CLOACA MAXIMA
Cette circonstance rappelle un singulier souvenir, qui vint fort à propos nous égayer un instant. « Vous sortez du collège, dis-je à mes jeunes amis; vous savez le latin, le grec, la physique, Talgèbre, Thistoire universelle; dites-moi donc quel personnage célèbre a pris naissance au lieu où nous sommes ? — S'il nous en souvient, il ne nous en souvient guère. — Vous m'étonnez ! Et votre manuel du baccalauréat? — Il n'en dit mot. — C'est une faute; car il s'agit d'un personnage fort connu de nos jours.
— Vraiment? — Comme j'ai l'honneur de vous le dire.
— Son nom ? — Vous le saurez; mais avec son nom, sa vie. Ici donc, au bord du grand égout de Tarquin, est né, il y a plus de deux mille ans, un personnage qui vit encore, qui parle toutes les langues, qui porte tous les costumes, qui habite simultanément Londres, Paris, Saint-Pétersbourg, Constantinople et Pékin; qu'on rencontre sur tous les chemins du monde, comme l'ancien Juif errant; faisant des niches à tout le genre humain et portant d'ordinaire des haillons en lambeaux et des souliers percés, bien que certains voyageurs affirment l'avoir vu couvert d'habits galonnés, à cheval et en calèche. — Voilà du nouveau ! — Non, c'est de l'ancien; devinez. — Œdipe y perdrait son grec. — Il ne faut que du latin, et quand on est bachelier... — Damel on n'est paS sorcier.
Quoi qu'il en puisse être, voici le fait en question : pour un motif ou pour un autre, le petit peuple de Rome, les gamins, les filous, les ouvriers sans travail se tenaient volontiers à la jonction des égouts, candies, dans le Forum, les bras croisés, jasant, riant, lançant des pasquinades et des brocards aux vieux rentiers et aux jeunes fashionables, aux matrones et aux sénateurs. De Iktoss \\\v\.\ft. nom de canaille, àoui notre langue a\vfetv\fe ^\.Q^<i.>a.
LES TJiors noME,
plupart de ceux qui en son! dignes se jettent à la figure sans en coonailre l'étyniologie ^ . j>
L'aspect de la Clmca fnaxima et des autres égouis rappelle une pensée plus sérieuse. Tous ces fleuves souterrains, sur lesquels Rome païenne était MLie, vérifieni IjUéralement la prédiction de saint Jean, lorsque, i>arlant de lu grande [ïrostituée, il la monlre assise sur des eaux nombreuses, d une muin buvant une coupe pleine du sang des mailyrs, et de Tauïre présentant h tous les peuples le vin de sa corruption =*. C^est ainsi que les monuments romains ont le privilège de rendre un témoignage également inconlestable à Texactitudc de l histoire profane et de riiistoire sacrée.
Voulez-vous maintenant voir une autre construction presque aussi ancienne que le grand égout? Tournez à droite, et vous serez devant la petite église de Sainte- Marie Egijptienne, Elle présente un parallélogramme environné de colonnes, ayant quelque rapport avec l;i Maison-Carrée de Nimes. Quelle fut, dans 1 origine, la destination de cet édifice, dont la forme et rarchiteeture annoncent les temps voisins de Romulus? L'opinion la plus suivie dit que c'est le temple de la Fortune virile. * • 11 aurait été Mti par Servius Tullius, sixifcnie roi de Rome,
* Ganaticola;, foreuses ^ hommes p au pères dîcti, quod cirf;a canal os fori consisicrenu — Fksti:s, v. Canali.
In mcdio propter canalem, îbi osteEtatores mori, Confidentes, garrtilique et malevoli.
Plaut., CurcuUo, scène I, acte iv.
Qui jurabal cavillator qtiittam, et cfinalicola, et ulmis ridicularius fuit. A, Gell., lih, IV, c. n. ■ Meretricis magn^ qua; f^cdet super aquas muUas, etc.