‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 132 sur 155 · UNE MAISON DES ANCIENS ROMAINS · texte numérisé non relu

UNE MAISON DES ANCIENS ROMAINS

Le centre du portique, au lieu d'être une cour comme dans Y Atrium, était un parterre oîi la vue se reposait en tout temps sur la verdure. Des eaux jaillissantes, des ■ tables de marbre, des plafonds en marqueterie ajoutaient encore à la beauté fabuleuse de ces demeures enchantées *. A Textrémité du péristyle étaient les appartements des femmes, appelés Œci ^. Inutile de dire que la pourpre, la soie, les pierres précieuses ornaient, dans toutes leurs parties, ces boudoirs de la mollesse.

Puis venait la Bibliothèque avec YExèdre, grande galerie pour la réception des savants; h Basilique, salon du palais ; les Bains ; le Sphœristerium ou jeu de paume ; les Aleatoria, petitespièces destinées aux jeux paisibles; les Cubicula, chambres à coucher et à travailler, avec des lits de cètre, de cèdre, de térébinthe, garnis de coussins de plume enveloppés dans des étoffes de soie, pour lire ou écrire, et d'autres pour dormir, garnis de couvertures en peaux de taupe ^; le Sacrarium, petit oratoire qui existait dans presque toutes les grandes maisons; enfin le Solarium, superbe terrasse qui couvrait tout l'édifice et servait de promenoir *.

Telles étaient à Rome les maisons des riches. Si brillante qu'elle soit, j'avoue que cette vision du passé ne séduit pas un instant; elle attriste et serre le cœur plutôt qu'elle ne le dilate ; car elle montre l'homme, ce dieu déchu, cherchant uniquement son bonheur dans le bienêtre matériel, et pour se le procurer ne reculant devant aucune iniquité, pas môme devant le meurtre et l'escla-

• ViTR., VI, VIII. — /d., IV, 111,1. — Cic.,trtFerr.,I.xix. — ViTR., IV, IV. — Festls, V. Pluteij etc.

« VlTR., VI, V.

»PlIN., VIII, LVIII.

♦ Y/m, y/; vin. — Plin., II,E|)ist. \1.

vâge de plusieurs millions de ses semblables. Aussi, comme notre âme fut à Taise lorsque, rentrant dans le présent, nous nous trouvâmes au monastère de Saint- André, voisin des lieux occupés jadis par la maison de Mamurra.

Cet antique asile de la science et de la vertu rappelle un de plus glorieux noms consignés dans l'histoire. Saint Grégoire le Grand apparaît ici environné de la triple auréole du génie, de l'éloquence et de la sainteté. Descendant de l'ancienne famille Anicia, Grégoire, devenu diacre de l'Église romaine, changea la maison de ses aïeux, située sur le Clivus Scauri, en un monastère dont il fut lui-même abbé *. C'est lui qui, traversant un jour le Forum, s'écria à la vue de superbes esclaves exposés en vente : « Quel dommage que ces belles créatures soient les esclaves du démon ! » Dès ce moment la conversion de l'Angleterre est résolue dans sa pensée, et Augustin, abbé du monastère de Saint-André, deviendra bientôt le missionnaire du pape Grégoire. Enfants d'Albion, visiteurs assidus de la Ville éternelle, ne manquez pas de faire un pèlerinage en ce lieu : vous y verrez le berceau de votre foi et l'origine de ces longs siècles de gloire et de prospérité morale qui méritèrent à votre patrie d'être appelée Vile des Saints.

Dans ce monastère vécurent saint Augustin, apôtre de la Grande-Bretagne ; saint Laurent, archevêque de Cantorbéry; saint Mellile, évêque de Londres et ensuite primat d'Angleterre ; saint Pierre, abbé de Cantorbéry, ainsi que plusieurs autres fondateurs de la civilisation britannique. Et vous qui portez si dignement le nom de Grégoire, pontife trois fois vénérable par vos cheveux

* S. Greg., lib. VII, EpisL 13.

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