PALAIS DES AUGUSTES
prince avait placé, au milieu des empereurs divinisés, des dieux et des hommes célèbres, Notre-Seigneur Jésus- Christ, Abraham et Orphée, auxquels il venait chaque matin offrir des sacrifices *. Par ses ordres, le palais même proclama d'une manière éclatante la supériorité de la morale évangélique. Sur une des façades il fit graver cette divine sentence : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse à vous-même •.
Plus loin s'élevait la fameuse tour d'Héliogabale, prince extravagant et débauché, qui avait dit : « Je veux que ma mort elle-même soit magnifique. » Et, en guise d'échafaud, il avait fait bâtir une haute tour, pavée de pierres précieuses, afin que le jour où il se précipiterait il se cassât pompeusement la tête «. On voyait ensuite la bibliothèque Tibérienne, puis les appartements revêtus d'or, d'ivoire et de diamants, où s'accomplirent les incroyables scènes qui composent la vie intime des Césars.
Autour du palais régnait une ceinture de temples dédiés aux dieux et aux hommes. En premier lieu, voici le temple de Jupiter Stator, que son antiquité r^d si respectaUe aux Romains ; puis le temple de la bonne Déesse, fisuneux par ses abominables mystères ; plus loin le SacraHum des prêtres Saliens. C'est là que les douze jeunes patriciens institués par Numa gardaient les boucliers sacrés, auxquels on croyait attaché le salut de l'empire, et les auspices, et les ceintures de cuivre, et le bâton augurai, et les autres objets de la superstition romaine *.
* Lamprid., in Alexand. Sev., c. xxix et xxxi.
* Quam sententiam adeo dilexit ut et in palalîo et in publicis operibus praescribi juberet. Id,, n.
' Fecerat et aliissimam turrim, substratis aureis gemmalisque ante se tabulis, ex quâ se prœcipitaret, dicens eiiam mortem suam pretiosam esse debere. Lamprid., inHeliog.
* Valer,, lib, YIIL
4aD ifis nois
EnfiD, le tanple d Apirilon, célèbre par la statue gigantesque de cediai, devant laqndleles poètes Yenaient réciter lairs vers et dont la base servit k»igiempsàraifermer les livres sibyllins ^ Ce colosse, dont la t£tese Toit oicore an Capitule, était de bronze et avait an moins cinquante pieds de hauteur. Aux temples des dieux se joignaient les temples des bommes. Auguste était honoré dans le tanple que Livie lui avait érigé ^, Calignla dans celui qu'il s'était dédié à lui-même ^ ; enfin tons les empereurs receyaient des adorations dans un temple commun K
Ainsi Rome avait deux Panthéons, celui des dieux et cdui des Césars. Or, owait-onque sur ce Palatin, dans ce cœur de la puissance et de la superstition romaine, dans le palais même des persécuteurs, le Christianisme naissant eut des serviteurs dévoués? Des dirétiens dans la demeure de Néron, l'humilité et ta simplicité daos le séjour de l'orgueil et du luxe, la chasteté et l'innocence dans un lieu de débaudies et de prostitution, la mansuétude et la charité dans le repaire de la cruauté et des crimes les plus odieux, quel contraste ! quelle merveilleuse puissance du Christianisme I Ces dirétiens de la maison de César nous sont connus par les litres mêmes de saint Paul s, et leurs noms chéris vinrent fortà propos se présenter k mon souvenir pour faire une agréable diversion aux tristes pensées que réveille la vue du Palatin.
Mais comment l'Apôtre put-il parvenir à jeter qael-
* SuET., tfi Aug.y c. XXXI.
« Plin., lib. XU.
* SuET., in Calig.^ c. xxn.
* SuET., in Galb, — Yospisc., in TaeU.
^ SalutaDt vos omnes sancti, maxime aulem qui de domo Cœsaris sont. P/iilipp., w, 'îa.