LE SAINT-PÈRE COMMUNIE DEBOUT
il attendit que le cardinal-diacre lui apportât dans le calice le précieux sang. A l'arrivée du diacre, le Saint- Père de nouveau se mit à genoux, adora profondément et se releva. Alors, la tête profondément inclinée, il dit : Domine, non sumdignus, etc. Puis il se communia avec une moitié de l'hostie, et avec l'autre, partagée en deux, il conamunia le cardinal-diacre et le sous-diacre assistants. Ensuite le Saint-Père but une partie du précieux sang avec un chalumeau d'or, suivant l'usage de la primitive Église. Quant au diacre et au sous-diacre, il retournèrent à l'autel. Là, le sous-diacre but le précieux sang avec le même chalumeau, le sous-diacre prit le reste de la manière ordinaire et purifia le calice. Cette double comriiimion ressuscite les premiers âges de l'Église et du monde ; la cène et l'agneau pascal sont devant nous. A ce spectacle, l'intelligence du chrétien, son cœur, son être tout entier surabondent d'une joie douce, intime, profonde : quatre mille ans d'amour divin viennent de passer sous ses yeux.
La messe finie, le Saint-Père, précédé et suivi du cort^e qui Pavait accompagné, fut reporté dans ses appartements sur la sedicula gestatoria, du haut de laquelle il bénissait, en traversant l'immense Basilique, le peuple innombrable accouru pour le voir. Il nous en coûta de nous arracher à ces tribunes, d'oîi nous avions contemplé le plus beau spectacle de notre vie. Pourtant il Mut en descendre : comme toutes les joies de ce monde, la pompe auguste avait disparu.
Lorsque nous étions partis pour Saint-Pierre, on nous avait dit : « Ne vous laissez pas trop absorber ; prenez garde; il se rencontre inévitablement dans les cérémonies papales des fils de Romulus passionnés ço\mî lç>ç. foulards de leur prochain. »
Préoccupés de ce que nous avions vu, de ce que nous avions senti, je ne sais comment il nous vint à Tesprit, en nous jetant dans la foule, de prendre certaine mesure de sûreté. Grâce à Dieu, aucun de nos voisins ne se trouva dans le cas précité, et nous sortîmes sains et saufe, avec armes et bagages.
Délivrés des filous, nous tombâmes aux mains des vetturini. La pluie continuait de tomber par torrents : à Rome comme à Paris, un jour de fête et de mauvais temps, les fiacres sont rois. Après avoir longtemps attendu, cherché, supplié, nous rencontrâmes enfin une de ces majestés populaires qui voulut bien s'engager à nous rendre chez nous moyennant cinq pauls et demi *. Le soir, il nous fallut de nouveau implorer les potentats du carrefour ; car les cataractes du ciel étaient toujours ouvertes, et nous voulions à tout prix visiter Sainte-Marie Majeure. Ce jour-là seulement la crèche du Sauveur est exposée à la vénération des fidèles.
Il était environ quatre heures lorsque nous arrivâmes à la Basilique Libérienne. Suivant l'antique usage, le souverain pontife chantait les vêpres. Plus de raille flambeaux illuminaient l'église et faisaient étinceler ses dorures. Jamais For du nouveau monde ne brilla d'un éclat plus vif. L'office terminé, la garde pontificale fait évacuer l'église, dont les portes sont fermées. Il n'y reste qu'un petit nombre d'élus : grâce à un de nos amis, nous en faisons
* Il est juste dédire qu'aujourd'hui un règlement, en date du 22 février 4863, fixe le prix des voitures de place, pour aller d'une extrémité de Rome à l'autre, à 15 baioques pour les voitures à un cheval ; à 20, pour les voitures à deux chevaux. On paye le double seulement depuis le dimanche des Rameaux jusqu'au mardi de P^ues, la veille et la fête de saint Pierre, du Saint-Sacremcnl ei ^(i'ï^^id.