‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 11 sur 155 · LAZARE · texte numérisé non relu

LAZARE

gracieux que leur vol. Tour à tour lent ou rapide, oblique ou vertical, il trace dans les airs une foule de labyrinthes dont les savants contours occupent agréablement la vue et rompent la monotonie du voyage.

Vers dix heures on distingua dans le lointain, à travers une espèce de nuage diaphane, les montagnes ari* des qui eutour^t la baie de Marseille. A droite s'élevait le château dlf, près duquel les navires qui viennent du Levant accomplissent leur quarantaine. Du même côté, mais sur le continent, apparaissait, à la cime d'un mont élancé, Notre-Dame de la Garde, chapelle célèbre, dédiée à l'Étoile de la mer, gardienne des matelots. Gomment ne pas la saluer avec amour et reconnaissance? A l'exemple de tant d'autres, nos cœurs att^dris trouvèrent pour elle une parole filiale ; car qui dira les vœux et les prières que les siècles passés ont vu offrir à Marie, dans ce religieux sanctuaire, par les mères, les sœurs, les épouses, les en&nts des nautoniers? Aujourd'hui encore, Notre-Dame de la Garde est pour les Marseillais un pèlerinage pieux, auquel on monte par une jolie promenade ombragée d'arbres verts, chose rare dans le beau pays de Provence.

Déjà nous étions dans les eaux de la commerçante cité. Or, parmi les innombrables embarcations qui les avaient sillonnées depuis deux ou trois mille ans, parmi tous les équipages si différents de religion, de mœurs, de costumes, de richesses, d'intérêts, descendus sur ces rivages célèbres, un petit bâtiment sans agrès, monté par un pauvre équipage, abordant péniblement, il y a dix-huit siècles, au port de la cité phocéenne, eut seul le privilège de fixer nos souvenirs. Quel était ce bâtiment? d'oh venait-il? quels passagers apportait-il sur ces bords?

Écoutez Thistoire : Lazare ressuscité, aux portes mêmes de Jérusalem, par le Sauveur, peu de temps avant sa passion, devint pour les Juifs un témoin tellement importun de la divinité de son libérateur, qu'ils résolurent de le mettre à mort. La Providence fit échouer leur projet. Après l'ascension de l'Homme-Dieu, Lazare devint un des plus éloquents prédicateurs de sa doctrine, et la haine du peuple déicide se réveilla plus implacable que jamais. Le miraculeux apôtre, ses sœurs et quelques-uns de leurs amis furent jetés en prison, jugés et condanmés. Pour anéantir jusqu'à la mémoire de leur nom, le sanhédrin inventa un supplice, plusieurs fois répété dans l'histoire des martyrs : on les conduisit au rivage de la mer, et on les exposa à la merci des flots, sur une embarcation à demi brisée, sans provisions, sans voile, sans mât et sans gourvemail. Mais Celui pour l'amour duquel ils souffraient, qui nourrit les petits des corbeaux, et qui conunande en maître aux vents et aux tempêtes, se chargea d'être tout à la fois le nourricier de l'équipage et le pilote du bâtiment. Sous sa paternelle conduite, la colonie de martyrs aborda heureusem^t aux côtes de Provence, et descendit à Marseille, dont Lazare fut en même temps le premier apôtre et le premier évêque *.

Onze heures venaient de sonner lorsque nous franchîmes l'étroite entrée du port, ayant à droite le fort Saint-Nicolas, à gauche le fort Saint-Jean avec l'esplanade de la Tourette et le Lazaret; mais on ne jouit de la vue du port, enfermé dans l'intérieur de la ville,

* Cette belle tradition est revêtue de tous les genres de preuves qu'une critique impartiale est en droit d'exiger. Voyez les BollandisteSj t. Y. Julii.

l*h6tel d'orient. U

qu'après y être entré. Il nous apparut littéralement comme une vaste forêt, dont les mâts et les cordages des navires formaient les arbres et les branches. On y comptait, le jour de notre arrivée, dix-huit cents vaisseaux de toutes les nations.

Entre ces masses inunobiles glissent rapidement et en tous s^s de légères embarcations, garnies de banquettes élégantes, couvertes de baldaquins aux couleurs variées, et montées par des curieux ou par les marins de la place, qui se disputent à grands cris l'honneur de vous prendre à leur bord. Nous n'eûmes que l'embarras du choix; je dis mal, on ne nous laissa pas la liberté de choisir. Quatre ou cinq fiacres d'eau^ aux bras nerveux, au teint basané, nous enlevèrent de vive force et nous placèrent dans leur nacelle. Moyennant un franc par tête, nous étions déposés, quelques minutes plus tard, bagages et voyageurs, au bureau de la douane. La visite eut heu pour la forme, et nous nous dirigeâmes vers l'hôtel d'Orient.

8 IlioT«mbre.

MandUe. — Églises. — ËtabUssements de la charité. — Anecdote. — Gapncins.

En visitant Marseille, on remarque avec étonnement que la plupart des églises sont loin de répondre à l'opulence de la cité et à la piété des habitants. Toutefois on ne peut entrer dans aucune sans éprouver je ne sais quel sentiment extraordinaire, éveillé par le souvenir de l'héroïque Bekunce, dont chaque sanctuaire redit à sa manière le nom et les vertus. Presque à son insu, l'étranger se trouve favorablement disposé en faveur d'une population qui conserve ainsi la mémoire du c^\n \

d'autant que le saint évèqne semble avoir légaé à sa ville chérie une partie de sa tendre compassion pour les malheureux.

Aux yeux de Tobservateur dirétien, la véritable gloire de Marseille, le gage le plus assuré de sm bcmheur, ce n*est ni sa richesse, ni son activité commerciale, doublée depuis la conquête de l'Algérie, mais la charité vraiment chrétienne qui accueille et qui multiplie dans son sein les établissements utiles. Préserver de la contagion la partie de la génération qui est encore vierge; guérir celle qui a déjà reçu le germe du mal ; combiner la double loi du travail et de la charité, afin de tuer la paresse et Tégoïsme : tel est, [dans sa plus ample expression, le grand problème qui tourmente notre époque.

Honneur à Marseille, qui en demande la solution au christianisme, le seul économiste capable de la donner efficace et complète I Honneur à l'homme éclairé ^ qui poursuit ce noble but avec un dévouement digne de tout éloge > puisse-t-il avoir en France beaucoup d'imitateurs I A quiconque se sent le désir consciencieux de cicatriser quelques-unes des plaies de la société, les écoles d'en&nts et d'adultes, l'hospice des orphelines , l'œuvre de la jeunesse chrétienne, les pénitenciers de Marseille peuvent servir d'encouragements et de modèles.

En venant de visiter un de ces précieux établissements, je traversai les principales rues de la riante cité , et notamment la Cannebière, l'orgueil des Marseillais. Cette Ëuneuse rue n'a cependant de remarquable que son extrême largeur.

Dans la même course, ma vue se rQ)osa avec bonheur

' M. Fabbé Flssiaux.

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