LE CAPITOLE ET LE SANTO BAMBINO
qui donna la sépulture au grand archidiacre ; enfin, sainte Cyriaque, propriétaire du camp de Véran, devenue si célèbre dans les fastes sanglants de la primitive Église.
Saint-Laurent hors des murs rappelle encore un souvenir qu'un voyageur français ne saurait oublier. C'est ici que le pape Honorius III couronna empereur de Gonstantinople Pierre de Gourtenay, comte d'Auxerre. Après avoir offert l'auguste victime sur cet autel des martyrs, nous visitâmes l'entrée des Catacombes, et nous rentrâmes dans Rome.
Quelques heures plus tard j'étais sur le Capitole, dans l'église d'Ara-Cœli. Pourquoi revenir dans ce lieu déjà visité ï Ah I c'est qu'après avoir admiré la veille les pompes du Vatican, on est curieux d'assister le lendemain aux joies naïves du Prœsepio. Afin que tous les âges aient leur part de bonheur dans la Nativité de l'Enfant divin, il est d'usage à Rome de laisser prêcher les petits enlànts dans l'église d'Ara-Cœli. La statue inSanto Bambino, si célèbre et si vénérée des Romains, y est exposée pendant l'octave dans une chapelle parfaitement décorée. Entouré de tous les personnages qui furent témoins du mystère, l'Enfant Jésus resplendit de diamants et de pierres précieuses. Au pilier voisin s'appuie une petite chaire à prêcher. C'est là que les jeunes Romains et même les jeunes romaines, de sept à dix ans, viennent dans leur naïf langage bégayer les louanges du petit Jésus. Deux mois avant la fête, père, mère, frères et sœurs, tout le monde est en mouvement dans les familles. Les uns composent, les autres font répéter au jeune enfant le petit sermon de Noël.
Lorsque j'arrivai, c'était une petite fille qui occupait la chaire ; à en juger par sa taille, elV^ ^cw.n^\ ^^^ boit ans au plus. Elle parlait avec lùe^uccsw^ «^^^^^
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et de vivacité ; le geste était naturel, le toD juste et varié : c'était un petit Bossuet. La péroraison fut pathétique. L'orateur tomba à genoux, étendit ses petites naainsvers le Santo Bambino, lui adressa une naïve prière, puis donna la bénédiction absolument comme un vieux prédicateur. Ainsi qu'aux savantes conférences des PP. Lacordaire et de Ravignan, un mouvement approbateur se manifesta dans le nombreux auditoire, que le respect dû au lieu saint empêcha seul d'éclater en applaudissements.
Les petits prédicateurs, comme on dit à Rome, se succèdent dans la chaire d'Ara-Cœli pendant toute l'octave, depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures du soir : et toujours il y a foule. Je ne sais ce que nos chrétiens philosophes pensent de cet usage. Pour moi, outre le plaisir très-légitime qu'il procure aux enfants, il me semble de nature à produire d'utiles résultats. Les prédications enfantines de l'Ara-Coeli font vivre longtemps dans les familles la pensée de la crèche et déterminent plus d'un acte de vertu. Pour avoir le bonheur de célébrer les louanges du Santo Bambino, il faut être sage; pour accompagner le jeune prédicateur, il faut encore que les frères et sœurs plus âgés soient sages. Or, avec le caractère de l'enfance, on comprend tout ce qu'une semblable promesse est capable d'obtenir. Moi-même je conduisais par la main un petit garçon de sept ans, qui disait dans son naïf langage : Je marcherais bien dans le feupour entendre les petits prédicateurs.
Aujourd'hui ce n'était pas au travers du feu qu'il fallait
passer, mais bien à travers des torrents d'eau ; car il
pleuvait admirablement. Néanmoins les marches du Ca-
pitole étaient couvertes de monde et toutes les parties de
l'église encombrées. Knoit \.wv\.e^ çfc%^^\<b^\»^^\ssîaa.-
tes, je ne sais oU il y stvîài \^ ç\w& ^^>ù^\^^>a \ ^\i.^^ss&
LE MONT GCCLIUS. 449
le cœur de l'enfant qui, à peine sorti du berceau, venait bégayer les louanges de TEnfant-Sauveur ; ou dans le cœur de l'aïeul aux cheveux blancs qui, pendant le sermon, laissait de temps en temps échapper de grosses larmes, ou souriait à son petit ange, jusqu'à ce qu'il pût le serrer dans ses bras avec un renouvellement de tendresse.
Pour nous, qui nous piquons de philosophie et de bon goût, nous avons supprimé tous ces usages qui sentent la simplicité et la vieille bonne foi de nos pères, et nous croyons avoir fait des merveilles. Peut-être qu'en y regardant de plus près, on trouverait que nous avons réussi à rendre la religion bien froide, bien sèche, bien austère, sans la rendre plus respectable ni plus aimable. Quoi qu'il en soit, ayons assez d'équité pour ne pas condamner des usages reçus ailleurs uniquement parce qu'ils choquent nos préjugés nationaux.
S'y Décembre.
Le mont GœUns. ~ Une maison des anciens Romains. — Église et monastère de Saint- André. — Triclinium des pauvres. — Souvenirs. — Saints-Jean-et-Paul. — Les Religieux passionnistes. — Villa Matlei. — Casernes des soldats étrangers. — ÉgUse de la Navicella. — Saint-Philippe de Néri. — Maison de Sainte-Gyriaque. •— École de gladiateurs. — Grande boucherie. — Église des Quatre-Saints-Gouronnés. — Saint-Étienjne le Rond. — Peintures. — Forum de Trajan.
Des sept collines sur lesquelles Rome est assise, il nous en restait deux à explorer, le Cœlius et TAventin. Passant sous l'arc de Constantin et suivant la voie Triomphale, nous arrivâmes de bonne heure au pied du mont Cœlius. Cette colline est la plus irrégulifet^ da \a^\fôs.. Appelée d'abord mons Querquetulanu^ \ c«»l^^ ^^'Si^iwssi
de chêne qui la couvraient, elle reçut, sous Tarquin F Ancien, le nom de Gœlius en mémoire de Celé Vibenna, capitaine des Étrusques, qui vint au secours des Romains. Voici l'inventaire abrégé des anciens monuments qu'on y trouvait :
En première ligne se présente la maison de Mamurra. Ce chevalier romain, né à Formium, devint préfet des ouvriers de Jules César dans les Gaules, prœfectum fabrorum. A ce métier il gagna, comme tant d'autres, une fortune considérable, qu'il vint dépenser en luxe de tout genre et en constructions somptueuses. De ce nombre était une superbe maison sur le mont Cœlius. a Le premier d'entre les Romains, dit Pline, Mamurra fit revêtir de marbre toutes les parties de sa maison ; pas une colonne, dans ses nombreux portiques, qui ne fût de marbre de Caryste ou de Luna *. »
Mais que fais-je? Pourquoi ranger parmi les monuments romains la maison de Mamurra, puisque Rome en possédait beaucoup d'autres non moins somptueuses? Telles étaient en particulier celles de Pompée dans les Carènes % de Caïus Aquilius sur le mont Viminal ; de Q. Catulus, le vainqueur des Cimbres; de l'orateur Crassus, achetée depuis par Cicéron^; de Scaurus, toutes
* Primum Romae parietes crusia marmoris operuisse totius domus suse in Cœlio monte Cornélius Nepos tradidit Mamurram Formiis nalura, equilem romanum, praefectum fabrorum C. Caesaris in Gallia... Naraque adjecit idem Nepos cum primum totis aedibus nuUam nisi e marmore columnam habuisse, omnes solidas e Carystio aut Lunensi.
(Plin., lib. XXXVI.)
* PaTERCUL., II, LXXVII.
' Cic, Pro Domo, iiwv, hk^