‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 12 sur 155 · ROUTE DE MARSEILLE À TOULO · texte numérisé non relu

ROUTE DE MARSEILLE À TOULO

sur deux pères capucins S dans toute la magnificence de leur barbe et de leur costume. Voir en 1841, sur la terre de France, dans une de nos plus grandes villes, des capucins, et des capucins occupés à bâtir une jolie église, ce qui annoncede leur part l'intention de prendre racine parmi nous, cela me parut vraiment fabuleux. Je me rappelai alors la prédiction d'un de leurs pères, que nous avions rencontré à Luceme en 1833, et qui nous disait : « Nom avons déjà gagné en France la cause de notre barbe ; vom verre% que nous gagnerons un jour celle de notre froc. » Puisse-t-il être prophète I Ce vœu est dans l'intérêt de tous.

Plus encore par son exemple que par sa parole, le capucin, ami du peuple et pauvre comme lui, apprend au malheureux à aimer, ou du moins à supporter sans murmure ses privations et sa pauvreté. Qui peut dire toutes les ambitions que les humbles enfants de saint François ont éteintes dans les classes inférieures? Puis, vous tous qui avez quelque chose à perdre, convenez que souvent vous dormiriez plus tranquilles dans vos appartements dorés, si les bons pères, répandus, comme autrefois, dans nos villes et dans nos campagnes, enseignaient encore à vos ouvriers et à vos laboureurs qu'ils doivent chérir leurs maîtres, respecter la propriété ï'autrui et se contenter de la condition que Dieu leur a faite !

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Route de Marseille à Toulon.

A dix heures du matin, par une chaleur de juin, nous

* Aujourd'hui le voyageur visile avec un grand inlérêl le port de la Joliette et la nouvelle ville.

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partîmes pour Toulon, en compagnie d'un oflScier supérieur appartenant à Farmée d'Afrique. Son visage ouvert, la doueeur de ses yeux, la brusque franchise de SCS manières, nous prévinrent d'abord en sa faveur ; cette première impression ne nous trompa point. La conversation vive, variée, pittoresque, de ce brave militaire, vieux soldat de l'Empire et type du genre, ne contribua pas peu à nous sauver de l'ennuyeuse monotonie de la route. Figurez-vous un chemin couvert de poussière, tracé habituellement entre deux chaînes de montagnes privées de toute végétation, à l'exception de quelques pins rabougris épars çà et là sur des crêtes rocailleuses, comme pour mieux faire ressortir la stérile nudité du sol ; de distance en distance, au pied de ces hautes collines, quelques petites langues de terre plantées de vignes, dont les feuilles flétries venaient en tourbillonnant se faire broyer sous les pieds des chevaux ; ajoutez à cela quelques câpriers recouverts de monceaux de terre semblables à de gros pains de sucre ; je vous le répète, figurez-vous bien ce paysage, et pensez qu'au bout est Toulon, la ville des forçats ; puis défendez- vous, si vous pouvez, d'une indéfinissable mélancolie.

Deux lieues en deçà de Toulon, la route traverse les gorges d'Oullioules, fameuses par de nombreux assassinats. Elles tiennent à la ch^ne de montagnes qui, abritant cette partie de la Provence contre les vents du nord, en font l'Italie et le Portugal du royaume. Aussi, on ne tarde pas à longer des jardins superbes, les premiers où nous ayons vu des orangers en plein vent avec des oranges en parfaite maturité. Admirer sans réserve ces beaux fruits, dont la couleur aurore se détache si nettement du vert feuillage de l'arbre qui les porte, tel fut notre premier sentiment. Le second, je dois le con-

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