‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 136 sur 155 · ÉGLISE DES ÛUATRE-SAINTS-COURONNÉS · texte numérisé non relu

ÉGLISE DES ÛUATRE-SAINTS-COURONNÉS

s'élève un monument chrétien ; car sur le large plateau du Cœlius comme à la cime étroite du Capilole, l'Évangile arbore les trophées de sa victoire. Voici la célèbre église des Quatre-Saints-Couronnés, cimentée avec les larmes et le sang des premiers fidèles. Restaurée par le pape Honorius 1*% elle fut enrichie, par saint Léon IV, d'un trésor de reliques insignes. Quatre urnes, dont deux en porphyre, une en marbre serpentin, l'autre en bronze, sont placées sous le maître-autel, et renferment les ossements brisés des quatres titulaires et de cinq sculpteurs, tous martyrs.

Sévère, Sévérien, Garpophore et Victorin étaient frères. Sommés par Dioclétien de sacrifier aux idoles, ils expièrent leur refus par d'horribles tortures; mais ils obtinrent lapahne du martyre. Leurs corps, abandonnés aux chiens, furent respectés par ces animaux, et enterrés secrètement par les frères, sur la voie i^Ostie, à trois milles de Rome, puis rapportés au lieu où le monde catholique les honore aujourd'hui. Mais ils ne furent point rapportés tout seuls : cinq compagnons de leurs combats , ensevelis auprès d'eux, devaient partager leur triomphe.

Claude, Nicostrate, Symphronien, Castorius et Simplicius, sculpteurs célèbres, avaient été requis par le tyran d'employer leur ciseau à façonner des idoles. « L'artiste peut-il adorer l'ouvrage de ses mains? peut-il l'offrir à l'adoration d'autrui? » telle fut leur réponse; elle méritait la mort. Jetés dans un noir cachot, soumis à de longues et effroyables tortures, les généreux confesseurs farent enfin renfermés dans des caisses de plomb et précipités dans le Tibre. Debout sur la rive, les chrétiens confondus dans la foule épièrent le moment favorable pour les retirer du fleuve et leur doxvïie-t Y^i^fe^xitoûx^'^ «

'MUzzoL,, l VI, p. 293.

Artistes chrétiens, ne manquez pas de venir à leur tombeau; croyez- le bien, des ossements des martyrs sort une vertu qui purifie le cœur et une flamme sacrée qui allume le flambeau du génie.

Pour achever notre pèlerinage sur le Gœlius, il nous restait à faire une dernière station; elle n'était pas la moins intéressante. Au voisinage de la Navicella s'élève l'église monumentale de Saint-Étienne le Rond. Temple de Jupiter étranger, temple de Bacchus, temple de Claude, arsenal, salle de bains, voilà, suivant les différents archéologues, ce que fut dans l'origine cette construction païenne*. Quoi qu'il en soit, l'an 468, elle devint une église que le pape saint Simplicien dédia à saint Etienne, protomartyr. Sous ces voûtes purifiées retentit la voix éloquente de saint Grégoire le Grand, dont la chaire pontificale est à droite, près de la porte d'entrée. Cette rotonde a deux enceintes circulaires surmontées d'une coupole antique et soutenues par cinquante-huit colonnes. Mais tout cela disparaît devant un autre genre d'ornement que nulle église dans le monde ne partage avec elle.

Sur ces murailles, d'origine païenne, est écrite à grands traits YHistoire sanglante du Christianisme, Ailleurs nous avons quelques feuillets épars des annales du martyre; ici elles sont complètes. Ailleurs quelques bulletins de la grande bataille; ici le panorama tout entier. Hors des rangs de la glorieuse armée, apparaissent d'abord le roi et la reine des martyrs, Jésus et Marie; l'un expirant sur la croix du Calvaire, l'autre percée du glaive de la douleur: puis, à partir du massacre des Innocents jusqu'à la paix de l'Église, tous les sup-

*Nard., p. 86.

FORUM DE TRAJÂN. 465

plices des martyrs sont peints à fresque autour de vous.

De quelque côté qu'ils se portent, les regards ne rencontrent que des chevalets, des haches, des tenailles, des peignes de fer, des bûchers, des roues, des chaudières d'huile bouillante, des membres mutilés, des corps broyés, du sang, des bourreaux farouches et des victimes pleines de calme et de sérénité : ce spectacle est affreusement beau. Horreur, pitié, foi, amour, humilité, il n'est pas dans l'âme baptisée un noble sentiment qu'il ne réveille, pas une fibre qu'il ne remue et ne remue profondément.

Le temps s'était rapidement écoulé, et nous nous hâtâmes de rentrer dans le centre de la ville par le quartier des Termini. Chemin faisant, nous visitâmes leForum de Trajan. Cette place superbe, oîi l'on ne voit plus que des tronçons de colonnes gigantesques et quelques piédestaux à demi brisés, était une des magnificences de l'ancienne Rome. Environ 2,000 pieds de longueur sur 650 de largeur formaient ses dimensions. Des colonnes de granit soutenaient les portiques, dont les corniches, les arcs et les voûtes étaient en bronze, ainsi que les nombreuses statues qui les couronnaient. Mais le plus bel ornement du Forum était la colonne Trajane, surmontée de la statue de l'empereur.

Haute de 132 pieds, cette colonne de marbre est couverte, de la base au sommet, de bas-reliefs dans lesquels on compte 2,500 figures, représentant les victoires de Trajan contre les Daces et leur roi Décébale. L'inscription révèle un fait vraiment digne de la puissante folie des Romains. Pour agrandir le Forum et en niveler la place, il fallut enlever du terrain de la hauteur même de la colonne! ! ! Ce prodigieux travail, joint à la magnificence do /V?m/;2^ fsdsait dire à Aiaïïà^tvlftaK^^^^^

n'était pas à désirer qn'on recommençai un pardi ou* ▼rage *. Void l'inscription :

SE!UTVS. POPVLVSOVE. R0MA5VS.

UEP. C:ES. DIVI. KERVJE:. F. TRÂUl^O. AUG. GERMA

51C0. DAQCO. poyr. max. trir. pot. xii. COS. XI. pp.

AD D£CLARA5DV)I. QVAyr^. ALTITVDmiS MOUS. ET. LOCVS. TA5 DVS *. SfT EGESTVS.

€ Le sénat et le penple romain, à l'empereur César Trajan, fils du divin Nerva, auguste, germanique, dacique, souverain pontife, douze fois tribun, onze fois consul, père de la patrie, pour marquer quelle est la hauteur de la montagne et du terrain qui a été enlevé pour ces grands édifices, i»

En passant au Forum de Trajan, il ne faut pas oublier un souvenir chrétien qui s'y rattache : c'est dans la Basilique, où fut décidée la mort d'un grand nombre de leurs frères, que Constantin, après sa conversion, vint adresser aux fidèles un touchant discours pour les exhorter à ne point user de représailles à l'égard des païens.

Conservée par les soins des pontifes, la colonne Trajane est surmontée d'une belle statue de saint Pierre, en bronze, haute de 13 pieds romams. Sur la frise de la galerie qui l'entoure, on lit, en grosses lettres d'or :

SIXTVS ÛVINTVS SANCTO PETRO APOSTOLO DONAVIT.

Jamais cadeau ne fut mieux adressé. Salut, immortel

* Cum ûd Trajani forum venisset (Constantius), singularem sub omni cœlo structuram, ut opinamur, etiam numinum asseriione mirabilem, haerebat attonitus per giganleos contextus circumfercns mentem, nec relalu effabiles, nec rursus monalibus appetendos. Lib. XVT,

' Tan..... bus, taulU mo\\b\i^.

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