LÀ CRÈCHE
partie. Encore un peu et il va nous être donné devoir de nos yeux la crèche de Bethléem, touchant témoignage d'un Dieu devenu notre frère.
Dès l'origine, les chrétiens de la Judée entourèrent d'un respect et d'un culte empressés les lieux et les objets sanctifiés par la présence ou l'attouchement du Sauveur. A mesure que l'Évangile étendait ses conquêtes, la reconnaissance et la foi amenaient dans la Palestine des troupes nombreuses de pèlerins venus de l'Orient et de rOccident. L'impératrice sainte Hélène s'y rendit en personne et fit revêtir la crèche de lames d'argent et la grotte sacrée des marbres les plus précieux*. Au temps de saint Jérôme, Paffluence était si continuelle et si nombreuse, que le saint docteur écrivait de Bethléem : « On accourt ici du globe entier; la. ville ne désemplit pas d'honunes de toutes les nations 2; il ne se passe pas de jour, pas d'heure que nous ne voyions arriver des troupes de frères qui nous obligent à faire de notre silencieux monastère un caravansérail 3. »
Gardée avec plus d'amour que Tarche d'alliance, avec plus de respect que le Tuguriumie Romulus, environnée par [des générations non interrompues de chrétiens fidèles, couverte des baisers de plusieurs millions de pèlerins, arrosée de leurs larmes brûlantes, la crèche quitta l'Orient à l'invasion du mahométisme. Ce fut la seconde année du pontificat du pape Théodore, l'an 642. Rome la
* EusEB., Hist., lib. III, c. xli et xliii.
« De toto hue orbe concurrilur; plena est civitas universi generishominum, et tanta utriusquc sexus constipatio, ut quod alibi ex parte fugiebas hic totum sustinere cogaris. JS^ptsf. xiii, ad Paulinum.
• Nulla hora nuUumque momentum in quo non fralrum occurramus turbis , et monasterii solitudinem hominum frequcntia coDimutemus. Id,y c. vu, in ËsecH.
déposa dans la Basilique libériauie S a^ec le corps de saint Jérôme, également apporté de la Palestine : cÂene voolut pas que le saint doctenr, gardien vigilant deb crèche pendant sa vie, en fût séparé après sa mort *.
Or, si la vieille Rome fit consister une partie de sa gloire à conserver la chaumière de Romnlus, jugez combien la Rome chrétienne se montre plus heureuse et plus fière de posséder le berceau de TEnfant-Dieu ^ ? La crèche est son trésor, son bijou; elle fait son bonheur, sa gloire. Elle la garde avec un amour jaloux, elle l'entoure d'une vénération que les siècles ne peuvent affaiblir; elle la conserve dans un coffre d'airain et ne l'expose aux regards qu'une fois chaque année.
La nuit qui précède ce jour tant désiré du pèlerin catholique, la crèche est d'abord placée sur un autel dans la grande sacristie; l'encens le plus exquis brûle en son honneur; puis les quatre plus jeunes chanoines de Sainte- Marie prennent la précieuse relique sur leurs épaules, et, précédés de tout le clergé, ils la transportent solenndlement à la chapelle de Sixte V. Après la messe de l'Aurore, ils viennent la reprendre et l'exposent sur le tabernacle du maître-autel. Tout le clergé se rend ensuite à la chapelle Borghèse, située vis-à-vis celle de Sixte V, pour y découvrir la miraculeuse image de Marie; c'est
* Voyez les deux savants auteurs de riTistoîre delaCrèchej Giov. Batelli et Fr. Bianchini, de Translata sacr. Cunabul ac prœsep, Dom., etc. — Voyez aussi Gancell., NoUedi Natale, c. xxvi, p. 88. — Benoit XIV, de Die nato/i, etc.
• ARRiGm, Rom. subterr., t. II, p. 269, édit. Paris, in-fol. ' Porro Christi natalis nobile monumentum, ex ligno con*
fectum Roma possidet, eoque multo felicius iUuslralur
quam lugurio Romuli, quod intexlum ex stipula eorum majores ad sccula deiûdusVnacotksetN^N^tvwiJi^BiuBLON,^ 1. 1, an. i, a. S.