacle devait présenter ce colossal édifice lorsque les rayons du soleil de Rome, l'inondant de lumière , faisaient jaillir mille reflets étincelants, et du magnifique pavillon de pourpre parsemé d'étoiles d'or dont il était surmonté, et de ses vastes parois en marbre poli, enrichies de sculptures, de colonnes, de statues et d'ornements de tout genre ! Ne demandons pas ce qu'avait coûté ce gigantesque monument : les auteurs anciens se contentent de répondre que Titus y avait fait couler un fleuve d'or 2. Ils auraient dû sgouter, et des torrents de sang, et des torrents de larmes.

* Pub. Vict., de Région. — Donati, lib, m, p. 193.

* Hoc Titi potcntia principalis divitiarum profuso flumine, xcogitavit aedificium fieri. Cassiod., Epist, variar. 45.

Par ses proportions, par le luxe de ses ornements, par la nature des spectacles qui s'y donnaient, par la fureur du peuple, depuis l'empereur jusqu'à l'esclave, pour ces jeux sanglants, le Golisée résume la vieille Rome durant les trois derniers siècles de son existence. Le connaître à fond, c'est contempler face à face le monde d'alors; car c'est voir, dans le foyer môme où ils viennent se réunir, tous les traits de lumière répandus çà et là par les historiens sur les incroyables mystères de la vie païenne.

Pleins de cette pensée, nous sortîmes de l'arène et, montant sur le podium, nous nous assîmes à la place même du pavillon impérial, pour voir ce qui se passait dans le Golisée aux jours du paganisme. N'oubliez pas que c'est aujourd'hui le 20 décembre, dernier jour des fêtes Sigillaires, par lesquelles les Romains célébraient la clôture de l'année. Si donc, à pareil jour, la onzième année du règne de Trajan, nous nous fussions trouvés à Tamphithéâtre, voici, du moins en partie, ce que nous aurions vu :

Au lieu de sable, l'arène est couverte de vermillon; l'autel de Jupiter est paré; le vase du victimaire et le couteau sacré brillent près du trépied fumant. Au-dessus de» nos têtes les manuales se glissent légèrement sur les cordages du velarium, préparent les poulies, disposent les jets d'eau parfumés. Sous nos pieds, les lions, les panthères, les ours rugissent dans les carceres et font trembler le Golisée tout entier. La porte impériale s'ouvre ; le préteur s'avance, drapé dans son manteau de pourpre, rattaché sur l'épaule droite par un bouton d'or; il monte sur le podium et vient prendre la place d'honneur, car Tempereur est en Orient : il est suivi des vestales, vêtues de blanc, du sénat en manteau blanc rehaussé d'or.

Tous les portiques soDt ooTerts; quatre-vingt-sept mille spectateurs garnissent les degrés de Tamphithéâtre, douze mille regardent du haut de la terrasse. Entre le prtmier et le dernier portique, les matrones et leurs filles, étincelantes de pourpre, d'or et de diamants, forment une éblouissante ceinture autour de Tamphithéâtre. Tout à coup uo grand silence s'établit : le prêtre de Jupiter Latiale s'avance par la porte qui regarde l'arc de Tite. Un Pontificius *, tenu par des prétoriens, est an pied de l'autel : on 1 étend, le Flamen dialis a saisi le couteau; la victime est égorgée; le peuple a battu des mains; Jupiter est content, et les jeux peuvent commencer.

Aussitôt la musique fait entendre de bruyantes Ëmfares, et, sous la porte par où le prêtre est entré, apparaissent les venatores, armés pour combattre les bétes. Ils sont rangés sur deux lignes, ils ont un fouet à la main, dont ils frappent chacun un coup sur les infortunés qui passent nus au milieu d'eux : ce sont les bestiarii, \icliraes dévouées aux bêtes. On ne peut les compter, tant elles sont nombreuses ! La plupart sont de pauvres esclaves fugitifs, des prisonniers de guerre, des chrétiens et des chrétiennes, jeunes enfants et vieillards blanchis par les années. Précédées d'un héraut, ellts font le tour de l'arène, et en passant devant la tente de l'empereur elles s'inclinent en disant : Cœsar^ morituri tesalutant. « César, ceux qui vont mourir te saluent*. •

Cependant on divise la troupe par petites bandes, on ne veut pas qu'elle soit égorgée d'un seul coup, il &ut

* Viciime humaine.

* Au lieu de ce mot, les chrétiens faisaient entendre aux juges de sévères avertissements. Ainsi, en passant devant le balcon du proconsul Hilarien, les martyrs de Carthage lui dirent : a Tu nous juges en ce monde, mais Dieu te jugera dans Tautre. i

prolonger le plaisir. Ceux qui doivent mourir les premiers restent dans l'arène, attachés à des poteaux ou enveloppés dans des filets ; les autres sont mis en réserve dans les carceres. Tous les spectateurs sont impatients. Les vestales, qui le croirait? les vestales donnent le signal du carnage. Les herses sont levées; les lions, les ours, les panthères, piqués, brûlés par les gladiateurs, s'élancent furieux dans l'amphithéâtre . Et voilà des têtes, des bras, des jambes broyés, des entrailles déchirées qui ensanglantent Tarène et le podium. Le peuple a bu le premier sang, mais il n'est pas enivré, et il veut l'être. Le combat continue, chaque troupe de bestiaires paraît à son tour. Les émotions deviennent plus vives, plus agréables; le sénat, les vestales, les matrones, les spectateurs demandent en trépignant de nouvelles bêtes et de nouvelles victimes. La Uste funèbre est épuisée : il n'y a plus de chair humaine à déchirer, pour le peuple plus de sang à boire.

Que dis-je? Si les bestiaires sont morts, les gladiateurs restent ; on va leur préparer la place. Les lions et les panthères rentrent dans leurs loges. Les confecteurs, armés de crocs, entraînent les cadavres dans le spoliarium. Deux de leurs chefs se promènent dans la vaste enceinte libitinaire : l'un s'appelle Mercure, l'autre Pluton, parce qu'ils portent les insignes de ces divinités. Mercure touche les corps avec un caducée de fer incandescent, pour reconnaître ceux qui conservent encore quelques principes dévie; Pluton assomme avec un maillet les malheureux que n'attend aucun espoir de guérison *. Aux confecteurs succèdent dans l'arène déjeunes et beaux esclaves, élégamment vêtus, qui viennent retourner avec des râteaux la poussière ensanglantée.

^ Senec, Epist. 93.

Pendant cette opération, les tuyaux ménagés avec art dans toutes les parties de l'amphithéâtre distillent sur les spectateurs une rosée odorante qui rafraîchit l'air ei corrige l'acre parfum du sang * . Comme un immense éventail, le vel^irium brodé d'or ondoie au-dessus des têtes ; des symphonies et des chants, mêlés à un orchestre de mille instruments > ; cent bouffons, aux costumes et aux manières les plus bizarres, les plus étranges, amusent le peuple, impatient de nouveaux combats.

Enfin voici les gladiateurs : ils arrivent sur des cbars brillamment peints de diverses couleurs, et font le tour de Famphithéâtre : Cœsar, morituri tesalutant, crientils tous ensemble en passant devant la tente de l'empereur. Ils mettent pied à terre et se répandent dans l'arène. Leur vêtement se compose d'un subligaculum, pièce détoffe rouge ou blanche, pendant en draperie sur les cuisses, relevée sur les hanches et fixée autour du corps par une brillante ceinture de cuivre ciselé. Un cothurne de cuir bleu ou une bottine de bronze, ocreûf forme leur chaussure : le reste du corps est entièrement nu. Pour armure, les uns portent un petit bouclier rond, parmay un trident et un filet: ce sont les rétiaires, retiarii ; les autres, une faux recourbée, un grand bouclier rond, clipeusy un casque surmonté d'une aigrette rouge, ou d'un poisson, pour cimier : ce sont les mirmUlanes, te plupart nos infortunés compatriotes ^, Les laquéateurs, laquearii, sont armés du lacet, avec lequel ils cherchent à s'étrangler mutuellement : ils n'ont pour arme défensive qu'un bouclier de cuir. Ceux que vous voyez armés

* Senec, QuœsL Nat.^ ii, 9, Ep. 90.

« iD., Ep. 85.

* JusT. Lips. m Saiur.^ lib. Il, c. vu.

d'une épéc, le bras droit couvert de brassards peints en bleu, le gauche muni d'un clypem, la tête chargée d'un casque ailé, peint en bleu, et dont le cimier reçoit une crinière rouge, sont les gladiateurs proprement dits, gladiatores. Les uns sont à pied, les autres à cheval.

Les dimachaires n'ont point d'armes défensives, point de bouclier, mais une épée à chaque main. Les essédaires combattent sur des chars traînés par des esclaves. Les andabates sont des malheureux qui ont les yeux bandés et qui combattent en aveugles. Ces différentes espèces de gladiateurs ne luttent pas toutes ensemble, mais fournissent successivement leur genre de combat particulier : la variété dans la manière dont la mort est donnée ou reçue multiplie les jouissances de ce peuple blasé.

Quel est ce bataillon qui se tient à l'écart, qui prélude au combat réel par des joutes simulées et promène sur l'amphithéâtre un regard tranquille? Reconnaissez les auctorati^ gladiateurs qui ont vendu leur vie pour amuser le peuple par le spectacle de leur mort. Dans cette armée, prête à en venir aux mains, il y a des combattants qu'on appelle sine missione ; pas un seul ne doit survivre au combat, vous les verrez tous mourir. On a soin d'indiquer dans le programme des jeux si le combat sera sans mission; c'est un moyen d'attirer la foule*. Les trompettes ont retenti : la lutte est commencée. Les épées se croisent, les lances s'entre-choquent, le sang coule à flots; et cependant le peuple bondit de colère sur ses sièges : quelle en est la cause? C'est ce gladiateur qui cherche toujours à frapper son adversaire à la tête.

Le misérable ! il ne sait donc pas que telles blessures produisent ordinairement une mort instantanée ; et quel

* Hodicriia pugna non habet missioncm. Apul., lib. ii.

plaisir y a-t-il à voir mourir un homme s'il ne soufGre pas? Tuer un gladiateur du premier coup, c'est empiéter sur la volupté romaine. Cependant le combat s'anime; mais il ne s'échauffe pas encore au gré du peuple. Tout l'amphithéâtre se tient pour outragé, pour méprisé par des gladiateurs qui se tuent avec mollesse, et qui ne périssent pas avec gaieté. Une fureur désordonnée éclate contre ces malheureux ; une horrible férocité anime tous les visages; des cris effroyables font trembler le Cotisée. Les spectateurs, y compris les vestales, se lèvent, trépignent de rage, se livrent à des gestes si menaçants, si terribles, si convulsifs, qu'on les croit au moment de descendre dans l'arène, pour déchirer eux-mêmes les tristes objets de leur ignoble courroux *.

Mais voyez ces hommes qui s'élancent de rcxtrémité de Tarène ? Ce sont les marchands qui ont fourni la graisse gladiatoriale^; ils tombent à grands coups de lanières et de verges sur ce troupeau de timides combattants, et, employant même le feu, parviennent à les rendre un peu plus intrépides 3. Le peuple se venge de leur lâcheté en les condanmant presque tous : deux ou trois seulemait reçoivent leur grâce, par le don d'une baguette et d'un bonnet d'affranchi. Vainement les autres essayent de rendre les armes et d'attendrir leurs juges ; la manière humble et tremblante dont ils implorent la vie ne fait que redoubler la haine allumée contre eux. Non-seulement tous périssent (et pendant les jeux de Trajan il en périt dix mille *), mais le peuple, dans l'emportement de sa férocité, craignant que quelque victime ne feigne la

* Senec, de Ira, i, 2.

* Gladialoria sagina. Tac. HisL, ii, 88, V. » Senec, Ep, 37. — Petron., 117.

* XipmL., Trajan,, p. 247.

DESCRIPTION DES C03IBATS. 369

mort qui ne Fauraitpas atteint, ordonne de retourner les corps, et d'émousser de nouveaux glaives sur ces cadavres insensibles et sanglants ^

Toutefois une longue péripétie a tenu les spectateurs en suspens et produit des émotions délicieuses. Avant le coup mortel, de graves blessures ont été reçues, et reçues avec grâce, suivant les règles obligées du combat.

A chaque plaie profonde, à chaque chute d'une victime, un cri partde tous les pointe de l'amphithéâtre : Hoc habet ! hoc habet! « Il en tient ! il en tient! » Et une joie infernale, satanique, illumine toutes les faces. Le malheureux tombé se relève, et mettant un genou en terre, il demande humblement grâce de la vie ; son vamqueur est là, promenant ses regards sur l'amphithéâtre pour chercher la sentence du peuple. Les pouces se lèvent, il est sauvé; les pouces s'abaissent, il est condamné, il va mourir; mais sa mort doit être pour les spectateurs une nouvelle et suprême jouissance.

n &ut que chaque victime renversée au pied de son adversaire, dans une chute dont l'art même a dû dérober la honte *, prenne l'extrémité du glaive que lui présente son vainqueur, tende la gorge et dirige elle-même la pointe homicide qui doit terminer sa vie s. Une explosion de joie salue chaque exécution; elle part de tous les rangs, même de la loge des vestales. On voit ces vierges, si douces et si modestes, se lever à chaque coup, s'extasier toutes les fois que le vainqueur enfonce le glaive dans la gorge du vaincu, et compter par combien de bles-

* Lact. VI, 20.

* Cic, TuscuL, II, 17.

* Senec, Ep. 50. — Sainle Perpétue en fut réduite là.

sures le gladiateur mourant arrose l'arène de son sang*.

La trompette lugubre a sonné de nouveau, et la porte des Morts a donné passage à plusieurs centaines de cadavres sanglants et mutilés. Pour la troisième fois, d'élégants esclaves ont retourné le sable de l'arène; le combat des hommes contre des hommes a cessé. Le peuple n*est pas satisfait; il lui faut de nouvelles jouissances, c'est-à-dire du sang, toujours du sang, mais du sang versé d'une autre manière : et il en aura. En attendant, voici un intermède propre à remuer les hideuses fibres de son âme qui seraient demeurées assoupies. Des esclaves richement vêtus apportent des réchauds remplis de charbons ardents. Le peuple a lu le fait de Mutius Scsevola; mais il ne l'a pas vu, et il veut le voir, parce qu'il y a dans ce spectacle une torture à savourer. Un malheureux, conduit par des prétoriens, est obligé d'étendre le poing sur ces brasiers. Pour le contraindre à cette horrible parodie, on Ta revêtu d'une robe soufrée, tunica incendialiSy à laquelle deux bourreaux armés de torches se tiennent prêts à mettre le feu au moindre signe d'hésitation *.

Pendant que le peuple respire cette fumée de chair humaine, on a terminé les préparatifs de la chasse. Des compagnies de bestiaires entrent parla porte occidentale du Golisée ; tandis que sous la grande porte on voit s'avancer, conduites par un mécanisme mvisible, des montagnes couvertes d'arbustes et de gazon. De leurs flancs, subitement entr'ouverts, s'élancent des ours, des lions,

* Consurgit ad iclus

Et quoties victor ferrum jugulo inserit, illa Delicias ait esse suas, pectusque jacentis Virgo modesta jubet conversa pollice rumpi.

Prudent., tnSymmacÀ., ii, v. 1100-H15.

' iMartial., VII, 30. — XiPHiL., 25.

des panthères, des bisons *. Le carnage recommence, le sang conle à grands flots, les applaudissements s'élèvent jusqu'à la frénésie. Bientôt, sur la poussière ensanglantée de l'arène, gisent pêle-mêle les animaux et les honunes. Tout est mort, excepté quelques ours des Alpes et quelques lions de Numidie, qui, restés maîtres du champ de bataille, se promènent à travers les cadavres, cherchant de nouvelles victimes. Ces terribles animaux sont enfin repus de sang et de chair humaine ; ils sont couchés dans l'arène, achevant de ronger les os à moitié broyés de quelques bestiaires.

Pourquoi ne les fait-on pas rentrer dans les carceres ? Ils doivent servir à un nouveau spectacle, qui fera trépigner de joie et rire vingt fois d'un rire convulsif, et le sénat, et les vestales, et le peuple. Un esclave est poussé dans l'arène. Sur sa main étendue repose un œuf qu'il doit porter sans le laisser tomber, et sans fermer la main, d*im bout de l'arène à l'autre. La crainte, la pâleur, les angoisses du malheureux, les mouvements des lions, leurs sourds mugissements, excitent des sensations délicieuses dans tous les spectateurs, qui bondissent de joie si un coup de dent ou de griffe vient déchirer l'acteur infortuné de ce jeu cruel. Cependant la nuit approche, et le peuple impatient demande encore des bestiaires : il n'y en a plus. Quoi I le peuple romain restera sans plaisir, et les lions sans pâture ? Non, l'empereur luimême, Tr^an, s'est fait le pourvoyeur du Golisée. Quel est ce trépignement de joie qui se manifeste sur tous les gradins de l'amphithéâtre ? Voyez ce centurion qui arrive précipitamment sur le podium, qui parle au pré-

' Receptaculum omnium fcrarum in amphilheatro extructum erat instar navis, quse capere simul el cmittere posset ad feras quadriugentas : ca autem de subito occulte soluta exsi^

teur, à qui il remet une dépèche impériale. Il annonce rarrivée d'Ignace, surnommé Théophare, Févêque des chrétiens, que l'empereur envoie d'Orient pour être livré aux bêtes. Quel bonheur I

En effet, l'an 116 de Jésus-Christ, le 20 décembre, ce même jour oii nous sommes au Golisée, Ignace débarquait à Ostie. Pressé par les soldats chargés de le conduire, il faut qu'il arrive dans la grande Rome avant le coucher du soleil ; c'est aujourd'hui le deimer jour des jeux : le martyr est à la porte de l'amphithéâtre. Le préteur se lève et lit au peuple la leitce de Tnyan : c Noos ordonnons qulgnace, qui dit porter en lui-même le Crucifié, soit enchaîné et conduit par des soldats dans h grande Rome, afin de senir de pâture aux bêtes et de spectacle au peuple ^ » Un long battement de mains témoigne de lallégresse et de la reconnaissance du peuple.

Le vénérable vieillard passe sous les fouets des venor tores qui le poussent dans l'arène. À sa vue, les cent mille spectateurs battent encore des mains ; les lions poussent d'affreux rugissements. Ignace se met à genoux et dit : c Je suis le froment du Seigneur ; il faut que je sois moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain pur de Jésus^hrist. » II a parlé, et voici deux lions qui sejettait sur lui et qui le dévorent en un moment, sans rien laisser de son corps que les plus gros et les plus durs de ses os.

Le martyr est immolé. Peuple féroce, es- tu satisfait? Non; comme le tigre que le sang altère, Rome, qui

liebant ursi, lèse, pantherae, leones, slrulhiones, onagri, bisontes. Dio in Severo; Id. in Néron. — Vopisc.; in Prob.

* Ignaliuin praecipimus in seipso dicenlcm circumferre Crucifixum, vinctum a militibus in magnain Romam duel, cibuin besliarum, in spcctaculum plebis fulurum. Act. sincer. S. Ignat.j ap. Rudïart.

DESCUli'TION DES COMBATS. 373

vient de boire avec délices quelques gouttes du sang chrétien, veut boire jusqu'à l'ivresse. Elle le voudra encore pendant deux siècles, et une armée de martyrs viendra, sur les pas d'Ignace, expirer dans Tamphithéâtre. Bats des mains, peuple insensé, trépigne de joie à la vue de leurs tortures! Tu ne sais pas que leur mort victorieuse ébranle les autels de tes dieux et fera bientôt crouler ton Capitole et ton Colisée lui-même!

En attendant, on voit au nombre de ces glorieux champions, tour à tour entrés dans Tarène, Eustache, capitaine de cavalerie sous Titus au siège de Jérusalem, général des armées romaines sous Adrien, et avec lui son épouse et ses deux fils, nobles rejetons des plus anciennes familles; les illustres vierges Martine, Tatiane et Prisca, toutes trois filles de consuls et de sénateurs; le sénateur Julius; Marin, fils d'un autre sénateur; les évoques Alexandre et Éleuthère; les jeunes princes persans Abdon et Sennon ; deux cents soldats à la fois, et une foule innombrable de héros et d'héroïnes de tout âge et de tous pays, dont le triomphe illustra ce Ciapitole des martys : souvenirs, émotions, enseignements profanes et chrétiens, le Colisée fournit tout cela. Ai-je tort de demander s'il est sous le ciel un livre plus éloquent et plus complet * ?

* Pour achever de peindre le Colisée et la société païenne qui en avait fait sa demeure ordinaire, ajoutons que le jour ne suffisant pas aux spectacles, on les prolongeait pendant la nuit*. Le Colisée s'illuminait d'innombrables flambeaux, et les scènes de carnage recommençaient, continuaient, se prolongeaient pendant deux, trois et jusqu'à cinq jours et cinqnuits sans interrupiion**.

On mangeait à Tamphithéâtre; les sénateurs, les chevaliers

Venationes, gladiatoresque noctibus ad lychnyc'.os dédit : nec Tirorum modo pugnas, sed et feminarum. Suet. in Dotnitian — Xiphil. in t<f.— Statius, in Sylvit, etc. — ** Ciceh, Épist, famiL vm I. — Spaeiiau,, Hadrian^, 7.

37 i LES TROIS ROME.

SI Décembre.

Arc de Constaatin. — Église de Saint-Giémeot. — Antiquité, forme primitive. — Le coosnl Flavius Clemens. — Le pauvre paralytique. — Bibliothèques. — Bouquinistes. — Mendiants. - Traits de mœurs.

Les ossements de saint Ignace, recneillis avec respect par les frères qui Tavaient accompagné depuis FOrient, furent par eux reportés en triomphe à Antioche. Plus

romains, les matrones elles-mêmes, transformés en gladiateurs, descendaient dans l'arène, et le péril couru par ces nobles combattants redoublait le plaisir des spectateurs. Aux combats de terre succédaient les batailles navales ; on vit an jour l'arène remplie, non d'eau, mais de vin, et trente-six crocodiles avec plusieurs hippopotames lutter contre les gladiateurs montés sur des barques *.

On a calculé que ce peuple, roi du monde païen, passait près des deux tiers de l'année au théâtre, à Tamphithéàtre et au cirque. Où comprend maintenant toute la vérité de cette dégradante devise, résumé de sa vie : Duos tantumres anxius optât, panem et circenses. Quant à sa fureur pour les spectacles sanglants, les détails suivants, ajoutés à ceux qui précèdent, pourront en donner une faible idée. Les Romains ne pouvaient se passer des combats de gladiateurs ; ils bâtirent des amphithéâtres dans toutes les villes importantes de l'empire; ils les introduisirent jusque dans leurs festins, ils y coaraient avec plus d'ardeur qu'aux comices mêmes. Strab., v, p. ^21.

Cicéron, étant consul, fut obligé de porter une loi qui rendait inhabile le candidat qui, avant les élections, aurak promis au peuple un présent de gladiateurs, tant on était certain d'obtenir les suffrages en faisant une semblable promesse! Les triomphateurs, les édiles, les principaux magistrats, les

*SoLiH., a*. — Dio,w.u.ea&.

tard ils ont été rapportés à Rome et déposés dans la vénérable église de Saint-Clément, située à quelques pas de Tamphithéâtre. Afin de compléter nos impressions

riches citoyens, et surtout les empereurs, se faisaient un devoir, pour être agréables au peuple, de prodiguer les gladiateurs. On en donna d^abord cinquante paires, puis trois cents, puis sept cents. Trajan en donna 10,000; on ne peut compter ceux que donnèrent Titus, Domitien, Héliogabale.

Quelques-uns de ces monstres couronnés avaient une telle passion pour ces horribles fêtes, que dès le matin ils descendaient à Tamphithéâtre, et à midi, lorsque le peuple allait dtner, ils restaient dans leur loge, et, à défaut de gladiateurs désignés, faisaient combattre les premiers venus. (Sdet., in Claud.) Jules César ne rougit pas de se faire le laniste du peuple romain. Il entretenait à ses frais une école de gladiateurs. (SuET., Cœs,, 36.) Auugste adopta celte institution, et lesempereurs possédèrent des gladiateurs toujours prêts àcombattre à la demande du peuple. (Mart., deSpect,, 22.) Jamais les prisoimiers de guerre, les malfaiteurs, les esclaves fugitifs n'auraient pu suffire à cette eflfroyable consommation de victimes humaines : les chrétiens se trouvèrent là pour y suppléer.

Qu'on juge de Timmensilé de ces boucheries, prolongées durant plus de cinq cents ans, par le nombre des animaux amenés dans l'arène. C'est par milliers qu'arrivaient successivement, de toutes les parties du monde, les ours, les léopards, les rhinocéros, les taureaux sauvages. Scipion Nasica et P. Lentulus firent paraître dans leurs jeux 60 panthères et 40 autres animaux, tant ours qu'éléphants. (TiT.-Liv.,44, 18.) Scaurus donna 150 panthères; Sylla, 100 lions à crinières; Pompée; 600 lions, dont 315 à crinières, 410 panthères et 20 éléphants; César, 400 lions; Drusus, 20 éléphants; Servilius, 300 ours et autant de bêtes africaines; Titus, 5,000 bêles en un jour ; Trajan, 10,000 pendant les jeux ; Domitien, 1,000 autruches, 1,000 cerfs, 1,000 sangliers, 1,000 chamois-girafes et autres animaux herbivores*.

Pour subvenir aux dépenses des jeux, on frappait de lourdes

* Plik., vm, i3, iO. — C. SoLiN., «6. — \oïisc., m Vto\)»— ^w«\.> ^t S/f^û/,, 33, etc, etc.

de la veille, nous allâmes rendre nos hommages a ces restes tant de fois vénérables. Devant nous se trouvèrent de nouveau le Colisée et Tare de Constantin. Sur la porte de l'amphithéâtre, par oii entrèrent tant de héros chrétiens, on a placé une plaque de marbre qui redit la sainteté des lieux baignés du sang de nos pères. À. Texemple de tous les pèlerins catholiques, nous la baisâmes avec un respectueux amour, en demandant pour nos amis et pour nous la foi des martyrs. Nous nous arrêtâmes ensuite devant Tare de Gonstan»

contributions en argent sur les provinces ; et pour avoir des animaux, on mettait l'impôt en nature. Les gouverneurs obligeaient leurs administrés à faire des battues générales, dont le produit s'expédiait à Rome, où ces animaux étaient amenés à grands frais, puis renfermés dans des cages et nourris dans des vivaria, jusqu au moment où. l'on en anit besoin. (Procop., de Bell, Gothic, i.) Enfin, ce gibier devint rar^, et une loi fut portée qui défendit de tuer un lion en Afrique. (Cod, Theod., t. VI, p. 92.)

Tel était le monde païen aux jours du Christianisme naissant: « Il faut, dit un écrivain distingué, que les témoignages soient unanimes, que toutes ces choses nous soient racont''es parfois avec un faible mouvement de pitié, plus souvent avec un sang-froid indifférent, quelquefois même avec une joie enthousiaste (Plin., Paneg.^ 23) par ceux qui, tous les jours, en étaient spectateurs : il faut qu'une centaine d'amphithéâtres soient demeurés debout, que nous ayons pu pénétrer dans la caverne où Ton achevait les victimes, dans la loge où les lions et les tigres étaient enfermas à côté du prisonnier humain ; que nous ayons lu le programme de ces horribles fêtes ; que nous ayons ramassé le billet qui donnait droit d*y assister; que les ba'^-reliefs antiques nous aient transmis l'image de ces épouvanta!>les plaisirs, pour que nous puissions y croire, pour que le philosophe chrétien arrive à démêler dans le fond du cœur de l'homme cette fibre hideuse qui aime le meurtre pour le meurtre^ le sang pour le sang *. »

* M. DE Champachy, les Cc«or«, \. U, v v%».

tin, pour terminer l'étude de ce monument capital. Ses trois arcades sont remarquables tant par l'étendue de leurs dimensions que par l'élégance de leur forme. La disposition des bas-reliefs et des statues est aussi d'un goût irréprochable. Quant à ces ornements mêmes, les uns appartiennent à la meilleure époque, les autres annoncent la décadence de l'art. Les huit colonnes de marbre précieux, les statues, plusieurs médaillons d'une grande beauté proviennent des arcs de Trajan et de Marc-Aurèle ; ce qui est d'un travail inférieur est contemporain de l'édifice.

Cette bigarrure donne lieu à une question importante : Si les artistes du quatrième siècle ont eu assez de goût pour élever un arc de triomphe dont les proportions et la disposition générale ne laissent rien à désirer, peut-on raisonnablement leur refuser le talent nécessaire pour en sculpter, au moins d'une manière passable, les ornements secondaires? S'ils l'ont eu, d'oii vient qu'ils ont employé des pièces toutes faites? D'oii vient surtout que le sénat, gardien sévère des monuments publics, a permis, a ordonné de mutiler les arcs de triomphe élevés aux empereurs qui furent les plus chères idoles des Romains, au profit d'un prince dont l'empire encore à moitié païen acceptait la domination plutôt qu'il ne l'aimait? De ce fait anormal on ne trouve qu'une explication. Dans Tare de Constantin, comme dans la plupart des anciennes églises de Rome, la Providence a voulu que les monuments des persécuteurs eux-mêmes fournissent les matériaux d'un édifice destiné à perpétuer de génération en génération le triomphe éditant du Christianisme, et la substitution miraculeuse de Rome à Rome dans l'empire éternel du monde *.

'Babon, an. 312, t. III, p. 64, n. L\i.

Cette explication est d'autant mieax fondée que le sénat, si reconnaissant qu'on le suppose envers Constantin, se montrait encore bien éloigné de partager sa foi religieuse. L'arc même qu'il éleva en Thonneur de ce prince en fournit la preuve. Il est vrai que, pour ne pas se rendre odieux ou ridicule en niant le miracle qui avait donné Tempire au fils de Constance, le sénat dit, dans l'inscription, qu'il a vaincu le tyranparVinspiratUmdela Divinité, instinctu Divinitatis; [ce mot amphibologiqne est le seul hommage que la vérité arrache aux Pères conscrits. Quant à la croix, emblème beaucoup plus énergique, vous ne la trouvez nulle part sur l'arc de Constantin. Pourtant le sénat ne pouvait rien faire de plus agréable à l'empereur que de graver sur ce monument le signe sacré, auquel le vainqueur de Maxence se confessait redevable de la victoire.

Cette omission choquante n'échappa point à Fempereur : « Mais, dit Eusèbe, n'osant heurter de front les préjugés du sénat, encore païen, Constantin, pour se dédommager, fit placer la croix au sommet d'un obélisque érigé par ses ordres dans le centre même de la ville *. » Honneur au génie de Sixte V, qui a relevé le glorieux monolithe sur lequel la reconnaissance du premier César chrétien grava Tinscription suivante :

HOC SALVTARI SIGNO, VERO FORTITUDINIS INDICIO,

CIVITATEM VESTRAM TYRANNIDIS JVGO LIBERAVI ET

S. P. Q. R. IN LIBERTATEM VINDICANS, PRISTINiE

AMPLITVDINI ET SPLENDORI RESTITVI.

L'absence de la croix sur l'arc de Constantin est une indication précieuse de Tétat social de Tempire à cette époque de transition. L'empereur et une partie du peuple

* Vit, Const,^ I. I, c. XXXIII.

sont chrétiens, mais le sénat et la haute administration demeurent païens. On est heureux de voir graver sur le marbre cette parole écrite dans les Lettres de saint Paul : que rÉvangile a commencé par les pauvres et non par les riches, par les faibles et non par les forts.

De ce passage lent et difficile du paganisme à la foi, Tare de Constantin me rappela un autre témoignage plus significatif encore que le précédent. Ce n'est pas sans étonnement qu'on lit dans les inscriptions et sur les médailles des premiers empereurs chrétiens le titre païen de Souverain Pontife : Pont. Max. Entre bien des preuves, il suffira de citer l'inscription du pont Gestius, près de nie du Tibre :

Page 1