‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 129 sur 155 · SAINT-LAURENT HORS DES MURS · texte numérisé non relu

SAINT-LAURENT HORS DES MURS

roïsme élevé tout à coup à sa plus haute puissance par la grâce de FEnfant de Bethléem est une preuve admirable de sa divinité. Chaque année l'Église redit ce njiracle aux générations qui passent, : une bonne occasion de le sentir plus vivement se présenta. L'excellente princesse W... m'offrit sa voiture si je voulais aller célébrer la messe sur le corps de saint Etienne, dans la Basilique de Saint-Laurent hors des murs. La proposition fut acceptée avec reconnaissance.

Il faut savoir que Rome n'a rien épargné pour réunir sons ses ailes maternelles les plus grands saints et les plus illustres martyrs de l'Orient et de l'Occident : bénédiction à la Providence, qui lui inspira cette pensée deux fois salutaire I Les corps sacrés qui reposent en paix sous la garde de la Ville éternelle,* depuis longtemps peutêtre seraient oubliés ou profanés s'ils fiissent restés en d'autres lieux; de plus, dispersés par toute la terre, ils ne seraient que des témoins isolés. Réunis à Rome, autour du Vicaire de Jésus-Christ, ils forment un concile œcuménique permanent, dont la voix domine tous les bruits et dissipe tous les sophismes de l'erreur. Pour montrer la catholicité de sa doctrine, il suffit à Rome d'ouvrir ses tombeaux.

C'est au sixième siècle, sous le pontificat de Pelage I", que le corps de saint Etienne, en grande partie du moins, fiit transporté de Constantinople à Rome *. On devine facilement la place qu'il dut occuper, et un même tombeau réunit les deux illustres diacres : Etienne, la gloire de Jérusalem, et Laurent, la gloire de Rome.

Sortis par la porte Tiburtine, nous arrivâmes vers les huit heures à Saint-Laurent hors des murs. Pour bien

^ Mazzol., t, \l, p. 131.

comprendre cette Basilique, il faut rappeler quelquesuns des souvenirs qui s'y rattachent. Au troisième siècle, vers Tan 259, sous le pontificat de saint Sixte II et sous le règne de Valérien, TÉglise de Rome avait pour archidiacre un de ses plus glorieux enfants. Sommé par le préfet de livrer les trésors des chrétiens, Laurent se hâte de les verser dans le sein des pauvres; puis il rassemble un peuple entier de boiteux, d'aveugles et d'infirmes, et dit au préfet : t Voilà les trésors des chrétiens. »

Irrité de ce qu'il regarde comme une dérision, le magistrat ordonne de saisir l'archidiacre et de lui faire expier dans les plus horribles tortures son mépris pour les ordres de l'empereur. Laurent est jeté en prison, puis rôti tout vivant sur un gril, aux regards de Rome païenne, qu'enivre de joie ce spectacle d'un nouveau genre. Laurent se rit des flammes et des bourreaux, prie pour le salut de Rome et expire en chantant. La prière du martyr est exaucée; Jupiter descendra bientôt du Capitule, et l'aigle romaine cédera la place à la croix sur le diadème de César.

Or, ce drame illustre entre tous ceux qui, durant trois siècles,^'accomplirent dans la grande Rome, l'Église a pris un solu} particulier d'en perpétuer le glorieux souvenir. Des monuments consacrent les différents lieux où commença, continua et finit la sanglante épopée. Sur le mont Viminal est l'église de Saint-Laurent in fonte. Elle marque la place où l'illustre diacre baptisa saint Hippolyte, son gardien, avec toute sa maison. Sur la même colline vous trouverez encore Saint-Laurent in Panisperna. C'est là que le saint souffrit l'horrible supplice du feu.

Au centre de Rome vous aNCL§avxiVAA\tt^\vV\u\j^M^^ lue par sainte Lucine, iWxvsXt^ \ûai\x^\sfc ^^^ v. \isssi

SAINT-LAURENT IN LUCfNA. 445

brille comme un diamant dans les fastes de l'Église pri^ mitive, cette église conserve Taffreux instrument sur lequel Laurent consomma son holocauste. Nos yeux ont vu ce gril ! ! Formé de grosses barres de fer, il peut avoir 2 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur; six pieds de 20 à 22 centimètres de hauteur environ servaient à le fixer dans la table de marbre dontje parlerai bientôt, et sur laquelle était un lit de charbons enflammés. A côté du gril on voit encore trois vases, dont deux contiennent du sang, et le troisième de la chair rôtie du glorieux athlète.

Comme autant de stations, ces différents sanctuaires vous conduisent sur les traces du martyr, jusqu'à l'église qui lui sert de tombeau. Une dame romaine, plus illustre encore par sa sainteté que par sa naissance, sainte Gyriaque, possédait une terre appelée le champ de Véran, ager Veranus, hors de Rome, sur la voie Tiburtme. Elle s'empressa de l'offrir pour la sépulture de Laurent, et après trois jours de veilles, le glorieux dépôt y fat placé. C'est là qu'environ quatre-vingts ans plus tard, l'an 330, Constantin fit bâtir la Basilique vénérable que nous étions venus visiter.

Le pieux empereur déploya pour l'embellir sa magnificence accoutumée. Le tombeau du héros chrétien, surmonté de l'arc triomphal, fut entouré de colonnes de porphyre et d'une grille en argent du poids de mille livres. Au devant de la crypte brûlait une lampe à dix becs, de l'or le pluô^iwir, pesant trente livres; au-dessus se balançait une couronne d'argent ornée de cinquante dauphins en argent, pesant aussi trente livres. A ces riches ornements se joignait l'accompagnement ordmaire de cbandeliers et de vases sacrés eu Qt ^\. ^xi «x^^^"" ^ / CiAMP., Monim. veter,, 1. 111 , p. \\\\ ^^m V^^^^^^ V^"^'

Restaurée plusieurs fois par les souverains pontifes, la Basilique conserve néanmoins de précieux vestiges d'antiquité. Sous les portiques on remarque les anciennes peintures de saint Laurent baptisant saint Hippolyte; en avant de la crypte vous admirez les deux ambons, pour la lecture de Tépître et de Févangile pendant les synaxes; au-dessus de la crypte, sur Tare triomphal, brille iàbelle mosaïque du pape Pelage IL Elle représente Noti'^^Seîgneur assis sur un globe, d'une main tenant la crwx, ié l'autre bénissant le monde; à sa droite on voit sakrti Pierre, suivi de saint Laurent avec un livre ouvert dans' lequel on lit : Dispersit, dédit pauperibm ; puis le pape Pelage. A la gauche du Sauveur, saint Paul, saint Etienne et saint Hippolyte.

Enfin vous vous arrêtez devant la crypte elle-même. On y descend par huit marches. Elle est soutenue par douze colonnes, dont les quatre premières sont en marbre vert, les autres en marbre de Paros. L'autel en marbre, oîi reposent saint Laurent et saint Etienne, est entouré d'une belle grille en fer. Dans le mur de droite on voit, sous des barreaux croisés, la pierre sur laquelle fut grillé saint Laurent. Elle est percée de six trous pour recevoir les pieds du gril. Vers le milieu elle porte encore les marques très-reconnaissables du sang brûlé et de la graisse fondue : « Il n'y a pas à s'y méprendre, nous disait un médecin distingué qui nous accompagnait. » • D'autres objets plus respectables se présentent encore ici au voyageur chrétien : je veux parler des martyrs qui reposent dans la crypte. Outre saint Laurent, saint Etienne, saint Hippolyte, avec sainte Concorde, sa nou^ rice, et dix-neuf membres de sa famille, tous baptisés par saint Laurent, vo\c\ Itqv^ ^^^e.s, saint Zozime, saint Sixte III et saint Hûsàve-, çaMvXl\v.^>:\sv,^\^v\fe ^v^ssa^c^.

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