‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 14 sur 155 · VOYAGE SUR L'OCÉAN · texte numérisé non relu

VOYAGE SUR L'OCÉAN

de vaisseau J Déception ! amers regrets! Cet officier

distingué était en mission sur les côtes de Toscane. En son absence, nous fûmes accueillis par son excellente famille, avec une cordialité qui nous fit oublier toutes les fetigues de la route. Un déjeuner gracieusement offert pour le lendemain fiit accepté avec reconnaissance : il nous ménageait la précieuse occasion de parler une seconde fois de tout ce qui nous était cher.

f O NoTembre.

Vue du Port. — Visite sur VOcéan. — Le Bagne. — Àuecdote. — Réflexions. — Retour à Marseille.

En l'absence du capitaine, qui devait nous piloter, nous eûmes recours, pour voir Toidon avec intérêt, au digne commandant que nous avions rencontré la veille, et qui logeait dans le même hôtel que nous. Afin d'avoir ses entrées partout, il revêtit son grand uniforme, et avant midi nous étions sur la rade. Le temps était superbe, et un magnifique spectacle se déroulait à nos regards. Toute cette mer d'azur, toutes ces embarcations élégantes si habilement dirigées par l'école des mousses ; toutes ces puissantes machines pour la mâture des vaisseaux ; tous ces forçats, avec leur sinistre habit rouge, faisant mouvoir les cabestans ou traversant le golfe, accompagnés de leur ange gardien, la carabine sur l'épaule ; tous ces objets, si imposants et si variés, formaient en quelque sorte le premier plan du tableau. Les vaisseaux de haut bord, composant l'escadre de l'amiral Hugon, et qui se dessinaient au loin comme des masses immobiles, formaient le second plan.

Nous étions là en admiration devant ce tnai^\&c\v\^

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panorama, lorsqu'un batelier génois, vieil Ésope de la mer, vint nous ottvir ses services. Sa double bosse, ses cheveux déjà grisonnants, son chasse-^narée de mince apparence, autant de motifs qui Taurai^t fait refuser par d'autres, devinrent, grâce à la bonté d'âme de notre commandant, des titres à notre préférence. « Pauvre € diable, dit l'excellent homme, il a plus besoin qu'un a autre de gagner de l'argent. » Et il s'élança dans son embarcation. Nous le sui\1mes pour cingler vers VOcéan, mouillé à trois quarts de lieue en mer. Ce géant de la marine française était commandé par le capitaine H., pour qui nous avions une lettre. Les grosses épaulettes de notre guide nous valurent la distinction flatteuse de monter sur le navire par bâbord, c'est-à-dire par le flanc droit, où se trouve l'escalier d'honneur.

J'avais ouï dire que nulle part le génie de l'homme ne se montre avec plus d'éclat que dans un vaisseau de haut bord; il me tardait de vérifier cette opinion sur VOcéan. Figurez-vous une citadelle flottante qui, sans autre appui que son centre de gravité, repose sur une base mobile, brave la fureur du plus redoutable des éléments, renverse en quelques heures les plus fortes murailles, porte une armée dans ses flancs, et, malgré sa masse prodigieuse, obéit à l'homme presque avec la même docilité que la mer elle-même obéit à Dieu.

Entrés dans l'édifice, vous trouvez une espèce de cathédrale aux proportions gigantesques, avec trois ou quatre longues nefs étagées les unes au-dessus des autres; au lieu de croisées, cent vingt sabords, c'est-à-dire cent vingt embrasures oîi se montrent à vos regards non pas cent vingt gracieuses figures de saints, mais cent vingt fois la bouche béante d'un énorme canon. Autour de vous règne un ordre parfait ; dans l'ensemble, comme dans

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le détail, tout est tenu avec un luxe de propreté, je dirais presque de cogietterie sans égale. Là cependant virent onze cents limmnes, depuis Fâge de huit à neuf ans jusqu'à celui de trente ou quarante : tous obâss^t au moindre signe et manœuvrent avec une précision qui ne souffre ni hésitation ni retard.

A la vue d'un pareil spectacle, il ne vous sera, je pense, pas plus difficile qu'à moi de convenir qu'un bâtiment de guerre est une merveille : or, tel était r Océan. Pilotés par le capitaine H., nous visitâmes avec admiration toutes les parties du superbe navire. Pendant que nous étions à bord, l'amiral descendit dans son canot. Son absence nous pennit d'entrer dans son habitation, et nous trouvâmes qu'elle ne le cédait en rien, pour l'élégance, aux appartements les plus soignés de nos grandes villes.

L'Océan portait mille quatre-vingts hommes d'équipage. C'est beaucoup; et pourtant je fus vivement affligé de n'en pas voir un de plus ; oui, un homme manquait; hélas! il manque à tous nos autres bâtiments : cet homme que vous trouvez sur les navires de tous les peuples du monde; cet homme dont les familles déplorent l'absence; cet homme que les marins eux-mêmes réclament à grands cris; cet homme que le gouvernement aurait tant d'intérêt et de facilité à replacer sur nos vaisseaux, c'est un aumônier !... Mon cœur se serra, surtout à la vue de ces jeunes mousses de huit à neuf ans, séparés de leur famille, et jetés au milieu des dangers de la mer, sans secours religieux, ni pour la vie, ni pour la mort. Pauvres enfants ! pauvres mères 1 pauvre société !

Pénétrés d'un double sentiment de regret et d'admiration, nous descendîmes du royal vaisseau dans notre humble nacelle. Le vieux Génois eut l'attentiou de no^us

faire passer en face de deux bâtiments qae rœil ne peat voir sans que l'esprit se remplisse aussitôt de graves posées. Le premier que nous aperçûmes porte à la proue le nom et rinscription suivante :

LE MDIRON.

CETTE FRÉGATE, PRISE A VENISE EN 1797, EST CELLE Om A RAMENÉ BONAPARTE d'ÉGTPTE EN 1799.

Le second, beaucoup plus petit, est la goëlette V Étoile, qui transporta Napoléon de File d'Elbe à Fréjus en 1818. Pour représenter les principales vicissitudes de cette grande existence, il ne manquait que le Northumberland, sur lequel s'accomplit le voyage de Sainte-Hélène.

Vers les trois heures du soir nous étions à l'entrée de l'arsenal, glorieuse fondation de Louis XIV : là est le bagne. Suivant l'usage, un gendarme nous fut donné pour nous accompagner et nous servir de cicérone. Le bagne se compose de longs corps de bâtiments en pierre, avec des croisées garnies de forts barreaux de fer, ouvrant d'un côté sur la vaste enceinte de l'arsenal, de l'autre sur la mer. Dans toute leur longueur régnent, à trois pieds au-dessus du sol, deux planchers obliques, terminés à la partie inférieure par une barre de fer qui s'étend d'un bout à l'autre : c'est le lit des condamnés. Séparés en brigades pendant le jour, les forçats sont astreints aux travaux les plus pénibles : scier du bois et de la pierre, mater les navires, transporter des fardeaux, etc.

A la moindre faute les coups de bâton ou de plat de sabre leur pleuvent sur les épaules. Si la faute est plus grave, on les renferme dans des cachots; s'ils se mon-

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