NEUF ANS NEUF MOIS CINQ JOURS
Peregrina vixit! ! que ces deux paroles expriment bien le mystère de la vie humaine! Que Thomme est bien défini!
Nous parcourûmes successivement les nombreux musées qui font du Vatican le quartier général des arts, et dont les noms, chers aux catholiques, sont un hommage immortel à nos pontifes. C'est l'appartement Borgia; c'est le musée Pio Clementino, parce qu'il est dû aux papes Clément XIII, Clément XIV et Pie VI; c'est le musée de Pie VU, ou le musée Égyptien et Attique; c'est le musée de Grégoire XVI, ou le musée Étrusque. Léon X, Innocent XI, Jules II, et une foule d'autres souverains pontifes vivent dans les immortelles collections qui attestent, et leur goût exquis, et leur amour généreux pour les arts. Il faudrait des volumes pour donner un catalogue détaillé de tous les objets précieux qui rempUssent ces vastes salons. Sarcophages, statues, bustes, bas-reliefs de tout genre, bassins de marbre et de basalte, chars de bronze, vases, ustensiles, candélabres, groupes de toute forme : voilà de quoi se composent les magnificences païennes du Vatican. Parmi tant de chefs-d'œuvre il en est quelques-uns qu'on ne nous pardonnerait point de passer sous silence.
Dans le musée Pio Clementino nous admirâmes, comme tout le monde, le Torse du Belvédère. Ce superbe ouvrage de marbre bVanG, itwiNfe ^^sv^X^'^ 'W^ktor^ dft
MUSÉES païens. 413
Caracalla, est un fragment d'une statue d'Hercule en repos. L'inscription grecque placée à la base dit qu'il fut sculpté par Apollonius, fils de Nestor l'Athénien. Vinrent ensuite le M^/^aflfre, et le célèbre groupe rf^ Laocoon avec ses deux fils dévorés par des serpents. Après avoir décrit ce dernier chef-d'œuvre, Pline ajoute : « Le Laocoon fut placé dans le palais de Titus ; il est dû à trois sculpteurs rhodiens, Agésandre, Polydore et Athénodore *. » Au commencement du seizième siècle il fut trouvé dans les jardins de Titus. Nous ne parlerons pas de la fête païenne par laquelle on célébra cette découverte. On était alors dans la fièvre de la prétendue Renaissance. Nous ^sons prétendue ; car elle n'a donné la vie à rien : L'Italie de 1864 en est une bonne preuve.
Dans un autre salon du même musée nous vîmes le célèbre Mercure du Belvédère, connu sous le nom d'Antinous; puis, la Dormeuse; enfin, ce qui passe pourl'œuvre magistrale de la statuaire antique , l Apollon du Belvédère. Je dois dire que le nu déborde dans toutes les productions grecques et romaines, et qu'au Vatican, comme à Florence et ailleurs, il faut regarder sans voir. Aussi, malgré tout mon désir de m'enthousîasmer, je ne pus que déplorer la prostitution du talent, tout au plus constater l'art des anciens dans la reproduction des formes, et l'expression de la beauté matérielle. Souvent irréprochables lorsqu'il s'agit de rendre tout ce que l'œil peut voir et la main toucher, les artistes païens sont nuls, dès
* Sicut in Laocoonte qui est in Titi domo, opus omnibus et picturœ et statuariœ artis anteferendum, ex uno lapide eum et liberos, draconum mirabiles nexus de concilii sententia fecere summi artifices Agesander, Polydurus et Athenodorus Rhodii. Liby XXXVI, c. vi. -—Ces artistes \lmei\t v^^^ l'an de Rome 32i,
M4 LBVBHH.
ml i içc W: iarft ésseemiK k dnïi, k oflestc daos
•« me ismierâe .yaywi% sl ^bk ksHHK hioi UiDé,
•jiEaBL ^îiii! THK sv« trmsé b pude gilerîe des Cfr:» j»f ïjfjn^^Âyfiia. s^ agpEftât poiee que les dilKrocis^K^j&Â p2ût sac pàAfi à grands tnîts sir
IttfâÉâfïsuçescnsâTabCMfûtes snrtesortoos às: BafkiBL Ci jmr Lé» X a^^dlt son artisie diéri : « San», faD dit-îL je vwl armer les mors du Tatkm et UfÊSsaus %ft4>'rte à «Ses qse Floranœ exécute jnw UBt de sipénorité; deasne mtà les siqets propres à m^Éner roBirkr . »
Six nMÉs après, Baphaa appoite doue cutons oii ila représenlé ks trûts prinôpau des Ades des Apàlrei; dofimdes cvtoDs est tnumté d'une boidiire en durobscir, oô k peîotre ai^aoé quelques éràiemaiits de la Tk de Léon X. « A la Toe de ces merveilkuses esquisses, oh Raphaa, pour plaire à soo protecteur, a^ait dépensé tout œ qull arait d'imagination et de génie, il se fit, parmi ks qiectateurs, un de ces grands silences oùrâme et le sang semblent su^iendnsi h fois; pois tout à coup les regards se portèrent des cartons sur le peintre, et le pape s'écria: c DîTino! » et tons les assistants répétèrent la même exclamation : t Divino * ! »
« M. AuDnf, Vie de Luther, 1. 1, p. 207. — On connaît l'h»toire de ces cartons, l'œuvre la plus parfaite de Raphaël. S'il en faut croire Richardson, ils passent des mains d'ouvriers flamands dans celles de Charles 1«% roi d'Angleterre. A U mort de cet infortuné monarque, ils sont mis en vente, adjugés k Cromwell, puis oubliés ; puis, jouet de quelques ouvriers qui les ont coupÀ, après l'avénement de Guillaume III, pour /a» copier plut aisémeui^ ei ei^xi, vra^^ ^^^l v^"^ Polaire,
CHAMBRES DE BAPHAEL. 415
L'aile gaadie du Vatican, qui regarde la ville, a été construite par Raphaël lui-même ; elle est ornée des peintures et desornements faits de la main ou sous la direction du prince des artistes. C'est au second étage que se trouvent les Loges de Raphaël Lui-même, sculpté en marbre, semble régner dans ces galeries comme un roi dans ses États. Outre les innombrables arabesques qui courent sur les pilastres et sur les frises^ cinquante-deux fresques exécutées, d'après ses dessins, par Caravaggio, par Jules Romain, etc., reproduisent les principaux traits de l'Ancien Testament. Celle qui représente le Père étemel débrouillant le chaos est tout entière de la main de Raphaël. Les œuvres de ce maître abondent dans les autres parties du Vatican, et surtout dans les Chambres qui portent son nom. Je citerai seulement Y Incendie du Bourg-Sain t-Esprit, poétique représentation de l'incendie de Troie; Y École d'Athènes, où le peintre nous fait assister aux leçons de Platon et d'Aristote; Saint Pierre en prison, lorsque l'ange fait tomber ses chaînes.
Après toutes ces œuvres d'art et une foule d'autres de Jules Romain, d'André Pacchi, du Poussin, de Guide, de Paul Véronèse, du Pérugin, du B. Angelico de Fiesole, etc., qui avaient fatigué notre admiration ^ il restait à voir le plus riche salon du Vatican. Cette galerie solitaire ne renferme que cinq tableaux, et pourtant elle est la phis riche de l'univers. A droite, en entrant, est la Madonna di Foligno, chef-d'œuvre de Raphaël, représentant la Sainte Vierge avec plusieurs saints; plus loin, le
précieuses reliques de Part, mis sous verre et exposéa à l'adoration des artistes qui vont en pèlerinage les visiter à Windsor (Richardson, Traité de la peinture, t. III, p. 459). * Cela soit dit sauf les réserves que j'ai exprimées à Florence, ei que je maintiens à Rome, vi&-k-N'\a Vèç;çJ\fc tûû^wwi.
Couronnement de Marie après son assomption, seconde manière du même peintre; en regard, même sujet, peint par Raphaël et dessiné par Jules Romain; au fond, la Communion de saint Jérôme^ du Dominiquin; enfin, en se retournant à droite, on s'extasie devant le premier tableau du monde, la Transfiguration, de Raphaël. Dans cette composition sublime, l'esprit, le cœur, le pinceau de Raphaël, tout est chrétien; que n'en fut-il toujours de même?
L'histoire de cette œuvre capitale est peut-être le plus intéressant épisode de la vie de l'illustre peintre. Sébastien del Piombo s'était un moment posé le rival de Sanzio, dont plus qu'un autre il admirait le génie. Un jour il vient présenter au pape l'esquisse du Lazare, dont Michel- Ange a fait le dessin et que Sébastien doit revêtir de ce coloris dont il déroba le secret à Vecelli le Vénitiofi. Deux hommes pour vaincre Raphaël! Michel-Ânge et Sébastien del Piombo ; l'un enfantant la pensée, créant le sujet, imaginant le drame; l'autre lui donnant la vie.
La Résurrection du Lazare, œuvre des deux maîtres, était le défi jeté au favori de Léon X. Sanzio se sentit le courage de lutter avec de tels hommes. Il prit son pinceau, s'enferma durant quelques semaines, renonça au pape, au Vatican, à ses amis, pouf travailler à son œuvre.
Le jour vint bientôt de juger les deux compositions; mais à la vue de la Transfiguration, Rome jeta un cri de surprise et d'admiration, et répéta avec Mengs : « C'est le type du beau idéal, le parangon de Fart, le chef-d'œuvre de la peinture, l'effort le plus sublime du génie de l'homme. » Sébastien del Piombo s'avoua vaincu; mais quelle défaite * !
^ Voyez Vie de Luther, pw ^. k\sBv^^\A., ^•'^^^