‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 139 sur 155 · CLOACA MAXIMA · texte numérisé non relu

CLOACA MAXIMA

une idée de sa oonslr action. Le fond est payé de larges dalles parfaitement cimentées; les parois et la voûte se composent de gros blocs de tuf lithoïde, liés de distance en distance par des assises de travertin, toujours jointes ensemble sans chaux ni ciment. L'arc a douze pieds de largeur et autant de hauteur; en sorte qu'un chariot chargé de foin peut y passer, suivant l'expression de Pline, dont il est facile de reconnaître l'exactitude *. La longueur totale du grand égout était de 2,800 pieds.

Pourquoi ces proportions démesurées ? Il n'est pas difficile de le comprendre. Par sa position, la Cloaca maxima était destinée à recevoir les eaux de la plupart des égouts particuliers. Or, l'abondance des fontaines qui arrivaient à Rome, l'emplacement de la ville sur sept colUnes séparées par des vallons, la grande quantité d'immondices, conséquence inévitable d'une immense population, rendaient nécessaires des égouts vastes et multipliés. Rome le comprit tellement, qu'elle attacha une partie de sa gloire à l'établissement et à l'entretien de ces ouvrages. Nous voyons que ses plus illustres personnages ne dédaignèrent pas de s'en occuper. Les censeurs Caton et Valerius Flaccus dépensèrent des sommes énormes pour en faire pratiquer dans la région de TAventin et dans les autres qui en manquaient 2. Agrippa, gendre d'Auguste, s'est immortalisé en faisant curer les anciens égouts, auxquels il en ajouta de nouveaux à ses propres frais ^. Sa gloire fut légitime; car tous ces ouvrages étaient dignes de la majesté de l'empire.

€ Grâcet ses égouts, larges, profonds, nombreux, dans

* Amplitudinem cavis eam fuisse proditur ut vehem fœni longe onuslam transmitteret. Plin., lib. XXXVf, c. xv. « TiT. Liv., Decad. IX, lib. XL » Plin., lib. XXX VI, cxv.

lesquels roulent en bouillonnant de véritables fleuves, Rome, s'écrie Dion Cassius, est comme une ville bâtie dans les airs, et qui peut offrir le spectacle d'une navigation souterraine *. » — « La magnificence de ces constructions souterraines est telle, continue Cassiodore, qu'elle jette dans la stupeur, et éclipse tout ce que les autres villes peuvent offrir de plus merveilleux. Là vous verriez, sous les flancs entr'ouverts des montagnes, des fleuves, capables de porter des navires, se jeter avec impétuosité dans de larges étangs «. » — « Trois choses me révèlent toute la magnificence de Rome, disait Denys d'Halicarnasse, les aqueducs, les voies et les égouts. Je juge de l'importance des derniers non-seulement par leur utilité, mais encore par la grandeur des sommes qu'ils ont coûtées. On peut s'en faire une idée d'après le témoignage de C. Aquilius, qui nous apprend que le curage complet des égouts coûta aux censeurs plus de douze millions '. »

Comme je l'ai dit, la plupart des égouts particuliers aboutissaient au forum romain, ou commençait la Cloaca maxima, et versaient leurs eaux fangeuses dans ce duodénum de la grande cité.

* Praelerea cloacas operum omnium dictu maximum suffossis monlibus atque urbe pensili,subterque navigataa M. Agrip]:: in sedilitate sua per meatus corrivati scpiem amnes, cursuque prœcipili torrcnlium modorapere atque auferre omniacoacli. Dio, lib. XL. — Plin., lib XXX VI, c. xv.

* Quae tantum visentibus conferunt stuporem ut aliarum civitatum possinl rniracula superare. Videas illic fluvios quasi montibus concavis clauses per ingonlia stagna decurrero. Videas struclis navibus per aquas rapidas cum minima sollicitudine navigari... Hinc Romae singularis quantum in te sil potesl coiligi magnitudo. Lib. III, Ep, 30.

» Hist,, lib. m.

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