VR. ALEXANDER
ANALICLARiVS
VOD PEREGRE
CONSTITVTVS VOVIT
EDIL. CASTRORVM
M. LIBENS SOLVIT.
* Cette villa appartient aujourd'hui à la princesse de Bauf- /'remont. Cette pieuse dame ^ a Çalibâilr une jolie petite église gothique et établi un co\iveii\.^e*let\ÀaÀx^ ^^\^v'%tvfisf\v&.
EGLISE DELIA NAVIGELLA. 461
« Au génie tutélaire du camp des étrangers, Alexandre Analiclarius , édile du camp, a justement et avec joie accompli le vœu qu'il avait fait dans un pays lointain, i»
C'est donc ici que les Romains logeaient les barbares appelés au secours de l'empire. De ce nombre fut, en premier lieu, la cavalerie flamande qui formait la garde d'Auguste * ; vinrent ensuite les soldats germains, janissaires de Caligula *; puis les troupes illyriennes, enrôlées dans l'armée de Galba, et qui se trouvaient à Rome le jour même oii cet empereur fut tué ^; enfin les cohortes arméniennes, gardes du corps de Constantin. Ici vint expirer un des derniers défenseurs de la liberté germanique, le roi Conodomarius, fait prisonnier par Julien l'Apostat *.
Sur ces lieux de bruit et de tumulte s'élève aujourd'hui la paisible église de Sainte-Marie délia Navicella. Son nom lui vient d'une petite barque, navicella, qu'on y trouva, et dont Léon X fit placer la copie devant l'église même. Cette barque était probablement un ex^ voto offert, par quelque officier de marine, à Jupiter redux, dont le temple était sur cette partie du Cœlius, et que les soldats invoquaient pour obtenir un heureux retour ^. La superbe mosaïque du sanctuaire, qui resplendit d'or et d'azur, remonte au temps du pape saint Pascal P'. On y voit le pontife baisant le iried droit de la Reine du ciel et recevant la bénédiction de l'Enfant Jésus. Le Sauveur est debout dans le giron de sa Mère,
* Dion, lib. LIU.
* SuET., LVm.
» Tacit., Hist,, lib. L
* Amm. Marc, lib. XVL
* Nard,, Rom. ant.y p. 85.
pose majestueuse qui atteste ici, comme à Sainte-Marie Majeure, le dogme de la maternité divine.
N'oublions pas que Fapôtre de Rome, saint Philippe de Néri, conduisait souvent en promenade ses disciples et ses jeunes pénitents à Sainte-Marie délia Navicella, et que non loin de Téglise Taimable vieillard prenait avec eux une innocente récréation. Cette partie de la colline fut témoin d'un autre événement, dont le souvenir est bien cher au voyageur chrétien : elle vit le grand archidiacre de Rome, saint Laurent, retiré dans la maison de sainte Gyriaque, distribuer aux pauvres les trésors de l'église la veille de son martyre *.
Quand on visite le mont Gœlius, la marche est arrêtée à chaque pas par des souvenirs ou par des monuments qui font passer tour à tour de l'histoire profane à l'histoire chrétienne. Ainsi nous venions à peine de quitter la Navicella^ qu'il nous fallut faire halte devant le Ludus matutinus. Cette école de gladiateurs, oii Ton apprenait à tuer les hommes avec art, était voisine de la grande boucherie, Macellum magnum. Un nom, voilà tout ce qui reste de ces deux édifices, autrefois si bruyants et si chers aux Romains cruels et voluptueux.
Il en est de même du camp des Cinq cohortes nocturnes ^ établies par Auguste pour veiller pendant la nuit à la sûreté des habitants et porter secours en cas d'incendie. A ce double titre, elles rendirent de grands services : Rome était habituellement pleine de filous, et, malgré l'absence des cheminées, beaucoup plus exposée que nos villes aux ravages du feu 2.
Parmi tous ces débris d'un monde qui n'est plus,
* Mazzol. 1. V, p. 329.
* Sur les Camini des anciens, voyez la Dissert, de Maf- FEi, dans le Recueil de Calogera, t. XLVII.