‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 111 sur 155 · VIA SCELERATA · texte numérisé non relu

VIA SCELERATA

peaux^ non des chiens, mais des loups *. » Ce mot résume toute l'histoire des proconsuls romains.

Deux traits achèveront de peindre cette oppression monstrueuse^ dont il nous est, à nous chrétiens, aussi impossible d'avoir l'idée que de comprendre la soif de sang que les boucheries de l'amphithéâtre ne pouvaient éteindre. Et d'abord, par une ironie cruelle, la tyrannie toute-puissante des gouverneurs allait jusqu'à exiger qu'on fût content d'eux. Oui, quand ils s'étaient bien engraissés dans une province, ils condamnaient encore les malheureux habitants à envoyer de solennelles députations à Rome, pour y témoigner de la bonne conduite, et porter au sénat le panégyrique officiel de leurs oppresseurs «.

Ensuite, ajoutant à la dérision la plus inqualifiable hypocrisie, ces affreux concussionnaires, revenus à Rome gorgés d'or, charmaient leurs loisirs en composant des traités de morale, des élégies sur les vices de leur époque, ou des déclamations contre l'ambition et la cupidité des grands. N'est-ce pas du fond de ses jardins, cimentés du sang de la Numidie, que le vertueux Salluste écrivait à César : « Le plus grand bien que vous puissiez faire à la patrie, aux citoyens, à vous-même, à vos enfants, enfin à tout le monde, c'est de détruire la passion de l'argent, ou de l'affaiblir autant du moins que le permettent les conjonctures. Sans cela, en paix ou en guerre, il est impossible de mettre aucun ordre dans les affaires, soit particulières, soit publiques; car, dès que la soif des richesses s'est emparée de nous, talents, esprit, rien n'est assez fort pour nous retenir ; le cœur même, ou plus tôt, ou plus tard, finit par succomber 3. »

* Dio, 1. V, p. 653.

• Cic, Ep. ad famil. m, 8.

» Epist. lad Cœs.j 10.

Cicéron, Sénèque, Pline le Jeune, Caton, ne firent pas autre chose. Ce qui n'empêche pas ce dernier de s'écrier du ton le plus pathétique : « Les voleurs particuliers passent leur vie dans les chaînes et dans les prisons; les voleurs publics sur l'or et la pourpre * . » Mais c'est assez. Il faut éviter, même en écrivant l'histoire ancienne, de tomber dans la biographie moderne. Puissent les détails qui précèdent nous pénétrer de reconnaissance pour FËvangile, en nous faisant saintement trembler au souvenir de cette louve romaine qui, durant tant de siècles, déchira de ses dents de fer et broya de ses pieds d'airain le genre humain devenu sa proie!

Descendant des hauteurs du Quirinal, nous nous dirigeâmes vers l'église Saint-Pierre es Liens. Dans notre itinéraire se trouvait l'antique voie Scelerata^ oîi Tullia, femme de Tarquin le Superbe, fit passer son char sur le cadavre de son père. Bien des souvenirs surgissent de cette partie de l'Esquilin, occupée aujourd'hui par les deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Martin des Monts. Les Thermes de Titus, ceux de Trajan et d'Adrien, le temple d'Esculape, bâti par Dioclétien, une partie des jardins de Néron, rappellent un des quartiers les plus célèbres de l'ancienne Rome. Aux chaînes que le prince des Apôtres porta comme Paul, conmie son divin Maître, pour donner la Uberté au monde, l'église que nous allons visiter doit son nom et sa célébrité. Elle passe pour avoir été originairement un oratoire dédié par saint Pierre luimême au Sauveur. Brûlée dans l'incendie de Néron, et détruite pour faire place aux jardins de la Maison d'or, elle fut plusieurs fois restaurée, tant les chrétiens tenaient à marquer par un monument perpétuel le passage de l'Apôtre !

^ AUL. GeLL., XI, i%.

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