PORTRAITS DES PROCONSULS ROMAINS
maux : ce n'étaient que tortures, que prisons, que chevalets, que stations en plein air où, pendant l'été, ils étaient brûlés par le soleil, et pendant l'hiver, enfoncés dans la fange ou dans la glace ^
Complices ordinaires des publicains, les gouverneurs de provinces fermaient les yeux et bénéfidaient large^ ment de leur criminel silence. Il fallait que la soif de l'or fût insatiable dans tous ces hommes, et qu'elle eût desséché leurs entrailles, pour qu'ils commissent les exactions et les violences dont les a chargés l'histoire. En effet, l'État fournissait à chaque gouverneur de province des chars, des mules, des vaisseaux, des tentes, de l'argenterie, du blé, et tout ce qui était nécessaire à un équipage militaire *. De plus, ils avaient à leur disposition, pour les dépenses de leur mission et payer leur suite, une forte somme tirée du trésor public ^. Sur cette somme, appelée vasarium, étaient encore prélevées des gratifications pour tous les gens de leur suite qu'il leur plaisait de désigner -*. Pour avoir une idée de la magi^cence avec laquelle Rome faisait voyager ses proconsuls, il faut savoir que le vasarium de Pison, proconsul de Macédoine vers l'an 696, fut de trois millions six cent soixante mille francs ^!
Il semble qu'il y avait là de quoi satisfaire la cupidité la plus ardente I Détrompons-nous: avant même d'entrer dans leur province, les gouverneurs se faisaient payer des indemnités légales dans tous les lieux ob ils pas-
* Plut., in Lucull., 35.
* Cic, in Verr,f iv, 5; v, 32. — Suet., in Aug.y 36.
* Cic, in Pison, ^ 35; pro Arch,
* Id., id.j id.
' Id., id,, id.
saient *. Au lieu de suivre ritinéraire le plus court, Us prenaient le plus long, afin d'avoir plus d'occasions de répéter leurs exactions >. Arrivés dans leur gouvmiement, traînant à leur suite une foule d'amis et de domestiques, ils exigeaient des sommes considérables pour des festins et autres dépenses de cette nature ^; c'étaient les plus modérés. Quant aux autres, pour satisfaire leur rapacité, la plupart créaient des impôts de tout genre et vendaient la justice *. Félix n'eut-il pas la barbarie de tenir injustement saint Paul en prison pendant deux années, pour lui extorquer de l'argent? Mais ce n'étdit là qu'une peccadille dans la vie de ces pachas corrompus et voleurs, dont Gicéron lui-même nous a tracé le portrait.
€ Nous envoyons dans les provinces, s'écrie-t-il, des hommes capables peut-être de repousser l'ennemi, mais dont l'arrivée dans les villes de nos alliés diffère peu de l'entrée des ennemis dans une ville prise d'assaut '. Toutes les provinces gémissent, tous les peuples libres se plaignent, tous les royaumes crient contre notre cupidité et nos violences. H n'est plus, jusqu'à l'Océan, aucun lieu si reculé et si caché où n'aient pénétré l'iniquité et la tyrannie de nos concitoyens. Le peuple romain ne peut plus soutenir, non les annes, non les révoltes, mais les plaintes de l'univers ^. » < Qui a pu te pousser à la révolte? demandait Tibère à un chef des Barbares. — Vousmême, répondit-il, qui envoyez, pour garder vos trou-
* Cic, ad Àttic, V. 12.
* Id., in Vatin., 5.
5 Plut., in Cat, 15.
* Cic, pro Font,, vu, 8.
* Id. Pro leg. Manil., b.
^ Id,j in Verr.yXW^Vè.