‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 131 sur 155 · UNE MAISON DES ANCIENS ROMAINS · texte numérisé non relu

UNE MAISON DES ANCIENS ROMAINS

quatre sur le mont Palatin * ; de Lépidus 2 et de bien d'autres encore.

Quoi qu'il en soit, la maison de Mamurra peut nous donner une idée des habitations romaines. Entre la rue et la façade de Tédifice était une place Area on Vestibulum, afin que ceux qui venaient le matin saluer le maître du logis ne fussent pas obligés d'attendre sur la voie publique. Au milieu s'élevait ordinairement une statue de bronze représentant le propriétaire -^ La porte d'entrée, à double battant, revêtue d'airain et ornée de bulles ou gros clous à tête dorée *, ouvrait sur le Prothyrum. Tel était le nom du passage qui conduisait de la porte extérieure à la porte intérieure ^. A droite et à gauche étaient les Cellœ ou loges du portier et du chien ^.

Ce portier, ostiarius^ était un malheureux esclave retenu comme le chien par une forte chaîne*^. L'extrémité du Prof Ai/rwm communiquait, au moyen de la porte intérieure, avec une vaste cour carrée, entourée de colonnades en marbre et formant portique : c'était Y Atrium ».

On nonunait Cavœdia les portiques adossés à l'habitation; la partie vide de la cour, Impluvium; le bassin de marbre qui occupait le centre, Compluvium, parce que dans les maisons qui n'avaient pas d'eaux vives, il recevait les eaux de pluie versées par les Cavœdia ^.

* Plin., XVII, 1.

» Id., XXXVI, VI.

' Macrob., Satwrn. VI, viii. — Tacit., Annal.^ XI, xxxv.

♦ Cic, in Verr.^ vi, 56. — Plaut., Asin, II, iv, v. 20. «Macrob., Saturn, II, xiii.

6 Petron., XXVIII.

' Id., LXIV.

®Festus, V. Atrium.

» Plin., XIX, i. — Varro, lib. L, iv, p. 38. — Màzois^ Buines de Pompeij t U^ p. 35.

C'était une heureuse conception que ces portiques couverts, adossés à la maison, avec laquelle ils communiquaient de tous côtés, et oîi l'on pouvait se promener à l'ombre. Il en faut dire autant du bassin de marbre placé au centre, et d'oîi jaillissaient des eaux vives qui entretenaient la fraîcheur. Le luxe se joignait à l'agrément : les portiques étaient ornés de peintures à fresque et enrichis de statues de marbre et de bronze *, et Ylmpluvium couvert d'une voile de pourpre, afin de l'abriter des rayons du soleil ^.

Trois pièces ouvraient sur le fond de V Atrium. Celle du milieu, appelée Tablinum, contenait les archives de la famille ; les deux autres, placées à droite et à gauche, et appelées Alœ, renfermaient les images des aïeux. Chaque portrait était placé dans une niche séparée, Armarium. Une inscription, gravée sur la base, rappelait les titres, les honneurs, les belles actions de celui dont Fil rmarmm conservait l'image 5. Partout chez les maîtres du monde on trouve les marques d'une profonde vénération pour l'autorité paternelle : le lien de famille fut le véritable secret de la puissance romaine.

Autour de V Atrium régnaient les Triclinia ou salles de festins. Ici se révèle en mille recherches ingénieuses le sybaritisme des Romams. D'abord les Triclinia étaient disposés et multipliés suivant les saisons de l'année *. Il y avait des triclinia d'hiver, exposés à l'occident; de printemps et d'automne, à l'orient; d'été, au septentrion ^. Chacun portait un nom particulier, tel que

* VlTR., VII, II.

« Plin., XXX V, V.

' TiT. Liv., X, vu; XXX, xlv. — Tacit., .4nna/., XIV, 17, etc.

* ViTR., lib. L, \ii, p. 9Q.

«/e;., VI, vil.

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le triclioium d'Apollon, celui de Mars, etc. Dans les triclinia d'hiver les lits étaient incrustés d'or et d'ivoire *; dans ceux de printemps et d'automne, ornés de plaques d'argent ou d'écaillé de tortue*; dans ceux d'été, ils étaient de bois d'érable et de cèdre avec les encoignures et les jointures en baguettes d'argent \

La garniture des lits se composait de matelas rembourrés de laine des Gaules, de plume ou de duvet de cygne; de coussins recouverts de soie ou de pourpre; de housses magnifiques, les unes brodées de différentes couleurs, les autres enrichies de dessins représentant des chasses avec tout leur appareil. On faisait venir ces housses de Babylone; une seule coûtait quelquefois jusqu'à cent mille sesterces, c'est-à-dire 63,666 fr. 66 c. *. Ajoutons que les Triclinia étaient ornés de colonnes de marbre ou d'albâtre, pavés en mosaïque, tendus en étoffes attaliques et décorés de statues d'un grand prix, servant de candélabres pour les repas de nuit. Des voiles, arrangés en forme de tentes militaires, pendaient à la voûte, au-dessus de la table du festin, pour la garantir de la poussière ^.

C'est qu'en effet les tables ne le cédaient ni en magnificence ni en variété aux lits tricliniaires ®. Portées sur un seul pied, d'argent, d'ivoire, d'airain ou des bois les plus rares, elles offraient aux regards éblouis toutes les

* Plaut., Stich. II, II, V. 53.

* Yarr., lib. L, VIII, p. 110.

» Plin., XXXIII, XI.

* Plin., VIII, xlviii. — Cic, Tuscul., III, xix. — Mart., XIV, cLXi ; /J., lu, xl.

« Plin., XXXVI, xxv. — V. Max., IX, xv. — Lucret., II, v. 24. — Serv., in AEneid,, I, v. 701. « Rome au siècle d'Auguste^ t. I,p. V^l.

merveilles de la sculpture *. Les plus recherchées étaient en cètre, arbre qui croît en Mauritanie *. La première qui parut à Rome appartint au modeste Cicéron ; il Tacheta un million de sesterces, 204,883 fr. 83 c. Asinus Gallus en paya une onze cent mille sesterces, plus de 225,000 fr. A la mort du roi Juba, deux de pareil bois se vendirent, Tune douze cent mille sesterces, 248,800 fr., l'autre un peu moins.

Il existait dans la famille des Céthégusun de cescètres héréditaires, qui avait coûté quatorze cent mille sesterces, plus de 300,000 fr. •^. Avec une pareille somme on aurait pu, je ne dis pas nourrir bien des pauvres, hélas! les Romains n'y pensaient guère, mais acquérir un vaste domaine. Les îVicKnia communiquaient à deux corps de logis, situés sur les côtés extérieurs de rAfrium : c'étaient à gauche la cuisine, avec les Carceres et les Equilia, remises et écuries ; à droite la Pistrina ; lieu où Ton faisait le pain, avec des logements d'esclaves.

Tout ce qui précède constituait la partie publique de la maison, accessible aux clients. Venait ensuite la partie privée, oii personne ne pouvait entrer sans invitation *. On y pénétrait par deux corridors appelés Fauces, ménagés de<îhaque côté du Tablinum; ils conduisaient au Péristyle. Ce portique, plus long que large et supporté par des colonnes, rappelait la forme de Y Atrium; mais ici on déployait plus de magnificence et de recherche. Une statue s'élevait en avant de chaque colonne, et des caisses de marbre oîi l'on cultivait des Heurs remplissaient les entre-colonnements.

* Juv., Sat. XI, V. 122»

«Plin.,XIII, XV.

5 /d., XIll, XV, XVI*

* VlTR., Yl, Vlll.

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