SAINT GRÉGOIRE LE GRAND
blancs, par votre science profonde et par votre fermeté apostolique, pourrai-je oublier que c'est dans l'ombre de ce pieux asile que la Providence vint vous chercher pour vous conduire, aux applaudissements du monde chrétien, sur le trône de saint Pierre !
Dans ces lieux où Mamurra, le chevalier parvenu, dormait sur des lits de duvet de cygne, nous vîmes la pierre nue qui servait de couche à Grégoire, le fils des sénateurs. Non loin de là s'élèvent la chaire d'où l'éloquent pontife prononçait ses homélies et son autel privilégié pour les défunts. Près de Téglise brille le petit sanctuaire appelé Triclinium pauperum, dans lequel le saint pontife donnait lui-même chaque jour à manger à douze pauvres : la table de marbre sur laquelle il les servait existe encore. La muraille est ornée d'une jolie fresque, rappelant Je miracle de Notre-Seigneur, assis un jour parmi les douze pauvres et apparaissant au charit^le pontife.
La chapelle voisine est dédiée à sainte Sylvie, mère de saint Grégoire. Le plus bel ornement de cet oratoire est une inscription contenant la donation d'un grand nombre de plants d'oliviers faite par le saint pape, pour fournir l'huile à brûler devant la Confession de saint Pierre. Veut-on savoir maintenant de quelle manière vivait ce fils d'illustre maison, ce religieux si prodigue envers les autres? Une antique inscription, placée autrefois dans l'église de Saint-Saba, sur le mont Aventin, va nous rapprendre : « Ici était l'habitation de sainte Sylvie , mère de saint Grégoire le Grand , d'où elle envoyait chaque jour à son fils, au monastère de Saint-André, une petite écuelle de lentilles pour sa nourriture, una scodella di lenticchie^. »
* Mazzol., t. VI, p. 267.
458 LES TROTS ROmE.
ParUmi de la place qui est devant Saint-Grégoire, nous montâmes vers Téglise des Saints-Jean-et-Paul. Le premier objet qui frappe les regards est une haute tour dont la base, en gros blocs de travertin, accuse certainement une très-ancienne construction romaine. On croit que ces restes appartiennent à la Curia Hostilia , palais bâti en ce lieu par TuUus Hostilius, après y avoir transporté le camp des Albains. Cette tour est aujourd'hui le clocher du couvent des Passionnistes. Religieux admirables de sainteté et de zèle, soyez remerciés de l'accueil fraternel que vous faites aux pèlerins!
Les Passionnistes portent la soutane noire avec la couronne d'épines brodée en blanc sur le cœur. Aux œuvres ordinaires du saint ministère , ils joignent l'apostolat dans les pays étrangers, et de leur couvent sont partis les nouveaux apôtres de l'Angleterre, Ainsi, grâce sans doute aux prières de saint Grégoire, c'est du mont Gœlius que descend aujourd'hui sur la Grande-Bretagne la lumière qui doit la tirer de la nuit de l'erreur, comme autrefois cette même lumière en descendit pour la tirer des ténèbres de la barbarie.
Précédés d'un frère qui tenait une torche à la main, nous pénétrâmes dans de vastes cavernes, servant, dit-on, de vivarium aux animaux réservés pour l'amphithéâtre. Une large citerne d'eau limpide abreuvait ces armées du désert, dont la nourriture descendait par des soupiraux pratiqués à la voûte, tandis que des galeries souterraines, creusées dans les flancs de la montagne, les conduisaient aux Carceres du Colisée. Tout au fond de ces sombres demeures est une nappe d'eau, vaste, profonde; c'était suivant la tradition, un des réservoirs qui fournissaient les eaux nécessaires aux naumachies de l'amphithéâtre. Au-dessus de ces grottes formidables se trouvaient les