PONTEM. FELICIS. NOMINIS. GRATIANI
IN. VSVM. SENATVS. AC POPVLI. ROM.
CONSTITVI. DEDICARIQVE. JUSSERVNT.
Quelle peut être la raison de cette étrange coutume dans laquelle plusieurs ont cru voir un reste d'idolâtrie?
Elle est dans le fait signalé plus haut. Auguste, voulant réunir en sa personne la puissance absolue dans Tordre religieux comme dans Tordre social, se fit décerner te titre de souverain pontife. Ses successeurs eurent soin de Timiter, et, comme Tempereur actuel de la Chine, tous ofFraien réellement des sacrifices. A partir de Constantin jusqu'à Gratien, les maîtres du monde continuèrent de recevoir Tinvestiture du Souverain Pontificat. Était-ce pour en exercer les fonctions sacrilèges? Nullement : ils prenaient ce titre afin de jouir des droits civils qu'il emportait avec lui.
Pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici *, les Romains ne regardaient pas comme empereur celni qui n'était pas en même temps souverain pontife. De plus, le souverain pontife avait une puissance fort étendue, supérieure même à celle des consuls. Il pouvait empêcher la tenue des comices, ou annuler leurs délibérations; empêcher le sénat de délibérer, suspendre l'exécution de ses décrets, défendre de déclarer la guerre, obliger même les consuls à donner leur démission *. On voit combien cette puissance pontificale était nécessaire aux empereurs païens, et pourquoi ils voulurent la posséder.
Elle était peut-être plus indispensable aux empereurs chrétiens. Placés en face d'un sénat, d'une armée, d'un monde encore à moitié païen, qui ne portait leur joug qu'avec peine, et toujours disposé à saisir le moindre motif d'entraver Texercice de leur pouvoir, ils auraient vu leur action continuellement paralysée, si la puissance
* On les trouvera dans le t. I. de notre Traité du Saint- Esprit et dans le l. VI de notre ouvrage : La Révolution,
* CicER.,de Nat, deor.^Wb, ii; de Legib.^ \ih, ii.— Tacit., de Morib, Germ. — Valer. Max., lib. III, c. ii, m.
pontificale eût été entre des mains étrangères. Une fois les circonstances changées, ils renoncèrent à un titre désormais inutile*.
Pour revenir à Tare de Constantin, on remarque sous la voussure de la grande arcade deux médaillons en marbre de l'empereur, d'un bon travail : ils sont environnés d'étendards et surmontés de la Victoire qui dent la couronne sur la tête du vainqueur. Sur la frise des deux petites arcardes on lit, d'un côté : votis x ; de l'autre : votis xx. Nouvel hiéroglyghe qu'il faut déchiffrer.
Auguste, imité plus tard par Napoléon, se fit donner, par les suffrages du peuple, le suprême pouvoir dont il jouissait déjà de fait ; il ne le demanda même que pour dix ans, tant il semblait respecter la liberté romaine. Au bout de dix ans, il se le fit renouveler pour cinq ans, puis pour cinq autres, ainsi de suite, en sorte que le pouvoir lui fut continué toute sa vie. Bien qu'empereurs à perpétuité, les Césars suivirent l'exemple du divin Auguste*. Constantin, le trouvant établi, s'y conforma; et la double inscription citée plus haut témoigne que par les suffrages Constantin a reçu le pouvoir du peuple,
* Bar., Sujî., p. 71, n. xlviii.
* Le passage de Dion mérite d'être cité : « Caesar que lon^ius Romanes a suspicione rcgiae potestalis sibi proposiiœ abduceret, imperium in sucs décennale suscepit. Ëtcum primum decennium cxivissel, aliud quinquiennium, atque co circumacto rursum aliud quinquiennium : post decennium, ac 00 finito, aliud iterum dccretum est ; ila ut conlinuatis decenniis per lotam vitam summam imperii obtinuerit. Quam ob causam posteriores quoque imperatores, elsi non ad certum tempus, sed per omne viiae spatium iis imperium deferaïur, tamen singulis decenniis feslum pro cjus reûovalione agunt, quod hodie eliam fit. » Lib. LUI.
pour dix ans, pour vingt ans, La même inscription revient sur un grand nombre de médailles impériales antérieures et postérieures à Tère chrétienne. Quelle page d'histoire que Tare de Constantin, étudié si légèrement par les voyageurs actuels I
Entrés dans la rue de San^Giovanni-Laterano, nous rencontrâmes bientôt Téglise de Saint-Clément. La simplicité de Tarchitecture, la modestie, je dirais presque rhumilité des proportions, la conformité des parties essentielles avec les prescriptions apostoliques, la beauté des mosaïques, les vestiges précieux d'antiquité, les souvenirs, les reliques célèbres; tout, dans cette église, intéresse le savant et attendrit le chrétien des derniers âges. Dédiée au pape et martyr saint Clément, disciple de saint Pierre et son troisième successeur, elle remonte aux siècles primitifs. Avec cet instinct de conservation qui distingue les pontifes romains, Clément XI la fit restaurer sans toucher aux vénérables restes d'antiquités dont elle est dépositaire. Grâces lui en soient rendues, car on peut assurer avec vérité que cette Basilique est la seule dans Rome qui conserve son ancienne structure. Bâtie d'après les règles des constitutions apostoliques*, elle présente Tabside, concha, ornée plus tard d'une superbe mosaïque ; le presbyterium, formant le chevet, espace semi-circulaire derrière Tautel, destiné à révoque et au clergé. Vous y voyez la chaire du pontife, plus élevée que les autres; les sièges des clercs; le ciboire, cibbnum, tegmen,tabernaculum, tabernacle aérien soutenu par quatre colonnes; l'ara, ou table de marbre servant d'autel ; dans cette table, la confession^ lieu oii reposent les reliques des martyrs ; devant, les transenna,
* Lib. II, c. Lvi.